La Biodiversité Invisible | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: La Biodiversité Invisible

Par Jean-Patrick Toussaint

L'année 2010 a été proclamée « Année internationale de la biodiversité » par les Nations Unies. À quoi correspond cette biodiversité, et pourquoi devrions-nous nous y intéresser?

Littéralement, la biodiversité signifie la diversité de la vie. Des premiers organismes cellulaires aux plantes terrestres, en passant par les animaux aquatiques, les dinosaures ou encore les mammifères terrestres (dont fait partie l'Homo sapiens), la biodiversité représente l'évolution de la vie sur terre.

Outre sa valeur patrimoniale, la biodiversité nous procure de nombreux services, désignés en tant qu'« écoservices » ou « services écologiques ».

D'une part, nous pouvons apprécier la richesse d'une grande diversité biologique lorsqu'au printemps, nos sens sont émerveillés par l'apparition de toutes sortes de fleurs. La diversité biologique permet aussi la purification des cours d'eau, la régulation des cycles bio-géo-chimiques (ex. : cycles de l'azote et du carbone) ou encore le contrôle d'insectes importuns, etc.

Au-delà des caractères esthétiques et patrimoniaux qui donnent de la valeur à la biodiversité, la biodiversité nous est essentielle car vitale.

De plus en plus de chercheurs scientifiques s'entendent pour dire qu'une grande diversité biologique va de pair avec un écosystème « sain », c'est-à-dire un environnement (au sens large du terme) qui sera en mesure de résister et de récupérer des perturbations naturelles et/ou anthropologiques (ex. : changements climatiques).

Qu'en est-il de la « biodiversité invisible », celle qu'on ne voit pas à l'œil nu ? Par biodiversité invisible, j'entends l'ensemble de la faune et la flore qui se retrouvent sous nos pieds, dans nos sols. C'est une composante qui passe souvent inaperçue, car très peu médiatisée, mais qui constitue pourtant une part tout aussi essentielle que la biodiversité dite visible.

Ces organismes sont généralement reconnus pour le rôle qu'ils jouent sur la qualité et la fertilité du sol, d'où leur importance. À l'échelle des préoccupations environnementales, il serait sans doute peu exagéré de classer cette diversité biologique comme « minorité invisible ». Pourtant ces organismes invisibles sont présents en très grands nombres dans la plupart des écosystèmes. Selon le Programme des Nations Unies pour l'Environnement, le nombre estimé d'espèces de bactéries et de champignons que l'on retrouve dans les écosystèmes, mais qui sont encore inconnues, se rapproche du million (pour chaque groupe d'organismes)!

En négligeant nos sols, par le déboisement, le déversement de produits chimiques et toxiques, ou encore les fortes pressions agricoles (ex. : monocultures intensives), nous réduisons la diversité biologique invisible qui s'y retrouve et détruisons cette richesse.

Les dernières avancées en sciences du sol et en sciences des interactions microorganismes/plantes démontrent qu'il existe un lien étroit entre la diversité microbienne du sol (invisible) et la diversité de plantes (visible) qui forment un écosystème donné.

Le sol que nous foulons à chaque jour regorge donc d'organismes qui nous rendent des services incalculables, mais dont nous ignorons trop souvent l'importance. Il est alors de notre devoir d'en prendre connaissance et d'agir en conséquence afin de préserver cette biodiversité.

Les champignons mycorhiziens

À titre d'exemple, plusieurs espèces de champignons microscopiques retrouvés dans le sol sont bénéfiques, voire essentiels, à la croissance des plantes. Ces champignons s'associent aux racines des plantes afin d'en retirer les sucres nécessaires à leur survie, en échange d'éléments nutritifs (phosphore et azote) que la plante hôte utilise pour sa croissance.

On estime à 80% la proportion des espèces végétales formant une telle symbiose (mycorhize), tout écosystème terrestre confondu. Les champignons (dits mycorhiziens) jouent donc un rôle vital dans le fonctionnement des écosystèmes terrestres puisqu'ils constituent une toile vivante interconnectant une multitude d'espèces végétales (des herbacées aux arbres). Ces champignons font également partie intégrante des cycles de l'azote, du phosphore et du carbone, et sont une source de nourriture pour d'autres micro- et macro-organismes. Il est important d'ajouter à cela qu'ils confèrent au sol une certaine stabilité et fertilité. Ainsi, des pratiques agricoles intensives peuvent être néfastes pour cette symbiose puisqu'elles peuvent rompre les liens que forment ces champignons avec les plantes qu'ils côtoient étroitement.

Les bactéries

On peut également noter l'importance de la biodiversité invisible par la présence de nombreuses bactéries dans les sols; ces bactéries peuvent s'associer aux racines des plantes et leur être bénéfiques.

Certaines bactéries peuvent faciliter la croissance des plantes en rendant disponibles des éléments minéraux présents dans le sol (ou dans l'air) qui sont autrement inaccessibles aux plantes. Enfin, certaines bactéries ont la capacité de dégrader des composés chimiques tels que les BPC (biphényles polychlorés) ou les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques; retrouvés dans le pétrole). Ces substances nocives sont retrouvées dans plusieurs sols contaminés où elles y persistent à cause de leur insolubilité dans l'eau et leur caractère chimique plutôt stable.

Certaines bactéries possèdent donc l'outillage biologique pour s'attaquer à ces composés dont elles se servent comme source de carbone — élément vital pour leur survie.

15 février 2010

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