Qu'ont en commun la biodiversité et votre ordinateur? | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: Qu'ont en commun la biodiversité et votre ordinateur?

Par Jean-Patrick Toussaint

Si vous êtes en mesure de lire ce blog en ce moment, c'est que vous avez accès à un ordinateur — de bureau ou portable — comme des millions de personnes à travers le monde. Ces merveilles de technologie sont devenus des outils quasi-indispensables de notre vie quotidienne : au travail, à l'école ou à la maison.

Bien sûr, les ordinateurs sont très utiles dans un monde où tout doit se produire à la vitesse de la lumière. Cependant, aussi utiles soient-ils, ces derniers sont remplacés à une vitesse tout aussi affolante que notre rythme de vie : à chaque année (voire chaque 6 mois), un ordinateur plus performant, plus puissant, plus rapide est mis sur le marché. Le premier portable que je me suis procuré en 2001 était doté d'un disque dur de...5GB! À peine 10 ans plus tard, le portable le plus bas de gamme vient avec un disque dur ayant une capacité 30 fois plus élevée que mon « ordinosaure »; sans compter qu'il est beaucoup plus rapide et léger (donc plus « portable »).

Toutefois, qu'advient-il de votre ordinateur une fois sa limite de vie atteinte (la même question s'applique à votre téléphone cellulaire, lecteur mp3, etc) ?

S'il n'est tout simplement pas envoyé dans un site d'enfouissement tout comme vos ordures ménagères, votre ordinateur sera partiellement recyclé pour ses pièces. C'est précisément face à ce « problème » que se retrouvent plusieurs pays en voie de développement. Problème, car les méthodes qui y sont utilisés pour récupérer les métaux précieux des circuits d'ordinateurs sont plutôt « primitives » et très dommageables pour l'environnement (et la santé humaine), tel que rapporté par la revue Nature, qui fait état d'une étude récemment publiée dans la revue Environmental Science & Technology. Afin de récupérer les composantes en cuivre, en or, ou autre métal précieux, on brûle les matières plastiques des ordinateurs, ou on utilise de l'acide nitrique ou du cyanure. Résultat : les gaz produits ou les déchets toxiques finiront leurs jours dans le sol ou les eaux locales.

Selon cette même étude, il semble que dans moins de 10 ans les pays en voie de développement élimineront plus d'ordinateurs que les pays industrialisés, ce qui pourrait représenter environ 1 milliard d'ordinateurs « jetés par la fenêtre » d'ici 2030 à l'échelle planétaire (par rapport à 180 millions d'ordinateurs jetés annuellement en ce moment)!

Notre façon de « consommer » (ou « d'éliminer ») toute cette technologie qui nous sert quotidiennement, affecte donc notre environnement, et par conséquent affecte la biodiversité terrestre (sols et cours d'eau — pour rependre l'exemple ci-haut). Bien qu'inoffensif à première vue, votre ordinateur — ou plutôt ce que vous en ferez — peut avoir de fâcheuses répercussions sur une variété d'organismes vivants, y compris l'être humain.

L'idée ici n'est pas d'empêcher le progrès, ou de retourner à l'âge de pierre — mais il ne faudrait pas oublier de faire preuve de gros bon sens dans l'utilisation (et la consommation) de nos technologies (voir « La science en action » du 26 mars 2010). Ainsi, lorsque viendra le temps de vous défaire de votre vieil ordinateur, pourquoi ne pas l'envoyer dans un centre qui en fera bon usage, ou en retirera les composantes recyclables de manière responsable? Voici quelques pistes :

Éco-centres de Montréal
Projet Techno-Écolo de Communautique

Enfin, plutôt que de vous laissez tenter par le tout dernier produit technologique, demandez-vous s'il est vraiment essentiel de vous défaire de votre vieil appareil pour avoir le tout dernier cri? Le visionnement du film suivant pourrait vous aider à faire un choix éclairé: The Story of Stuff.

25 mars 2010

Pour en savoir plus