Affichages récents dans Cercle scientifique

L'ABC de la conférence de Durban et les implications du retrait du Canada du Protocole de Kyoto

Le 20 janvier 2012 | Laissez un commentaire
Photo: L'ABC de la conférence de Durban et les implications du retrait du Canada du Protocole de Kyoto

(Crédit : Pierre Marcel via Flickr)

En décembre dernier, les Parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont réunies en conférence à Durban (Afrique du Sud) dans le cadre d'une série de rencontres tenues une fois l'an. Au Canada, les travaux de la conférence ont retenu l'attention de nombreux observateurs, tout comme l'annonce hautement médiatisée et controversée du retrait de notre pays du Protocole de Kyoto. Cette conférence était importante, car elle devait permettre de déterminer l'avenir du Protocole et de fixer les objectifs d'un nouvel accord sur les changements climatiques. Voici quelques observations concernant le but de la conférence, les considérations juridiques en lien avec la Plateforme de Durban et les conséquences du retrait du Canada du Protocole.

À propos de la Conférence de Durban

La rencontre de Durban était la 17e réunion annuelle des Nations Unies sur les changements climatiques, connue sous le nom de Conférence des Parties (COP17); il s'agit d'une tribune où, entre autres, les Parties souscrivant au Protocole de Kyoto prennent des décisions concernant l'application de la Convention. Parmi les participants à la Conférence, on comptait les États-Parties, les États observateurs (ceux qui adhèrent à la Convention, mais non pas au Protocole) de même que des organisations observatrices accréditées et des représentants de médias accrédités.

La CCNUCC encourage les pays à stabiliser les objectifs chiffrés de leurs émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, le Protocole de Kyoto représente l'engagement des pays industrialisés à atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés en vertu de la Convention. Fait important, il s'agit d'un traité ayant force obligatoire, ce qui signifie que les États-Parties ont l'obligation légale d'adopter des mesures nationales ou des mesures axées sur les conditions du marché pour honorer leurs engagements de réduction d'émissions. Par conséquent, l'issue de la conférence est importante quant à son incidence éventuelle sur les obligations légales des Parties.

Continuer »

Science, on tourne!

Le 16 décembre 2011 | Laissez un commentaire
Photo: Science, on tourne!

(Credit: L'imaGiraphe via Flickr)

Par Par le Dr Jean-Patrick Toussaint, Chefs, projets scientifiques

Voilà plus d'un an déjà que j'aborde avec vous la question de l'exploration et l'exploitation d'hydrocarbures dans le golfe. De manière naturelle, le dossier a évolué au fil des mois, mais certaines façons de faire n'ont, quant à elles, pas suivi cette même progression.

Laissez-moi le soin de vous expliquer.

Comme pour tout projet d'envergure ayant un impact environnemental potentiellement important, il est normal, voire essentiel, que la population puisse exprimer ses inquiétudes face à de tels projets. C'est pour cette raison que nous avons au Québec le Bureau d'Audiences Publiques sur l'Environnement (BAPE), dont la mission est généralement bien vue de l'opinion publique.

Ainsi, un BAPE a eu lieu en 2004 afin d'évaluer les enjeux liés aux levés sismiques dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Au cours de ce BAPE, bien des citoyens, groupes environnementaux et scientifiques ont pu faire part de leurs craintes, de leurs avis d'experts ainsi que de leurs recommandations face à ce sujet épineux. Résultat : un programme d'Évaluations Environnementales Stratégiques (ÉES) a été mis sur pied afin d'examiner la portée et la nature des effets environnementaux et socioéconomiques potentiels de l'exploration et de l'exploitation d'hydrocarbures.

Nous sommes présentement dans les derniers souffles de la phase « consultative » de l'ÉES qui porte sur la partie québécoise du golfe du Saint-Laurent; consultations auxquelles j'ai eu la chance de participer récemment.

Malgré les bonnes intentions de ce type de consultations (dont la portée géographique est très restreinte, soi-disant passant), il est difficile de passer sous silence le manque de cohésion et de diligence que ce type de processus fait ressortir. Force est donc de constater que dans la foulée de vouloir nous faire avaler la pilule de l'acceptabilité sociale d'un projet tel que celui des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent, plusieurs constats scientifiques sont (in)volontairement ignorés ou mis à l'écart quant à l'impact de cette industrie sur les milieux marins.

À titre d'exemple, l'énoncé des pratiques canadiennes d'atténuation de l'impact des ondes sismiques en milieu marin a été critiqué à quelques reprises déjà par des membres de la communauté scientifique comme étant insuffisant à certains niveaux, compte tenu de la plus récente littérature scientifique à ce sujet.

Ce genre « d'omission » des faits scientifiques n'est pas chose nouvelle.

Continuer »

Des hôpitaux plus « verts » : quelques pistes de solution

Le 15 novembre 2011 | Laissez un commentaire
Photo: Des hôpitaux plus « verts » : quelques pistes de solution

(Crédit : boliston via Flickr)

Au Canada, comme ailleurs dans le monde, les hôpitaux devraient être des modèles d'institutions où non seulement on y traite les malades, mais où on y fait aussi la promotion d'une meilleure santé globale, ce qui inclue évidemment la promotion d'environnements de vie plus sains. En ce sens, ils devraient être des modèles d'environnements non toxiques. Malheureusement, ce n'est en général pas le cas, et il est encore trop rare que l'aspect environnemental soit considéré dans la conception et la rénovation de ces institutions. Nous décrirons dans ce court article d'abord l'impact délétère du système de santé sur l'environnement, puis quelques pistes de solution afin de remédier à ce problème, et enfin nous donnerons quelques exemples d'expériences réussies au Canada.

Impact de notre système de santé sur l'environnement

Au Canada, malheureusement, le recyclage dans les hôpitaux n'en est encore qu'à ses balbutiements : Papiers et cartons sont parfois récupérés, alors que les plastiques et autres produits sont souvent enfouis ou brûlés. L'incinération de ces déchets pollue l'air de façon très importante et génère ainsi des oxydes de soufre, d'azote, des particules fines et surtout des dioxines. Ces molécules, des polluants organiques persistants (POP) font partie des 12 « produits sales » du Programme pour l'Environnement de l'ONU, car ils sont carcinogènes, et ils peuvent induire des problèmes immunitaires, endocriniens et reproducteurs. On a d'ailleurs évalué que l'incinération médicale est responsable de 16 des dioxines atmosphériques au Canada (c'est le second secteur d'activité économique qui génère ces produits). On croit souvent que l'incinération des déchets des hôpitaux est absolument nécessaire, mais il n'y a que 2 seulement de ces déchets qui sont pathogènes et qui doivent absolument être brulés (ce que l'on appelle les « red bags ». Au total, le système de santé canadien contribue pour plus de 2 % des GES produits au Canada. Outre les problèmes de pollution de l'air, on retrouve encore dans les effluents liquides de bien des hôpitaux des composés phénoliques, du mercure, des solvants, une multitude de produits chimiques divers, et évidemment des produits pharmaceutiques (hormones, cytotoxiques, antibiotiques, etc.) qui ont de multiples impacts sur la santé.

Les éléments à considérer afin de créer un hôpital « plus vert»

Inscrivez-vous à notre bulletin

En 2008, L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a produit un document (anglais seulement) suggérant de considérer sept points bien précis lors de la conception ou la rénovation d'un hôpital. Ce texte est un guide utile pour tout organisme impliqué dans une telle entreprise. Voici les éléments en question :

1. Viser la plus grande efficacité énergétique possible.
2. Bâtir vert (concevoir des bâtisses adaptées au climat).
3. Utiliser des sources d'énergie alternatives (géothermie, solaire, éolienne, etc.).
4. Favoriser les transports actifs, en commun, ou le covoiturage.
5. Favoriser l'utilisation d'aliments locaux, biologiques.
6. Rebuts : Réduire, réutiliser, recycler, et composter.
7. Éviter le gaspillage d'eau.

En ce qui concerne les mesures de réduction d'énergie, plusieurs groupes ont noté que des mesures très simples peuvent économiser jusqu'à 20 % de l'énergie d'une bâtisse (meilleure isolation, changement d'éclairage, etc.). Au niveau des rebuts, il y a des initiatives qui sont extrêmement intéressantes : le retour, par certaines institutions, au matériel chirurgical lavable et stérilisable plutôt qu'au tout jetable.
À tous ces éléments, il faut aussi ajouter l'importance de diminuer l'utilisation de produits d'entretien toxiques, de favoriser un environnement intérieur sain (à ce chapitre, la conception de murs de plantes qui améliorent la qualité de l'air est fort intéressante), de concevoir des aires de stationnement plus verts afin d'éviter les îlots de chaleur et la pollution des sols. Enfin, il est important d'adopter des politiques d'achats responsables, qui se font souvent non pas au niveau local, mais plus au niveau régional, voire provincial.

En dernier lieu, la clé du succès réside dans l'implication de tous les gens d'une institution : administration, personnel médical, autres professionnel-le-s, services d'hygiène et salubrité, services alimentaires. Les défis à relever sont très importants, et la réussite repose toujours sur la création de « comités verts » efficaces, avec des 'brigades vertes' qui font à la fois la sensibilisation et la promotion des projets dans un milieu. Dans les équipes les plus dynamiques, il est intéressant de constater que ces multiplicateurs contribuent aussi à sensibiliser la population générale à l'importance d'un environnement sain pour la santé. Il y a là un rôle d'éducation non négligeable dans la communauté.

Quelques réalisations canadiennes intéressantes

Le centre qui est certainement le plus remarquable au Canada est le London Health Sciences Centre. Cet hôpital est un modèle très souvent cité : il y a près de vingt ans, on y a fait une revue exhaustive de tous les secteurs d'activité et on a impliqué non seulement le personnel, mais toute la communauté dans la conception d'une nouvelle institution plus écologique. Les résultats sont très probants : Diminution marquée de l'enfouissement, économies d'énergie, utilisation de tissus lavables/stérilisables, et ce, tout en faisant des économies importantes. Plusieurs centres ont aussi mis sur pied des projets intéressants. Mentionnons : le Toronto Hospital (diminution de la consommation d'énergie de 20%-25%), le Sick Children à Toronto (recyclage augmenté de 78%), le University of Alberta Hospital (diminution du rejet des eaux usées de 42%), le BC Children's and Women's Hospital (diminution de la consommation d'énergie de 40%).

Conclusion

Notre système de santé a un impact délétère majeur sur l'environnement, alors qu'il devrait être un modèle de protection et de promotion d'environnements sains. Les solutions existent afin d'améliorer nos hôpitaux, et il est bien démontré que lorsqu'il y a une volonté ferme des administrations de la santé, et des comités verts pro- actifs, des améliorations spectaculaires sont possibles.

Références

www.cape.ca
www.c2p2online.com
http://cms.h2e-online.org
www.ecocarecanada.ca
www.gghc.org
www.noharm.org
www.ocfp.ca
www.planetree.org
www.synergiesanteenvironnement.org
www.sustainablehospitals.org

Les stratégies d'énergie verte et l'échelle locale

Le 17 août 2011 | 1 commentaire
Photo: Les stratégies d'énergie verte et l'échelle locale

(Crédit : olympi via Flickr)

Le terme environnement peut être compris et valorisé différemment selon chacun de nous, surtout lorsqu'il est en lien avec des projets qui sont vecteurs de changements au sein de la société.

À l'échelle planétaire, nous comprenons de plus en plus les effets de la pollution et la nécessité d'agir pour éviter ou réduire au minimum les émissions de gaz à effet de serre, de même que les mesures à prendre pour en diminuer les effets nocifs. Nous comprenons aussi à quel point le maintien des espaces verts dans les villes contribue à assainir l'environnement. Nous avons tous notre point de vue sur l'environnement dans lequel nous vivons et sur ce qui nous tient à cœur personnellement dans notre paysage local. Lors du dernier concours de photos présenté sur la page Facebook de la Fondation David Suzuki intitulé Le Saint-Laurent : Notre fleuve vivant!, les photos soumises illustraient les liens que nous avons avec certains paysages et ce qu'ils signifient pour nous, toutes choses qui nous incitent à travailler à la préservation de notre environnement.

Qu'arrive-t-il cependant lorsqu'une région ou une localité donne son aval, supposons, à un projet de production d'énergie verte visant à créer un environnement plus sain et que ce projet entre en conflit avec ce qu'aucun ne perçoit comme étant l'environnement dans lequel il souhaite vivre? Cette divergence de vues entre les avantages perçus par certains et l'incidence nuisible perçue par d'autres entraîne parfois des litiges entre les parties intéressées.

Inscrivez-vous à notre bulletin

Au Canada, de telles divergences ont récemment fait l'objet de deux affaires judiciaires en Ontario. Dans les deux cas, il s'agissait de groupes communautaires s'opposant à l'implantation de parcs éoliens dans le cadre de projets d'énergie verte. Ces projets doivent permettre de produire de l'électricité à partir de sources d'énergie non classiques telles que le soleil et le vent. Ils ont notamment pour but de réduire les émissions de gaz à effet de serre en diminuant notre dépendance aux sources d'énergie classiques polluantes et d'assurer une diversification des sources d'approvisionnement énergétique afin de pouvoir répondre à la demande d'énergie future.

Dans la première affaire, Hanna v. Ontario (Attorney General), un résidant de l'Ontario contestait un règlement sur les parcs éoliens adopté en vertu de la Loi sur la protection de l'environnement. Dans ce procès, le demandeur a exprimé ses inquiétudes quant à la trop grande proximité des éoliennes (potentielles) et a fait valoir que le règlement de retrait actuel concernant ces dernières n'assurait pas une protection suffisante pour la santé de ceux qui se trouverait a proximité des éoliennes. La Cour supérieure de l'Ontario s'est prononcée en faveur du gouvernement en affirmant que celui-ci avait effectué les consultations et les examens publics et scientifiques appropriés. La demande de pourvoi a été refusée. La décision de la Cour supérieure est accessible en ligne à l'adresse suivante.

Dans la deuxième affaire, Erickson v. Director, ministry of the Environment, l'Environmental Review Tribunal de l'Ontario s'est prononcé sur un appel contestant l'autorisation d'un projet de parc éolien par le gouvernement. Un groupe de citoyens de la localité concernée s'opposait à la mise en œuvre du projet en alléguant que celui-ci représentait un risque grave pour la santé de la population. Dans sa décision, le Tribunal a conclu que les preuves présentées par le groupe communautaire n'étaient pas suffisantes pour établir une prépondérance des probabilités quant aux risques graves que pourrait représenter la présence d'un tel parc pour la santé de tous. La décision du Tribunal est publiée à l'adresse suivante.

Ces questions et ces différends nous offrent une véritable occasion de réfléchir à notre propre relation avec notre environnement. Ils nous incitent à nous interroger sur la valeur des choses. Serais-je prêt, par exemple, à accepter que des aspects (visuels ou auditifs) de mon environnement immédiat, qui me sont chers, soient modifiés pour répondre à un objectif environnemental comme la production d'une énergie plus verte? Est-ce que mon point de vue sur ce que je considère bien pour l'environnement local et planétaire est le même que celui de mes amis? de mes voisins? Que signifie pour moi l'environnement?

Qu'est-ce qui se cache derrière le vin ?

Le 5 août 2011 | 1 commentaire
Photo: Qu'est-ce qui se cache derrière le vin ?

(Crédit : florriebassingbourn via Flickr)

Au-delà de grandes appellations prestigieuses, de sérieux clubs de dégustations ou des rabais du week-end à la SAQ, il faut se rappeler que le vin est avant tout un produit agricole qui, comme les autres, est sujet aux aléas du temps, aux pressions industrielles ou aux effets de modes. Alors qu'une large frange de la population réclame désormais des produits alimentaires plus sains et respectueux de l'environnement, prenons quelques instants pour démystifier quelque peu l'univers du vin.

Le principe de fabrication du vin est relativement simple : on presse du raisin pour en faire un jus dont le sucre est transformé en alcool par des levures. En plus de ce procédé biochimique, une panoplie de facteurs naturels et d'interventions humaines peuvent créer une vaste palette de produits aux parfums et structures grandement variés. Au-delà du terroir et du cépage, qui sont les deux éléments centraux d'un vin, le rôle du vigneron est quant à lui crucial dans l'élaboration de vins de qualité. Après tout, ce n'est pas parce qu'un vin provient de la Bourgogne qu'il est bon, ni parce qu'il est fait de chardonnay.

La révolution verte (caractérisée par une gestion améliorée de l'eau, l'utilisation de variétés à haut rendement et de différents intrants tels que les engrais et pesticides), a non seulement fortement changé le paysage agricole à partir des années 50, mais a également eu un grand impact dans l'univers viticole. Cette révolution a permis d'augmenter la production de denrées alimentaires et de freiner substantiellement les crises de famine à l'échelle mondiale. Par contre, on y impute une diminution des variétés, une pollution des milieux et un accroissement de la mainmise industrielle sur l'agriculture au détriment des pratiques artisanales.

L'intrusion de ces pratiques a changé de façon draconienne la façon de faire le vin. D'une démarche résolument artisanale qui n'avait pas réellement changé depuis plusieurs siècles, la fabrication du vin est dans la plupart des cas devenue une démarche industrielle et standardisée. Aujourd'hui, nous nous retrouvons donc devant un marché où les plus grandes parts sont occupées par des vins commerciaux formatés, dont les goûts sont construits pour plaire à une certaine clientèle et non pour respecter la typicité des terroirs.

La production industrielle du vin

Concrètement, la façon de travailler la vigne pour produire des vins commerciaux est hautement délétère pour l'environnement et la santé humaine et se traduit par un usage massif de produits de synthèse, autant dans la vigne (viticulture) que dans les chais (vinification).

Dans la vigne, l'utilisation de machinerie lourde ainsi que l'emploi de désherbants demande entraine la compaction, la déstructuration ainsi que la pollution des sols et des cours d'eau. Pour favoriser la production d'une grande quantité de raisin sur la vigne, l'emploi de pesticides, engrais et insecticides entraîne aussi une diminution de la biodiversité des milieux agricoles et connexes. De plus, la production augmentée de raisin par hectare entraîne une dilution du goût du raisin qui doit être compensée ailleurs par levurage ou autres ajouts de produits non naturels.

À l'étape de la vinification, on ajoute régulièrement des levures aux levures naturelles (processus appelé levurage). Il existe plus de 300 types de levures industrielles ayant toutes leurs spécificités : les unes donnant des arômes de fraise, les autres produisant un fort taux d'alcool, etc. Il est donc possible de « construire » un vin à partir d'un jus de raisin sucré. Pour contrôler les fermentations, stabiliser les vins et prévenir l'oxydation, on ajoute habituellement des sulfites. Si en très faible quantité les sulfites ne sont pas dommageables pour la santé, en revanche une quantité plus importante (comme en comporte la majorité des vins présents sur nos tablettes) peut entraîner des symptômes allergènes graves. Si vous avez tendance à avoir les joues rouges ou des maux de tête après avoir bu une ou deux coupes de vin, dites-vous que vous n'êtes pas allergiques au vin, mais plutôt à l'éthique douteuse du vigneron! Soulignons également l'ajout dans certains vins d'autres substances chimiques ou biologiques modifiant le goût de celui-ci, par exemple, l'ajout de copeaux de bois durant la maturation pour augmenter les arômes et tannins issus du bois.

Les conséquences sur la qualité du vin

Ces manipulations ne sont évidemment pas sans conséquence sur la qualité des vins que l'on retrouve sur nos étagères. Une étude anglaise publiée en2008 révèle que les vins de 5 pays, dont la France, contiennent des quantités de métaux lourds anormalement élevées. En basant leur analyse sur la consommation d'un verre de vin par jour, les auteurs concluent à de possibles risques pour la santé à moyen ou long terme dû à la bioaccumulation de ces métaux.

Une autre étude menée par le Pesticide Action Network-Europe et publiée en 2008 a analysé 40 bouteilles de vin rouge en provenance de France, Autriche, Allemagne, Algérie, Italie, Portugal, Chili, Australie et Afrique du Sud. Dans toutes les 34 bouteilles issues de l'agriculture traditionnelle, on a retrouvé des résidus de 4 à 10 pesticides différents. Plus alarmant encore, ce sont les niveaux des produits de synthèse que l'on y a retrouvée. Les règles sur la toxicité des vins, autant aux États-Unis qu'en Europe ou au Québec, permettent des quantités de produits chimiques que l'on peut retrouver dans le vin qui sont très élevées. Il en résulte que l'on a retrouvé dans les bouteilles analysées des concentrations de pesticides jusqu'à 5 800 fois plus grandes que pour l'eau potable... À noter que dans les 6 autres bouteilles, provenant de l'agriculture biologique, une seule contenait des résidus de pesticides, et ce, en faible quantité.

Ces mêmes produits chimiques ont été associés avec d'importantes conséquences sur la santé, telles que la diminution des capacités intellectuelles, l'apparition de cancers, de la maladie de Parkinson et de l'Alzheimer. Les règles permissives de la SAQ sur la qualité des vins nous amènent donc à retrouver sur nos tablettes des produits qui sont hautement questionnables quant à leur impact sur la santé publique. À lumière de ces informations, il est donc paradoxal de constater que ces nombreuses études vantent les qualités antioxydatives d'un verre de vin rouge...

Des produits alternatifs — les vins biologiques et les vins naturels

Le recours à une agriculture biologique ou raisonnée diminue de façon drastique la toxicité des vins tout en réduisant l'impact de leur production sur l'intégrité des écosystèmes et sur la santé publique. On retrouve donc dans les vins biologiques des quantités de pesticides nulles ou très faibles (dû à des contaminations). Il importe toutefois de souligner que les certifications biologiques ne concernent que la partie viticulture de production du vin. C'est-à-dire que dans ces vins on peut tout de même trouver des quantités importantes de sulfites ou autres produits qui sont utilisés dans les chais lors de la vinification. Lorsque l'on parle de produits dont le respect du terroir, de la nature et de la vinification sont verticalement intégrés, on utilise le terme vins naturels.

Loin de l'esprit des vins commerciaux qui sont volontairement standardisés, les vins naturels sont des « produits » à l'opposé de la normalisation. Ils essaient d'être au plus près de la qualité de goût des raisins et de puiser leur typicité dans leurs terroirs respectifs. Les vignerons qui s'investissent dans ce type de production viticole tâchent de travailler les vignes et aussi les vins en respectant la nature des sols par un travail long et minutieux. La vigne est travaillée sans pesticides, engrais, insecticides, désherbants ou antifongiques de synthèse. Lors de la vinification, on utilise les levures indigènes qui opèreront leurs transformations dans des fermentations longues et typées. En plus, le recours à de très faibles doses de sulfites, voir pas du tout, permet de libérer toute l'expression du raisin, de son terroir et du climat. Non sans conséquences, la suppression de la majorité des interventions non essentielles à la production de vin découle sur des vins moins stables, plus déroutants, mais tellement plus vrais.

Malheureusement pour les amateurs, les vignerons qui choisissent de travailler dans cette optique doivent opter pour la production de faibles quantités. Au Québec, il devient donc particulièrement ardu de retrouver des vins naturels sur les tablettes de la SAQ. Pour s'en procurer, les intéressés doivent se tourner vers l'importation privée. Des agences telles Labelle Bouteille, La QV ou Rézin se spécialisent dans l'importation de ce type de vin.

En conclusion, rappelons-nous que notre santé dépend non seulement de ce que nous mangeons, mais également de ce que nous buvons.

Santé !

Pour en savoir plus

Références

Naughton, D.P. et Petroczi, A. 2008. Heavy metal ions in wines: meta-analysis of target hazard quotients reveal health risks. Chemistry Central Journal, 2: 22.

Pesticide Action Network Europe. 2008. « Message dans une bouteille » Etude sur la présence de résidus de pesticides dans le vin. 20 p.