Dix bonnes raisons pour dire « non » à la réfection de Gentilly-2 | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: Dix bonnes raisons pour dire « non » à la réfection de Gentilly-2

Source: Hydro-Québec, Gentilly-2

Par Dr Éric Notebaert

La reconstruction du réacteur nucléaire Gentilly-2 est une entreprise insensée. Voici dix raisons pour arrêter ce projet tel qu'il est conçu maintenant. Il n'est pas trop tard pour agir. H-Q n'a pas encore obtenu de la Commission canadienne de sûreté nucléaire la revue de son Examen intégré de Sûreté.

  1. Trois grosses études récentes qui regroupent des millions d'individus vivant à proximité de 200 installations nucléaires démontrent hors de tout doute une association entre l'incidence de leucémies infantiles, la mortalité par leucémie et la présence d'une installation nucléaire, et ce, jusqu'à 15 km en périphérie des centrales.
  2. Pour les travailleurs du nucléaire, la population environnante et leurs enfants, une élévation de l'incidence de leucémies, de divers cancers, ont été démontrées.
  3. Le tritium est produit en très grande quantité par les CANDUs. Les niveaux de tritium tolérés dans l'eau potable au Canada sont trop élevés : (7000 Bq/L), comparés aux taux américains (740 Bq/L) et européens (100 Bq/L). Ceci est inacceptable.
  4. Il n'y a encore aucune solution satisfaisante de stockage à long terme des déchets. Ils resteront radioactifs pendant des milliers d'années. Reconstruire Gentilly-2 ajouterait 2500 tonnes de déchets de combustibles irradiés aux 2,500 tonnes actuellement entreposées de manière temporaire sur le site d'H-Q. La reconstruction de G-2 ferait du Québec un candidat pour enfouir tous les déchets nucléaires canadiens.
  5. L'énergie nucléaire n'est pas une énergie « verte ». En plus des retombées polluantes découlant de l'opération de la centrale, l'exploitation, l'enrichissement et le retraitement de l'uranium sont des activités extrêmement polluantes, qui exposent dangereusement la population au rayonnement, qui détériore l'environnement de façon marquée et qui génère beaucoup de gaz à effet de serre.
  6. Les réacteurs CANDU's ont de sérieux problèmes de conception qui les rendent dangereux, ce qui a été reconnu par la Commission canadienne de sûreté nucléaire.
  7. Le risque d'accidents dans l'industrie persistera toujours. À la vitesse avec laquelle un tel accident peut survenir dans une centrale, il est impossible d'être certain que les systèmes d'urgence puissent réagir à temps pour éviter la catastrophe. Les compagnies d'assurance refusent d'ailleurs de prémunir leurs clients contre les risques d'origine nucléaire.
  8. Un réacteur nucléaire n'est pas essentiel pour la production d'isotopes radioactifs. Des accélérateurs-cyclotrons situés à proximité des hôpitaux pourraient alternativement être construits à moins du dixième du coût requis par un réacteur nucléaire. Ils ne génèrent pas de déchets nucléaires et n'utilisent pas d'uranium hautement enrichi.
  9. Les coûts estimés par Hydro-Québec pour la réfection de Gentilly-2 sont de 1.9 milliard de dollars. Ce montant n'inclut pas la gestion de tous les déchets radioactifs. Or, toutes les analyses indépendantes prévoient plutôt des coûts beaucoup plus élevés (3 à 5 fois). Ces montants devront être absorbés par la société québécoise dont les finances sont déjà en mauvais état, avec comme conséquence possible un risque élevé d'une décote financière d'Hydro-Québec et du gouvernement.
  10. Un changement de mission à la réfection de G-2 rendrait possible le maintien et le développement de nombreux et nouveaux emplois afin d'assumer de manière sécuritaire la gestion intérimaire des déchets radioactifs entreposés sur le site d'H-Q., ainsi que le monitorage de la radioactivité durant les opérations de déclassement du réacteur. Notons qu'Ontario Power Generation (OPG) a décidé de ne pas procéder à la réfection de quatre de ses centrales nucléaires les jugeant périmées et trop coûteuses à reconstruire. L'expertise en déclassement des centrales est une opportunité à ne pas négliger, car un très grand nombre de centrales dans le monde sont vieillissantes et nécessiteront à court terme une telle expertise.

Il faut agir rapidement et promouvoir pour le Québec une alternative au nucléaire. À cet effet, la proposition du maire Gaétan Ruest d'Amqui est exemplaire. Celui-ci invite le gouvernement à mettre fin au projet de reconstruction de Gentilly-2, à prohiber l'exploration / exploitation de l'uranium au Québec et à interdire par voie légale tout projet d'enfouissement de déchets radioactifs sur le territoire québécois afin de se tourner résolument vers les énergies vertes. Plus d'une centaine de municipalités se sont déjà ralliées à ce projet.

Les orientations de la Stratégie énergétique du Québec (2006-2015) et le Plan stratégique 2009-2013 d'Hydro-Québec doivent être revues et corrigées pour tenir compte des dangers de toute la filière nucléaire.

Il ne s'agit pas là seulement d'une question d'énergie, il s'agit de choix fondamentaux de société, et cela ne peut et ne doit pas se décider derrière les portes closes du gouvernement, d'Hydro-Québec et des compagnies intéressées.

Co-signataires : Ayas Raouf MD, Laval ; Boisjoly André MD, Laval ; Chenier Martin MD, Laval ; Chirgwin Juan MD, Montréal ; Croteau Isabelle MD, Laval ; Del Grande Gabriella MD, Laval ; Delisle Annie MD, Laval ; Desaulniers Pierre MD, Montréal ; Duniewicz Magdalena MD, Montréal ; Dworkind Michaël MD, Montréal ; Gagnon Jacques B. MD, Grand'Mère ; Gingras Isabelle MD, Sept-Îles ; Goulet Marie MD, Montréal ; Jacquemin Géraldine MD, Montréal ; Jamaty Chloé MD, Montréal; Labelle Martine MD, Montréal ; Lachance Paul-André MD,Laval ; Larocque Isabelle MD, Sept-Îles ; Larocque Alexandre MD, Montréal; Lehmann François MD, Montréal ; Messier Alex MD, Montréal ; Pelletier Kathleen MD, Chicoutimi ; Pelletier Louis-Philippe MD, Montréal ; Rico Philippe MD, Montréal ; Robert Guillaume MD, Montréal ; Rohe Philippe MD, Montréal ; St-Arnaud Karine MD, Montréal ; Thibault Antonio MD,Québec ; Thibault Anne MD, Montréal ; Turbide Pascale MD, Sept-Îles ; Zigby Jean MD, Montréal

N.B. La version longue de cette lettre se trouve sur le site du MSQN.

7 juin 2010