Lettres d'opinion

Forages dans le golfe du Saint-Laurent—Un moratoire est nécessaire

Le 7 juin 2010 | Affiché dans | 19 commentaires
Photo: Forages dans le golfe du Saint-Laurent--Un moratoire est nécessaire

Les riverains du golfe du Saint-Laurent pourraient faire face à une marée noire de la taille de celle du golfe du Mexique si un moratoire sur les forages et les explorations n'est pas adopté.
Simulation d'une marée noire dans le golfe du Saint-Laurent.
(Crédit: Paul Rademacher via Google Earth)

Par Danielle Giroux (Présidente, Attention FragÎles), Thierry Gosselin (Biologiste, membre du cercle scientifique David Suzuki), Karel Mayrand (Directeur pour le Québec, Fondation David Suzuki)

Ça ne pourrait jamais arriver ici. C'est ce qu'a déclaré le premier ministre Stephen Harper lorsque le golfe du Mexique a été frappé par la pire marée noire de l'histoire récente. Alors que les Américains assistent impuissants à l'asphyxie du golfe du Mexique sous plus de 100 millions de litres de pétrole, les projets d'hydrocarbures risquent de se multiplier dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. En cette Journée mondiale de l'environnement et en prévision de la Journée mondiale des océans qui aura lieu mardi, il convient de se demander : cela pourrait-il se produire chez nous ? Et quelles en seraient les conséquences ?

Les projets d'exploitations d'hydrocarbures en milieu marin se multiplient depuis quelques années d'un bout à l'autre du continent. L'estuaire et le golfe du Saint-Laurent, qui regorgent de ressources pétrolières et gazières, n'échappent pas à ce développement. Déjà Corridor Resources a annoncé un premier forage exploratoire à Terre-Neuve, d'ici 2012 dans le gisement Old Harry. Au Québec, des évaluations environnementales stratégiques (EES) vont bientôt être réalisées pour paver la voie à l'exploration, et à l'exploitation éventuelle des hydrocarbures dans notre fleuve et son golfe.

Ces développements récents inquiètent de nombreux citoyens. Les îles de la Madeleine, situées à 80 km du gisement Old Harry, et les autres populations côtières du Saint-Laurent expriment déjà de vives inquiétudes face au projet de forage prévu dans le golfe du Saint-Laurent. Ces inquiétudes sont partagées d'un océan à l'autre : un récent sondage nous indique que 77% des Canadiens réclament soit la suspension des activités de forage tant que la sécurité des projets n'aura pas été revue (54%), soit l'interdiction pure et simple de ces activités (23 %).

Quelles seraient les conséquences d'un déversement majeur dans le golfe ou l'estuaire du Saint-Laurent ? Le golfe du Saint-Laurent est six fois et demie plus petit que le golfe du Mexique et il abrite une biodiversité à la fois riche et fragile. Le fleuve est aussi le gagne-pain de nombreux Québécois. Un déversement, même mineur, pourrait y avoir des conséquences irréversibles sur la faune marine, les pêcheries, le secteur récréo-touristique et plus généralement pour toute l'économie riveraine.

Nous devons tirer des leçons de la catastrophe du golfe du Mexique. Une catastrophe de cette ampleur rend impératif un réexamen complet des activités de forage afin de protéger l'avenir de nos milieux marins et de l'ensemble des communautés qui en dépendent. Pour ce faire un arrêt complet des nouveaux projets doit être décrété. C'est ce qui est en voie d'être fait aux États-Unis où des moratoires ont été annoncés ou prolongés.

Ottawa vient d'annoncer vouloir revoir ses politiques et ses règles liées au forage extracôtier afin qu'elles deviennent les plus rigoureuses au monde. Pourtant le Canada n'a pas l'intention de freiner le forage sur la côte est ou dans l'Arctique. La côte ouest jouit quant à elle d'un moratoire depuis 1972. Dans le golfe du Saint-Laurent, le gouvernement du Québec, après avoir lui-même adopté un moratoire, a récemment suggéré à Terre-Neuve de faire de même.

Un tel moratoire, soutenu par Ottawa, Québec et les provinces de l'Atlantique est essentiel afin de permettre une analyse complète, ouverte et transparente des risques et impacts du déploiement potentiel de cette activité industrielle dans un milieu riche en biodiversité marine. L'estuaire du Saint-Laurent et son golfe ne doivent pas devenir le laboratoire d'expériences risquées et dangereuses pour les écosystèmes et les populations riveraines.

Texte paru dans Le Soleil, le samedi 5 juin 2010

Libre opinion — L'entente sur la forêt boréale: chance historique

Le 7 juin 2010 | Affiché dans
Photo: Libre opinion - L'entente sur la forêt boréale: chance historique

(Crédit: abmatic via Flickr)

Par Josée Breton (Canopée), Mélissa Filion (Greenpeace), Karel Mayrand (Fondation David Suzuki), Suzann Methot (Initiative boréale canadienne), Sophie Paradis (Société pour la nature et les parcs section Québec)

Le 19 mai dernier, 9 grands organismes environnementaux et 21 sociétés membres de l'Association des produits forestiers du Canada (APFC) dévoilaient une entente d'une durée de trois ans portant sur la conservation des forêts boréales publiques couvrant une étendue équivalente à deux fois la superficie de l'Allemagne (72 millions d'hectares). L'Entente, qualifiée d'historique, vise la suspension de l'exploitation forestière sur près de 29 millions d'hectares de forêt boréale, dont près du tiers se trouve au Québec. Elle permettra entre autres choses de protéger l'habitat du caribou forestier.

Dès son dévoilement, l'Entente a été saluée par le gouvernement du Québec, l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, la Confédération des syndicats nationaux, le Conseil de l'industrie forestière du Québec, la Fédération des municipalités du Québec et l'Ordre des ingénieurs du Québec pour n'en nommer que quelques-uns. D'autres voix, minoritaires, se sont faites critiques de l'Entente. Il convient de corriger certaines perceptions erronées qui alimentent ces critiques.

D'abord, l'Entente ne se substitue en rien au rôle fondamental que les gouvernements doivent jouer dans la gestion de nos ressources forestières. Il est stipulé noir sur blanc en introduction du document que la responsabilité et l'autorité légales pour les décisions en matière d'utilisation du territoire et de politiques de conservation et de gestion des ressources reviennent aux gouvernements, incluant les gouvernements des Premières Nations.

L'entente vise avant tout à concilier les positions de deux intervenants traditionnellement opposés — l'industrie et les groupes écologistes — afin de faciliter la concertation avec l'ensemble des intervenants préoccupés par la forêt. Elle est, sur ce point, un outil inestimable. Elle crée une nouvelle dynamique qui facilitera l'intervention de l'État et qui amènera d'autres entreprises à améliorer elles aussi leurs pratiques pour demeurer concurrentielles. Il nous appartient tous de tourner cette nouvelle dynamique à notre avantage.

Autre point important: l'Entente ne règle pas tous les problèmes de la forêt boréale. D'importants territoires doivent encore être protégés et il importe de ne pas baisser la garde pour s'assurer d'une protection forte des territoires non couverts par cette entente, notamment dans le contexte du Plan Nord du gouvernement du Québec. Nos organisations demeurent engagées dans cette lutte.

Certains ont reproché au processus ayant mené à l'entente de ne pas avoir été suffisamment transparent et participatif. Il importe de rappeler que l'Entente est un point de départ et que sa mise en oeuvre est impossible sans la participation des gouvernements provinciaux, des Premières Nations et de l'ensemble des communautés qui en seront les fers de lance. Tous sont conviés à contribuer dès maintenant à sa mise en oeuvre et à sa bonification.

La critique la plus sournoise envers l'entente est d'affirmer qu'elle a été négociée par des groupes «étrangers au Québec». Aussi, avant de sombrer dans la xénophobie, il est important de souligner que les soussignés sont tous Québécois, que nos groupes bénéficient du soutien de dizaines de milliers de Québécois au service desquels nous poursuivons notre action. Notre engagement est en cela tout aussi légitime que celui de ceux que nous considérons comme nos alliés. C'est à titre d'environnementalistes et de Québécois(es) que nous sommes fiers de l'Entente conclue.

L'Entente sur la conservation de la forêt boréale est un point de départ. Rappelons encore une fois que sa mise en oeuvre fructueuse nécessitera l'appui des gouvernements ainsi que d'une vaste gamme d'intervenants, notamment les collectivités locales. Elle mettra à leur disposition de nouveaux outils qui permettront de faire des propositions conjointes d'aires protégées, basées sur la science, de protéger l'habitat du caribou forestier et d'aller au-delà de la cible politique de 12 % du gouvernement québécois.

Cette entente crée un changement considérable dans les rapports entre deux groupes d'intervenants majeurs. Elle nous force tous à sortir de notre zone de confort traditionnelle. Nous avons fait ce cheminement avec nos partenaires de l'Entente et nous sommes aujourd'hui prêts à entrer de plain-pied dans une nouvelle dynamique qui permettra l'atteinte de notre objectif primordial: la protection et la pérennité de la forêt boréale. Au-delà des principes et des objectifs d'individus ou de groupes donnés, nous devons nous concentrer sur les résultats. Si l'Entente permet d'avancer sur ce point, ce dont nous sommes convaincus, elle aura rempli sa mission.

Texte paru dans Le Devoir, le lundi 7 juin 2010

L'air pur est primordial pour la santé de notre cœur

Le 2 juin 2010 | Affiché dans
Photo: L'air pur est primordial pour la santé de notre cœur

(Crédit: baekken via Flickr)

Par François Reeves, MD FRCPc

Avez-vous déjà vu ça, vous, quelqu'un tué par la pollution ? C'est ainsi que se concluait un commentaire sur un blogue, arguant qu'on en avait assez des « écochondriaques ». En cette Journée de l'air pur, cette question ne pourrait être plus pertinente.

La preuve directe des effets délétères de la pollution sur la santé humaine est souvent difficile à faire sauf dans des cas d'intoxication aigue. Il y en a plusieurs exemples dont le plus tristement célèbre est le « Great Smog of London » de décembre 1952, qui entraîna 3 000 décès en une semaine. Au total, 12 000 décès ont été attribués au smog au cours de l'année qui suivit.

Ces intoxications, comme plusieurs autres du même genre, ont eu l'effet d'inciter des chercheurs à examiner l'effet de la pollution de l'air sur la santé, à plus faible dose mais sur une période de temps plus longue.

L'action de brûler des combustibles fossiles (essence, kérosène, diesel, huile, charbon) charge l'air ambiant de particules fines dont l'effet sur la santé cardiovasculaire commence à être bien compris. Dans le monde, des expériences ont été faites par différentes équipes de recherche sur des cellules artérielles isolées, des rats de laboratoires, des personnes volontaires en santé et des patients cardiaques. Les données se recoupent. Respirer des exhalations de tuyau d'échappement augmente la coagulation du sang et le stress oxydatif des artères. Il en résulte de la constriction des artères, une baisse de la circulation dans les vaisseaux du muscle du cœur, une hausse de la pression artérielle, d'arythmies et de thromboses. Par ces effets, plusieurs études démontrent que la pollution induit de l'athérosclérose, un durcissement et blocage des artères qui peuvent éventuellement mener à une insuffisance de sang aux tissus et organes.

Les études menées en 2007 par une scientifique allemande démontrent que les gens vivant à moins de 50 mètres d'une route achalandée ont 63 % plus de calcifications coronariennes que ceux vivant à plus de 200 mètres. Cette étude répondait à une question que je me posais depuis des années lorsque je pratique des cathétérismes cardiaques. Pourquoi certains patients ont-ils tant de calcifications dans leurs artères et d'autres pas, malgré des facteurs de risque en apparence semblables? La réponse réside dans le fait que nos corps réagissent aux conditions environnementales.

D'autres études récentes appuient ce constat.

  • En Italie, chaque hausse de particules fines entraîne une hausse de thrombophlébites (inflammation et occlusion des veines par des caillots de sang).
  • Des études en Chine, à Taiwan, au Portugal, en Finlande et dans neuf grandes villes américaines démontrent qu'une hausse du taux de particules fines dans l'air ambiant entraîne une hausse de mortalité par accident vasculaire cérébral.
  • À la suite d'épisodes de pollution atmosphérique à Boston, on a remarqué une hausse de 48 des infarctus aigus dans les deux heures et de 69 dans les 24 heures suivant ce pic.
  • En prenant en compte les effets de la pollution de l'air sur la santé du cœur et des vaisseaux sanguins, une étude américaine à grande échelle démontre, quant à elle, qu'une hausse de 10 µg/m3de particules fines induit une hausse de 12 de mortalité cardiovasculaire chez le non-fumeur et de 94 chez le fumeur. Il y a aussi hausse respective de 13 et 72 d'arythmies, d'insuffisance cardiaque et d'arrêt cardiaque.

Ceci m'expliquait aussi pourquoi nos urgences deviennent bondées lors des épisodes de smog. Depuis cette publication, lorsque je suis de garde à l'urgence, je regarde les prévisions météorologiques pour le smog. Je peux souvent prédire si ma journée sera occupée, selon les données de qualité de l'air. À l'inverse, l'effet bénéfique des normes antipollution aussi être mesuré : une diminution de 10 µg/m3 de particules fines résulte en une amélioration de 0,6 an de vie. Ainsi, des mesures pour améliorer la qualité de l'air auraient un effet semblable aux mesures anti-tabac mises en place dans les espaces publics et qui ont entraîné des baisses d'hospitalisations pour infarctus aigus: baisse de 11 à Rome, 13 à Saskatoon, 17 en Écosse, 27 au Colorado.

Enfin, dans une perspective environnementale plus large et très intéressante, une étude britannique a pondéré la mortalité cardiovasculaire selon le degré de verdissement de leur quartier, divisé en 5 quintiles, allant du plus minéral (centre-ville bétonné) au plus vert. On sait depuis longtemps qu'un statut socio-économique plus bas va de pair avec un plus haut taux de maladies, incluant les maladies cardiovasculaires. Cependant, le rapport de mortalité cardiovasculaire entre les plus pauvres (quart du bas) et les plus riches (quart du haut) baissait spectaculairement de 2,19 en milieu minéral à 1,54 en milieu vert. À ce jour, aucun traitement n'a eu une telle efficacité pour diminuer les iniquités sociales devant la maladie.

Au cours des vingt dernières années, la cardiologie clinique fut rehaussée par la cardiologie d'intervention et la cardiologie préventive. Aujourd'hui, le temps de la cardiologie environnementale est arrivé.

Il n'appartient pas au cardiologue de déterminer le meilleur moyen de réduire la pollution de l'air. Mais il apparaît clair que les sources d'énergie alternatives doivent être rapidement développées et que le vert n'est pas qu'un nouveau « branding », c'est aussi une question de santé.

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François Reeves MD FRCPc
Professeur agrégé de médecine, Université de Montréal
Cardiologue d'intervention, CHUM et CSL

Lettre d'opinion parue dans La Presse, le 2 juin 2010

La tragédie écologique du golfe du Mexique — Un triste reflet des priorités et des valeurs des grandes pétrolières

Le 13 mai 2010 | Affiché dans
Photo: La tragédie écologique du golfe du Mexique -- Un triste reflet des priorités et des valeurs des grandes pétrolières

Photo : Agence Reuters Carlos Barria

Par Dr Thierry Gosselin

Un homme tient un sac de plastique contenant de l'eau polluée par la nappe de pétrole dans le golfe du Mexique qui a atteint, ce week-end, certaines îles au large de la Louisiane.

Jamais de mémoire d'homme n'aura-t-on pu assister en direct au début d'une tragédie environnementale d'origine humaine. L'ère du web 2.0 et l'information partagée sur cette marée noire dans le golfe du Mexique, au large de la Louisiane, nous amènent à saisir l'ampleur économique, environnementale et sociale de cette catastrophe. Aussi, jamais n'aura-t-on assisté à un concours de circonstances aussi éloquent où, plus que jamais, les Américains tout comme les Canadiens et les Québécois devront se questionner et se positionner sur les orientations qu'entend prendre leur gouvernement pour réduire la dépendance au pétrole.

La peinture à l'huile qui se dessine présentement dans le golfe du Mexique soulève des inquiétudes à plusieurs niveaux et teste péniblement, une fois encore, la confiance qu'a la population dans l'industrie pétrolière et le gouvernement pour encadrer ce type d'activité. Force est de constater que peu de choses semblent avoir changé dans cette industrie depuis le naufrage de l'Exxon Valdez sur les côtes de l'Alaska en 1989. Aujourd'hui encore, nous sommes confrontés à cette démonstration brutale des limites de nos technologies et de l'actuel cadre législatif américain, qui est incapable de prévenir ce genre de désastre.

Police d'assurance

Pouvons-nous vraiment nous passer des sources locales et non traditionnelles d'hydrocarbures dans le contexte géopolitique et la morosité économique actuels? Il n'est pas surprenant d'entendre cette réaction justifiée, mais qui polarise maladroitement le débat. Aujourd'hui encore, plusieurs industries, qu'elles soient ou non pétrolières, poussent traditionnellement sur la population leurs projets en considérant les écosystèmes et leurs services rendus gratuitement comme des externalités.

Pour calmer les craintes, on martèle la même formule de police d'assurance: la technologie de pointe est sans faille et le projet trop gros pour couler. Plusieurs de ces grandes compagnies sont devenues des entreprises tellement puissantes et tentaculaires qu'elles réussissent à mettre à genoux les gouvernements qui les soutiennent en subventions et consentent à socialiser leurs pertes. Depuis quelque temps, les interventions des États américain et canadien dans la gestion des grandes banques et des compagnies automobiles américaines sont des exemples probants d'un marché inefficace.

Les incitatifs de responsabilisation, qui s'appliquent en théorie plus facilement aux marchés des petites entreprises et qui punissent les mauvais joueurs, devraient faire partie des règles intrinsèques qui gouvernent le grand marché. Toutefois, l'architecture officieuse de ce marché, déconnecté des valeurs plus humaines, favorise ceux qui privilégient les gains à court terme en faisant abstraction des risques systémiques. Teintés d'une vision romantique que nous entretenons avec le rôle des technologies et la résilience de nos écosystèmes, nous sommes portés à croire que corriger nos erreurs peut se faire à peu de frais, en peu de temps et donc relativement facilement.

Comment construire une opinion et prendre la position qu'imposent les grands projets avec une vision qui empêche de comprendre l'ensemble des bénéfices et des coûts réels? La négligence de cette approche virtuelle favorise une absence de débats et une littérature universitaire anémique sur les risques encourus par nos écosystèmes et nos communautés.

Éclipser le débat

Très prochainement, les gouvernements du Québec et du Canada permettront aux promoteurs l'accès aux ressources non renouvelables de l'Arctique canadien et du Saint-Laurent (estuaire et golfe), des écosystèmes fragiles et l'habitat d'espèces menacées. Tristement, ces grands projets d'exploitation d'hydrocarbures en milieu marin sont présentés traditionnellement aux communautés riveraines et timidement à la population générale. Les communautés locales seront certes consultées, mais notre gouvernement mise sur une simple plateforme Web pour prendre le pouls de la population. Il est plutôt accablant de constater qu'aucun débat public n'est prévu pour promouvoir la réflexion de société qu'impose le fait de s'improviser en pétroprovince.

Il y a fort à parier que les consultations locales, comme dans le passé, éclipseront des débats, par manque de considération et de vision, l'ensemble des pressions exercées sur les biens et services de notre grand fleuve et de nos océans. Un vaste réseau d'aires marines protégées qui permettrait aux écosystèmes de mieux respirer est régulièrement discuté, mais les pressions de l'industrie et les processus décisionnels entre notre gouvernement provincial et fédéral plombent la démarche depuis le début des pourparlers et risquent de noyer l'ambitieux projet.

Comment appréhender l'exploitation des hydrocarbures en milieu marin avec une absence de vision et de concertation, combinée à un cadre légal inadéquat? Des projets pilotés en coulisse par des groupes et des pétrolières qui prônent la déréglementation, mais qui manifestement sont incapables de se responsabiliser; rien de très rassurant.

Ressources naturelles

Sensibles au climat géopolitique et socio-économique, nos élus sont souvent pressés de s'investir dans des projets d'énergies non renouvelables qui soulagent notre économie à court terme. Alors, mieux que de s'affranchir du pétrole étranger, pourquoi ne pas responsabiliser nos échanges commerciaux avec les pays producteurs? Pourquoi ne pas judicieusement investir nos économies dans des projets énergétiques d'envergure qui feront place à une réelle gestion d'énergie combinée à l'utilisation d'énergies renouvelables provenant du soleil, de la terre, du vent ou de la mer et des rivières?

Pouvons-nous réellement nous passer d'investir massivement dans des énergies qui présentent très peu d'enjeux géopolitiques, puisqu'elles existent sous diverses formes partout sur la planète? Les Québécois disposent déjà des ressources naturelles renouvelables, des technologies et des ressources humaines et monétaires pour adopter des comportements responsables, faire preuve de créativité et se positionner face aux divers défis environnementaux en innovant.

Cette dernière marée noire américaine fait les grands titres aujourd'hui, mais avant qu'elle ne passe à l'histoire, des milliards de dollars seront engloutis, et plusieurs décennies seront probablement nécessaires avant que les écosystèmes fragiles de la Louisiane et du reste du golfe du Mexique puissent offrir les biens et services écologiques d'autrefois.

C'est un pensez-y-bien qui, en cette année de la biodiversité, devrait nous conditionner à harmoniser nos activités industrielles avec les services écosystémiques. Rien d'utopique, car cette année, les citoyens de partout ont exercé leur droit de participer des grandes décisions énergétiques. Tout récemment, les Néo-Brunswickois ont habilement démontré qu'une absence de concertation peut mener à l'échec d'ententes.

Le reflet que renvoie l'eau huileuse du golfe du Mexique aux Américains n'est que le triste reflet des priorités et des valeurs des grandes pétrolières et des gens qui les soutiennent. Des solutions pour un plan d'avenir planétaire et l'exemple d'une bonne gestion de nos ressources représentent aussi des occasions d'exportation non négligeables, et fort plus morales et rentables pour notre économie, nos écosystèmes et nos communautés que d'exporter et d'imposer au prix de guerres sanglantes nos valeurs et nos besoins à d'autres cultures.

Lettre d'opinion parue dans Le Devoir, le 10 mai 2010.

Libre opinion — Quel Canada voulons-nous pour 2020 ?

Le 4 décembre 2009 | Affiché dans

Lettre au ministre de l'Environnement, Jim Prentice

Alors que vous nous rendez aujourd'hui visite au Québec et que le sommet de Copenhague doit bientôt débuter, le Canada, comme le reste de la communauté internationale, s'apprête à prendre des décisions d'une importance capitale pour l'avenir de notre planète. Nous sommes à la croisée des chemins. À l'échelle canadienne, les décisions que vous prenez maintenant définiront le visage du Canada d'ici 2020 et au-delà. Puisque vous vous adresserez aujourd'hui à des gens d'affaires, je crois utile de vous soumettre une série de questions de nature économique. Je souhaite que vous les considériez comme une main tendue.

Lisez le texte complet sur le site web de Le Devoir.

Libre opinion — Pourquoi il faut dire non à Turcot

Le 3 juin 2009 | Affiché dans
Photo: Libre opinion - Pourquoi il faut dire non à Turcot

(Crédit: GREDELEGRE via Flickr)

Par Karel Mayrand, Directeur général pour le Québec, Fondation David Suzuki, et membre du Projet climatique d'Al Gore


Le week-end dernier se tenait à Nashville, au Tennessee, le premier sommet nord-américain rassemblant les ambassadeurs formés par Al Gore pour sensibiliser leurs concitoyens à la crise climatique. Le message de Gore était simple: il faut agir maintenant pour protéger notre climat, relancer notre économie et créer les emplois de demain. Six mois après l'élection de Barack Obama, ce message est entendu partout aux États-Unis.
Lisez le texte complet sur Le Devoir.com.

Pour un Québec libre du nucléaire

Le 3 juin 2009 | Affiché dans
Photo: Pour un Québec libre du nucléaire

(Crédit: mirindas27 via Flickr)

La société de gestion des déchets nucléaires tient cette semaine des consultations à Montréal, Trois-Rivières et Québec pour trouver une communauté consentante à recevoir les déchets nucléaires radioactifs hautement toxiques produits depuis 50 ans au Canada. Ces consultations ne sont que la dernière manifestation d'un mouvement de relance du nucléaire qui a été amorcé avec l'annonce de la réfection de la centrale Gentilly-II en août dernier. Les Québécois ont encore le temps de dire non.
Lisez le texte complet sur le site web de Le Soleil.

Analyse du budget fédéral

Le 2 février 2009 | Affiché dans

« Même si ce budget propose ici et là quelques investissements verts, il représente, dans l'ensemble, un rendez-vous manqué avec l'occasion unique de faire du Canada un leader mondial de l'avenir économique vert. Quel contraste avec le choix privilégié par les Etats-Unis, notre premier partenaire commercial, sous la nouvelle présidence de Barack Obama. Le président Obama, en effet, vient tout juste d'annoncer un investissement immédiat de 55 G $ dans l'économie verte. Pendant ce temps, moins de 5 % du budget Canadien est alloué à une relance économique verte. »

 Peter Robinson, CEO, Fondation David Suzuki

Les mesures vertes dans le budget 2009

Le gouvernement fédéral continue de se montrer frileux quant aux dépenses favorables à l'environnement, alors qu'un rattrapage s'impose pour empêcher que les Canadiens ne trainent définitivement la queue des pays industrialisés. Ainsi, la déception la plus grande a été de constater l'absence d'un plan d'ensemble vert, qui aurait jeté les fondations d'une économie plus verte. Voilà un sérieux manque d'imagination, et une décevante carence d'innovation de la part du gouvernement fédéral.

Tout comme son voisin du Sud le Canada doit faire sa «révolution verte» ; au lieu que le budget fédéral 2009 adopte des demi-mesures, regardant le train passer... Pire, ce budget prévoit des dépenses majeures dans des projets dommageables pour l'environnement, tels que de nouvelles autoroutes qui, à terme, conduisent à l'étalement urbain, à plus d'embouteillages, à plus de problèmes de santé, au fractionnement d'espaces naturels...

Les mesures favorables à une relance verte, dans ce budget, incluent :

  • 1 G $ ont été étalés sur six ans pour la recherche et le développement de technologies vertes aux fins de diminuer l'émission de gaz à effet de serre. Seulement 200 M $ seront disponibles cette année, pendant que des millions de subventions publiques continueront de supporter l'industrie des sables bitumineux. Alors que les scientifiques s'entendent pour fixer à 25 pour cent du niveau de 1990 la cible à atteindre en 2020 pour les émissions de gaz polluants, la cible actuelle du gouvernement se contente d'un faible trois pour cent. La seule technologie retenue comme projet de financement n'est pas une technologie verte, mais bien plutôt une sorte de «trappe à grande échelle» pour attraper et emprisonner le carbone ;
  • 407 M $ sur deux ans visant l'amélioration de la compétitivité des services de trains de passagers (Via Rail) ;
  • Des crédits d'impôt à valeur de 300 M $ sur deux ans afin d'améliorer le rendement énergétique des maisons.
  • Une portion discrétionnaire d'une enveloppe de 1 G $ sur deux ans sera consacrée la rénovation énergétique de logements sociaux.
  • 165 M $, sur deux ans, ont été alloués pour compléter des projets d'infrastructure aux fins d'assainissement des eaux, pour 18 communautés des Premières Nations à travers le Canada.
  • 80 M $, sur deux ans, augmenteront les sommes dévolues à la gestion et à l'évaluation des sites fédéraux pollués ; on prévoit investir 165 M $, toujours sur deux ans, pour les travaux d'assainissement.
  • 10 M $ iront à l'amélioration des communications gouvernementales au chapitre des indicateurs-clés de la santé environnementale (air, eau, émissions de gaz à effet de serre...).
  • On a également prévu revitaliser la Gare Union de Toronto, plaque tournante du transport en commun pour le Grand Toronto. Aussi la ligne de train rapide Evergreen Transit, à Vancouver, bénéficiera de fonds budgétaires.

Le Budget Fédéral 2009 était une occasion historique d'initier la mutation de l'économie canadienne en Économie Verte. Certes, il contient quelques petites victoires pour l'environnement, mais il confirme surtout un doute persistant au sujet de la volonté du gouvernement actuel de faire du Canada un leader mondial de la Nouvelle Économie Verte.

L'inaction verte dans le budget 2009

La Fondation David Suzuki déplore le rendez-vous manqué entre le budget 2009 et l'opportunité exceptionnelle d'investir dans la protection et la restauration de la nature. Au premier chef, le Gouvernement a raté sa chance d'instaurer des mesures qui auraient pu aider le Canada à contenir ses émissions de gaz à effet de serre. Le Canada continuera de trainer à la queue du reste du monde pour son retard à mettre en place un plan crédible pour contrer les changements climatiques ; alors qu'il aurait pu prendre le leadership de l'Économie Verte de demain.

Le budget 2009 échoue le test du Plan d'Action Vert sous plusieurs aspects :

  • Aucun financement prévu pour le programme gouvernemental d'énergie renouvelable (écoÉNERGIE), dont les fonds sont pratiquement épuisés. Un programme similaire et plus généreux, aux USA, vient tout juste d'être reconduit pour trois ans (26 Janvier 2009). Le gouvernement du Canada a aussi refusé de se joindre à l'Association Internationale de l'Énergie renouvelable : message clair à l'intention des industries de l'énergie propre au Canada (éolienne, solaire et autres), à l'effet qu'elles n'entrent pas dans les priorités gouvernementales. Malheureusement, il faut s'attendre à l'exode vers les USA des investissements en faveur de l'énergie renouvelable.
  • Quelques prévisions de dépenses, dans le budget, retarderont l'inévitable transition du Canada vers les énergies propres, en le rendant davantage dépendant d'énergies polluantes et non renouvelables. En effet, le gouvernement a mis tous ses œufs dans le même panier en subventionnant les coûts d'investissement relatifs à la captation et à l'emprisonnement du carbone, au détriment d'enveloppes dédiées à une «Économie basée sur les Énergies Vertes». Pire encore, un montant additionnel de 351 M $ (un cadeau immédiat pour la présente année
  • Le budget 2009 a manqué le bateau qui aurait pu conduire à l'assainissement des écosystèmes d'eaux douces et d'océans, au moment où les industries et les communautés qui en dépendent font face à des défis qui mettent en jeu leur survie. Par exemple, rien de prévu en faveur des activités économiques maritimes telles que le cabotage et les lois environnementales qui doivent le régir, ou pour soutenir la régulation des pêcheries.
  • Aucun subside dédié à la restauration de «l'intégrité écologique» de nos parcs. Certes des enveloppes de financement ont été consenties, mais elles ne sont destinées qu'aux édifices ou à la construction de routes. Dommage, car c'est surtout la restauration et la protection de notre héritage naturel qui en auraient besoin.
  • Des milliards de dollars sont alloués pour le pavement de nouvelles routes et à la construction ou à la rénovation de toutes sortes de ponts et de viaducs, mais rien pour les pistes cyclables ou piétonnières.
  • Aucune restriction verte n'a été considérée dans les octrois consentis aux industries de l'automobile et forestières.

Aucun subside consenti au financement de projets d'énergie éolienne, même ceux déjà pratiquement «clé en main». Une fois encore, les investissements afférents prendront le chemin des USA. Dommage pour le Canada.

L'économie verte

Le 20 janvier 2009 | Affiché dans

Malgré une situation économique de plus en plus préoccupante, «une majorité de Canadiennes et Canadiens croient qu'il est urgent de mettre en place de nouveaux projets environnementaux au Canada» ( Environics Research, décembre 2008). Pourtant, on a peu abordé la possibilité d'un plan de relance économique vert au Canada.

Aux États-Unis, on mise sur un président qui prend au sérieux le problème du réchauffement planétaire. Comme l'affirmait Barack Obama en décembre dernier : «Le temps du déni est révolu». «Nous sommes tous convaincus, ainsi que les scientifiques l'ont démontré depuis des années, que c'est une question d'urgence et de sécurité nationale, à laquelle nous devons faire face très sérieusement. J'ai bien l'intention d'y employer mon administration.»

Le Président élu Obama reconnaît aussi que la création d'emplois verts, notamment dans le secteur des énergies renouvelables, est un excellent moyen pour stimuler et relancer l'activité économique.

Occasion unique : une relance économique verte, «made in Canada» !

Créer suffisamment de nouveaux emplois de «cols verts» pour contrôler le réchauffement planétaire et, inclusivement, offrir un espoir économique pour celles et ceux qui en ont le plus besoin, est un défi majeur. Voici quelques suggestions de la Fondation David Suzuki pour que des politiques favorables à l'environnement servent à propulser la «nouvelle économie». (Au besoin Cf. sujets pertinents dans la boîte à votre droite).

C'est avant tout une question d'énergie !

En ce nouveau siècle, le secteur industriel le plus productif sera celui de l'énergie, notamment au chapitre des nouvelles sources d'énergie : concevoir de nouvelles technologies d'application, tant pour le solaire que pour l'éolien ou pour d'autres alternatives ; reconvertir les habitations, les bureaux et les véhicules à des formes innovatrices de consommation énergétique. Beaucoup de nouveaux emplois seront également nécessaires à la construction de parcs éoliens et à l'installation de panneaux solaires.

Des emplois de «cols verts» pour renforcer la classe moyenne !

Les emplois des cols verts sont des emplois de qualité. Un investissement massif dans une relance économique verte nécessitera une main d'œuvre qualifiée, qui ne sera pas à la merci des fluctuations cycliques, comme c'est le cas des emplois dans le secteur des matières premières.

La plupart des emplois verts sont locaux !

Le verdissage de notre économie exige des interventions aux endroits mêmes où nous vivons et travaillons, notamment dans notre façon d'y circuler. Les emplois afférents peuvent donc difficilement, sinon pas du tout être exportés.

Le bien-être de la planète et la productivité économique vont de pair !

À mesure que le verdissage économique augmente l'efficacité énergétique tout en préservant les matières premières, c'est la productivité de l'économie canadienne toute entière qui en bénéficie. À ce chapitre, malheureusement, notre performance traîne à la queue du peloton des pays de l'OCDE.

Un emploi de col vert renforce le tissu social !

Qu'on soit en ville, en campagne ou dans les communautés nordiques, nos municipalités souffrent depuis des décennies du manque d'intérêt et d'investissement dans leur croissance. Par contre, de nouveaux investissements dans les transports en commun, et des programmes d'évaluation énergétique pour nos villes et municipalités, de même que la multiplication de parcs éoliens et l'extension du Programme ecoÉnergie pour les populations nordiques ou éloignées, voilà du pain sur la planche pour les nouveaux cols verts qui en feront bénéficier tout le tissu communautaire.

Un col vert est un employé de la planète !

Hé oui ! Le col vert s'emploie à préserver et à augmenter la qualité de l'environnement. Sa mission supporte un complexe industriel dont la croissance nous aidera à vaincre notre dépendance au pétrole, à contenir nos émissions atmosphériques, à éliminer les agents toxiques et à préserver les écosystèmes.

C'est avant tout une question de leadership !

La résolution de la crise à laquelle nous sommes confrontés dépend moins de notre capacité d'innovation technologique que d'interventions de leadership responsable et consistant.

Nous devons créer de nouveaux emplois d'un nouveau type en investissant dès maintenant dans un projet d'économie prospère et durable pour le 21 e Siècle. Ces emplois devront reposer sur les progrès du savoir dirigé vers le développement et l'exploitation de sources d'énergie alternatives/renouvelables.

La récession actuelle offre l'occasion de s'assurer que les investissements publics et privés dédiés à la relance économique, soient dirigés vers des solutions énergétiques propres, à faible émission de gaz carboniques.

Lettre au ministre Flaherty

Le 7 janvier 2009 | Affiché dans

Par Karel Mayrand, Directeur général de la Fondation David Suzuki au Québec

Monsieur le ministre Flaherty,

Pendant la période des Fêtes, alors que vous établirez les bases du budget à venir, permettez-moi de vous lancer un défi : soyez innovateur! L'occasion vous est offerte d'aborder, non pas une, mais bien deux crises majeures auxquelles le Canada et le reste du monde sont confrontés. Alors que la situation économique actuelle fait quotidiennement les manchettes et que les épargnes des ménages canadiens disparaissent, le consensus scientifique concernant le réchauffement de la planète continue de susciter une douche froide à Ottawa.
En faisant preuve d'un leadership fort, vous avez le pouvoir d'entreprendre un chantier national pour résoudre ces deux crises étroitement reliées en un seul coup de maître.

Premièrement, envisagez cette crise sous un angle nouveau. Plutôt que de relancer l'économie en mettant notre environnement de côté, pourquoi ne pas saisir l'opportunité pour jeter les bases d'une nouvelle économie plus prospère? Désormais, l'économie durable est la nouvelle économie.

Deuxièmement, considérez une réforme fiscale écologique ou la création d'un ensemble de mesures de relance vertes qui permettra au Canada de transformer son économie en une économie d'avenir. Cette nouvelle économie verte s'appuiera sur la connaissance et sur l'exploitation de sources d'énergies alternatives et renouvelables. Remplaçons les emplois perdus par des emplois dans les nouvelles technologies vertes. Investissons dans les infrastructures vertes en privilégiant des voies ferrées et le transport en commun plutôt que des routes; dans les énergies renouvelables plutôt que dans l'énergie nucléaire; dans des bâtimentsintelligents plutôt que des structures inefficaces; dans des véhicules performants sur le plan énergétique plutôt que ceux plus énergivores. L'énergie constituera le secteur le plus dynamique du prochain siècle.

Il est clair que de tels investissements représentent des coûts. Mais puisque vous avez déjà reconnu que vous aurez à dépenser pour sortir le Canada de cette récession, il ne vous reste plus qu'à faire preuve de vision dans vos choix. La bonne nouvelle est que si vous dépensez intelligemment, vous réaliserez davantage à moindre coût. N'est-ce pas la une bonne décision pour investir dans l'avenir ?

Le retour sur l'investissement sera rapide avec plus de 40 000 emplois créés à court terme et ce, dans des secteurs diversifiés, allant de la construction aux emplois manufacturiers, en passant par la recherche et le développement.

En ce temps de crise, le secteur privé se tourne vers vous pour faire preuve de leadership. Alors qu'une toute nouvelle industrie émerge, celle des infrastructures et des énergies propres, nos entreprises ont besoin d'être supportés pour convaincre leurs investisseurs.

Les Canadiens réclament des politiques qui protègent l'environnement. Indiquez-leur la voie vers des solutions d'énergie propre avec des objectifs clairs. Rapidement, les investissements relanceront une économie du XXIème siècle plus prospère, plus compétitive et surtout, plus durable.

Selon des données de l'institut Pembina, en finançant des projets d'énergies renouvelables, le Canada pourra réduire ses dépenses d'importation de gaz naturel et de pétrole tout en triplant la valeur de son investissement. De plus, le financement de projets d'autobus à haut rendement énergétique ou de trains légers pourraient générer des retombées de plus de 31 milliards de dollars sur notre PIB.

Une étude réalisée le mois dernier par la Fondation David Suzuki et l'institut Pembina a démontré que l'économie canadienne pouvait croître de 20 tout en rencontrant des engagements de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 25 par rapport au niveau de 1990. Alors que la pression internationale se fait de plus en plus forte pour que le Canada réduise ses émissions de gaz à effet de serre, les investissements verts sont une option logique autant sur le plan économique que politique.

Le temps est venu de relever ce défi. Sous la présidence de Barack Obama, l'économie américaine s'apprête à prendre un virage majeur en faveur d'une économie durable. Les entreprises et industries canadiennes ne doivent pas être laissées derrière. La crise que nous vivons nous offre l'occasion de relancer notre économie en positionnant l'énergie et l'environnement au centre de ce nouveau chantier national.


Très sincèrement,

Karel Mayrand
Directeur général de la Fondation David Suzuki au Québec