L'écosystème du fleuve Saint-Laurent à l'ère des nouveaux polluants (bis) | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: L'écosystème du fleuve Saint-Laurent à l'ère des nouveaux polluants (bis)

(Crédit : ellenmac11 via Flickr)

Par Jonathan Verreault

Le fleuve Saint-Laurent se remet très lentement mais sûrement de la forte contamination qu'il a subit pendant plusieurs décennies par les polluants organochlorés tels les biphényles polychlorés (BPC). Mais les nouveaux polluants, eux, sont en hausse. Voici un court récit de la chaise musicale de polluants, d'hier à aujourd'hui.

Le fleuve Saint-Laurent est au cœur des activités économiques et récréotouristiques de notre société. En effet, depuis le 20e siècle, l'urbanisation des rives, l'activité agricole et l'industrialisation croissante ont contribué à la détérioration significative de la qualité de cet important cours d'eau. Afin de protéger cet écosystème fragile et essentiel au maintien de la biodiversité des espèces animales et végétales, plusieurs actions ont été entreprises depuis les années 1970. Ces actions se sont concentrées principalement dans l'amélioration de la qualité des eaux usées municipales ainsi que dans la réduction des déchets agricoles. Face aux pressions que la population exerce sur ce milieu, les actions entreprises pour diminuer la contamination de notre grand Fleuve ont permis depuis les deux dernières décennies de diminuer de façon significative les rejets en matières organiques et phosphore.

L'écosystème du fleuve Saint-Laurent est aussi la cible de plusieurs types de contaminants organiques halogénés (c.-à-d. contenant du chlore, brome ou fluor) d'origine industrielle qui ont la capacité de s'accumuler dans les tissus des organismes aquatiques. L'exemple le plus classique de cette catégorie sont assurément les BPC utilisés comme lubrifiant pour la fabrication des transformateurs électriques, condensateurs, isolateurs, et autres. Ces substances, qui ont été jugées persistantes, bioaccumulables et hautement toxiques, ont été bannies vers la fin des années 70. Au Québec, l'incendie d'un dépôt de BPC à Saint-Basile-le-Grand en1988 restera gravé dans nos mémoires car cet incident représente encore aujourd'hui la pire catastrophe écologique de l'histoire de la province.

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Suite à l'arrêt de production des BPC, d'autres substances présentant une structure similaire à ces composés chimiques ont été mises sur le marché au début des années 1980. Ces nouvelles substances, utilisées sensiblement pour les mêmes applications ainsi que pour leurs propriétés ignifugeantes (c.-à-d. freinant la propagation du feu) dans une vaste gamme de produits courants : téléphones, ordinateurs, tapis industriels, voitures, et autres. Ce sont les retardateurs de flamme bromés. Les composés les plus utilisés de cette catégorie à l'échelle globale sont les polybromodiphényléthers (PBDE). Or, comme l'ont fait les BPC, les PBDE ont largement été disséminés dans l'environnement. Des études ont mis à jour leur dispersion généralisée dans pratiquement toutes les composantes de l'écosystème du Saint-Laurent en plus de démontrer leur potentiel toxique chez plusieurs organismes aquatiques. À la lumière de cette information, plusieurs pays dont le Canada ont récemment réglementé et dans certains cas banni l'utilisation des PBDE dans nos produits de consommation. Vous devinez la suite?

L'industrie a fait en sorte qu'elle a élaboré de nouveaux retardateurs de flamme bromés en réaction aux restrictions entourant les PBDE. Ces nouveaux-venus se nomment maintenant 1,2-bis(2,4,6-tribromophénoxy)éthane, pentabromoéthylbenzène, décabromodiphényl éthane, tétrabromoéthylcyclohexane, etc...Des études récentes démontrent que quelques-unes de ces substances se retrouvent dans le fleuve Saint-Laurent et ont même fait leur entrée chez certaines espèces fauniques occupant les maillons supérieurs de la chaîne alimentaire (par exemple, les oiseaux piscivores). Des chercheurs ont aussi fait une inquiétante découverte : la présence de certains de ces nouveaux ignifuges à été confirmée chez des ours polaires et des oiseaux prédateurs des régions éloignées du monde industrialisé comme l'Arctique.

Ainsi donc, comme l'histoire le démontre, la pollution des milieux aquatiques semble être une histoire qui tend malheureusement à se répéter, sans que l'on sache toujours les effets sur les écosystèmes et les humains qui gravitent autour. N'a-t-on pas appris des erreurs du passé? Au suivant!

Par Jonathan Verreault avec la collaboration d'Élyse Caron-Beaudoin et Bernice Chabot-Giguère

19 mai 2011

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1 commentaire

22 septembre, 2011
07:45

Merci de publier des articles aussi sérieux sur un enjeu vital. Je cherchais de l’info sérieuse sur le sujet depuis longtemps.Merci encore

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