Février : mois du cœur. Février 2011 : début de l'année internationale de la forêt | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki

CouvPlaneteCoeur.jpgPlus qu'un hasard, il y a un lien profond entre le cœur de l'homme et le cœur de l'arbre.

Il y a quelques semaines, je recevais en consultation un jeune homme de 49 ans. Dans un bilan pour une tumeur de la vessie, le scan thoracique n'avait dépisté aucune métastase. Mais par hasard, le scan avait trouvé d'importantes calcifications des artères de son cœur. Il n'avait jamais eu de symptômes ni de maladies cardiaques. Intrigué, son urologue me l'envoie pour un bilan plus approfondi. Le seul facteur de risque chez lui était le tabac. Ce qui n'expliquait pas chez ce jeune homme, en apparence d'une santé de fer, autant de calcifications coronariennes, hors de l'ordinaire même chez un fumeur. Le reste du bilan était sans particularité. Jusqu'à ce que je réalise qu'il travaillait depuis l'âge de 21 ans sur les grands chantiers routiers de Montréal. Il fait partie de ces travailleurs qui travaillent à quelques mètres des bouchons de circulation qui contournent les chantiers.

Ce cas clinique m'a rappelé une étude de Barbara Hoffman, épidémiologiste allemande, paru dans la prestigieuse revue « Circulation », la bible des cardiologues.1 Cette étude a démontré que si l'on vit à moins de 50 mètres d'une voie routière polluée, on a 63 % plus de chance d'avoir des calcifications coronariennes que si l'on vit à plus de 200 mètres. Chez ce patient, la dimension environnementale a ajouté à notre compréhension classique de la maladie cardiaque.

Depuis trois ans, j'ai révisé plus de 500 études mettant en lien l'environnement et la santé cardiaque. L'étude d'Hoffman est l'une d'elle. J'en ai fait une synthèse grand public dans le livre « Planète Cœur ».2 Ce livre expose plusieurs concepts dont celui d'un modèle cardio-environnemental. Dans le temps et l'espace, la maladie cardiovasculaire a suivi les taux de pollutions, inhérentes à la révolution industrielle et à l'usage des combustibles fossiles. Ce qui explique l'explosion des maladies cardiovasculaires en Amérique du Nord entre 1900 et 1950 et celle de la Chine de 1950 à 2010.

Les particules et gaz émis par l'utilisation des combustibles fossiles altèrent notre atmosphère et causent des gaz à effet de serre, des changements climatiques, la fonte des glaciers, l'acidification et la montée des océans. Sur nous, ces mêmes particules causent l'athérosclérose, l'infarctus, des accidents cérébro-vasculaires et des morts subites.

David Boyd estime qu'au Canada la moitié des maladies environnementales est de nature cardiovasculaire. Et que le quart des maladies cardiovasculaires sont d'origine environnementale.3 Ce constat est rejoint par plusieurs autres études, relatées dans « Planète Cœur ».

Par ailleurs, on réalise que l'arbre est un puissant protecteur des nuisances polluantes. La revue Science a publié en octobre 2010 une étude démontrant que les arbres, au-delà d'absorber le CO2 et de produire notre précieux oxygène, sont de puissants purificateurs.4 Ils absorbent en forte quantité des composés organiques volatils, les COV. Ces COV (tels que l'oxyde d'azote ou le benzène) sont produits par l'émission d'hydrocarbures provenant du secteur des transports et de l'industrie fonctionnant aux combustibles fossiles. En présence de polluants, les arbres sont capables d'augmenter la quantité d'enzymes nécessaires à la dégradation des COV absorbés par leur feuillage en substance moins toxiques, ce qui a pour effet secondaire de « nettoyer » l'atmosphère.

L'arbre est le frère de l'homme. La preuve en est que la chlorophylle et l'hémoglobine ont la même structure moléculaire. La différence étant que le vert de la chlorophylle vient de l'atome de magnésium, et que le rouge du sang vient de l'atome de fer, les deux sertis au milieu de la même protéine.5 6

Le cœur de l'arbre protège le cœur de l'homme. Février : mois du cœur. Février 2011: début de l'année internationale de la forêt. Bien plus qu'un hasard. Protégez ou plantez un arbre et prévenez les infarctus.


1 Residential exposure to traffic is associated with coronary atherosclerosis. B Hoffman et al. Circulation, 2007, 116 : 489-496.

2 Planète Cœur. François Reeves. Éditions MultiMondes et du CHU Ste-Justine, 2011. http://multim.com/titre/?ID=338
http://www.editions-chu-sainte-justine.org/livres/planete-coeur-214.html

3 The Environnemental Burden of Disease in Canada : respiratory disease, cardiovascular disease, cancer and congenital affliction. DR Boyd et al. Environnemental Research, 2008, 106 : 240-249.

4 Efficient Atmospheric Cleansing of Oxydized Organic Trace Gases by Vegetation. T Karl, P Harley et al. Science, 2010, 330 :816-819

5 Flowering Earth. Donald Culross Peattie, 1939.

6 L'arbre, une vie. David Suzuki, Wayne Grady. Boréal, 2005.

2 mars 2011

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