Des urbains et des hommes | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: Des urbains et des hommes

(Crédit: Simonds via Flickr)

Par Jean-Patrick Toussaint

Un retour aux sources en cette année de la biodiversité.

Mon goût pour la nature et l'environnement s'est développé à un bien jeune âge. En effet, j'ai eu la chance de grandir à la campagne, dans la magnifique région des Cantons de l'Est. Pas trop surprenant donc que mes intérêts envers l'écologie et la biologie se soient traduits en une carrière scientifique. C'est donc souvent avec passion que je m'engage dans de (trop?) longs discours sur l'environnement et l'importance de s'en soucier.

Pourtant, outre le fait que bien des jeunes n'aient pas eu la même chance que moi de grandir à la campagne, il apparaît évident que les générations d'aujourd'hui sont de plus en plus déconnectées de la nature. Peut-être pas si étonnant si l'on considère toutefois l'essor que connaît l'urbanisation de nos jours (j'agis un peu à titre d'exemple...).

Cet exode des masses vers les grandes villes contribue de deux façons, selon moi, à la perte de nos milieux naturels et de la biodiversité qui s'y trouve. D'un côté, il y a l'expansion des villes qui contribue directement à cet effet, et de l'autre, l'abandon de pratiques culturelles et ancestrales (dont plusieurs formes d'agriculture). Car avec la perte de ces pratiques, partagées d'une génération à l'autre, s'éteint une richesse de connaissances essentielles à une bonne gestion de nos ressources naturelles (voir Science Matters, 5 Février 2010). Étant donc au 21ème siècle, ère où règnent en maîtres urbanisme et technologie, les points évoqués ci haut constituent une bonne raison en soi pour faire de 2010 l'année de la biodiversité — afin de nous rappeler un peu à l'ordre!

Par ailleurs, toute l'attention scientifique (et médiatique) qu'a reçue la dernière décennie quant aux changements climatiques procure un excellent tremplin et une bonne raison de faire de cette année celle de la biodiversité. Je crois en effet que nous avons désormais atteint suffisamment de « maturité et conscience sociales » pour nous permettre de mieux comprendre l'impact néfaste des changements climatiques sur notre planète, ainsi que l'importance de préserver notre environnement (i.e. la biodiversité).

Avec tous ces changements démographiques, urbains, et culturels, s'accompagnent aussi de nouvelles pratiques agricoles intenses destinées à accommoder lesdits changements. Je me souviens avoir récemment débattu sur les pratiques agricoles actuelles (souvent néfastes pour l'environnement et la biodiversité) avec les membres de ma famille qui s'occupent de la ferme familiale. De deux choses l'une; bien que de nombreux agriculteurs, tels que ceux de ma famille, soient bien conscients des enjeux environnementaux auxquels nous faisons face, la réalité est que beaucoup d'entre eux doivent répondre à une demande sans cesse grandissante de denrées alimentaires; d'autre part, il y a dans ce concept un paradoxisme flagrant : avec l'augmentation de la fréquence et l'intensité des phénomènes météorologiques observés depuis les dernières décennies (sécheresses, pluies diluviennes, maladies reliées aux cultures végétales, etc.), il y a un besoin grandissant de cultiver des semences « résistantes » à ces facteurs environnementaux. Ceci sans oublier le besoin de fertiliser ces semences avec des engrais permettant une croissance rapide. Or, ces pratiques agricoles contribuent de manière directe et indirecte aux phénomènes environnementaux extrêmes. Comble du paradoxe, ces mêmes pratiques demeurent inchangées, ou à peine.

Saviez-vous que 10% des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) proviennent du secteur agricole au Canada?

Ce pourcentage ne comprend pas l'utilisation de combustibles fossiles, ni la production d'engrais!

Source : Agriculture et Agroalimentaire Canada

Les biotechnologies nous procurent des outils superbes, mais non sans conséquences. Ainsi, des « supers semences », ou même des fertilisants plus puissants peuvent affecter en bout de ligne la biodiversité de semences végétales ayant mis des siècles à évoluer (par moments avec l'aide de l'homme, j'en conviens — voir Science Matters, 23 Septembre 2009), mais également la diversité microbienne et faunique retrouvée dans nos sols (voir La Biodiversité Invisible). Ce que l'on oublie trop souvent malheureusement est que toute cette diversité est à la base même de la résilience de nos écosystèmes face aux intempéries environnementales.

Je ne prône pas ici la conversion de tous les agriculteurs du Québec en agriculteurs « organiques »... ceci n'est pas tout à fait réaliste. Par contre, je les encourage à débattre des pratiques agricoles actuelles et de questionner l'implication de celles-ci quant à la détérioration de notre environnement, un peu à l'instar des agriculteurs de ma famille (qui ne sont pas toujours d'accord avec mes propos, soit disant, mais qui acceptent d'en débattre vigoureusement!).

Afin de souligner l'importance de faire de 2010 l'année de la biodiversité, pourquoi ne pas commencer cette nouvelle décennie en prenant le temps de s'intéresser un peu plus à toute la biodiversité qui nous entoure et nous procure tant de services? À commencer par les arbres et plantes qui embellissent nos villes et campagnes! Par le fait même, pourquoi ne pas encourager nos jeunes à reprendre contact avec la nature? Des trucs pour y arriver? Consultez notre site web avons pleins de bonnes idées à vous proposer!

15 février 2010

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