Des hôpitaux plus « verts » : quelques pistes de solution | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: Des hôpitaux plus « verts » : quelques pistes de solution

(Crédit : boliston via Flickr)

Par Dr Éric Notebaert

Au Canada, comme ailleurs dans le monde, les hôpitaux devraient être des modèles d'institutions où non seulement on y traite les malades, mais où on y fait aussi la promotion d'une meilleure santé globale, ce qui inclue évidemment la promotion d'environnements de vie plus sains. En ce sens, ils devraient être des modèles d'environnements non toxiques. Malheureusement, ce n'est en général pas le cas, et il est encore trop rare que l'aspect environnemental soit considéré dans la conception et la rénovation de ces institutions. Nous décrirons dans ce court article d'abord l'impact délétère du système de santé sur l'environnement, puis quelques pistes de solution afin de remédier à ce problème, et enfin nous donnerons quelques exemples d'expériences réussies au Canada.

Impact de notre système de santé sur l'environnement

Au Canada, malheureusement, le recyclage dans les hôpitaux n'en est encore qu'à ses balbutiements : Papiers et cartons sont parfois récupérés, alors que les plastiques et autres produits sont souvent enfouis ou brûlés. L'incinération de ces déchets pollue l'air de façon très importante et génère ainsi des oxydes de soufre, d'azote, des particules fines et surtout des dioxines. Ces molécules, des polluants organiques persistants (POP) font partie des 12 « produits sales » du Programme pour l'Environnement de l'ONU, car ils sont carcinogènes, et ils peuvent induire des problèmes immunitaires, endocriniens et reproducteurs. On a d'ailleurs évalué que l'incinération médicale est responsable de 16 des dioxines atmosphériques au Canada (c'est le second secteur d'activité économique qui génère ces produits). On croit souvent que l'incinération des déchets des hôpitaux est absolument nécessaire, mais il n'y a que 2 seulement de ces déchets qui sont pathogènes et qui doivent absolument être brulés (ce que l'on appelle les « red bags ». Au total, le système de santé canadien contribue pour plus de 2 % des GES produits au Canada. Outre les problèmes de pollution de l'air, on retrouve encore dans les effluents liquides de bien des hôpitaux des composés phénoliques, du mercure, des solvants, une multitude de produits chimiques divers, et évidemment des produits pharmaceutiques (hormones, cytotoxiques, antibiotiques, etc.) qui ont de multiples impacts sur la santé.

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Les éléments à considérer afin de créer un hôpital « plus vert»

En 2008, L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a produit un document (anglais seulement) suggérant de considérer sept points bien précis lors de la conception ou la rénovation d'un hôpital. Ce texte est un guide utile pour tout organisme impliqué dans une telle entreprise. Voici les éléments en question :

  1. Viser la plus grande efficacité énergétique possible.
  2. Bâtir vert (concevoir des bâtisses adaptées au climat).
  3. Utiliser des sources d'énergie alternatives (géothermie, solaire, éolienne, etc.).
  4. Favoriser les transports actifs, en commun, ou le covoiturage.
  5. Favoriser l'utilisation d'aliments locaux, biologiques.
  6. Rebuts : Réduire, réutiliser, recycler, et composter.
  7. Éviter le gaspillage d'eau.

En ce qui concerne les mesures de réduction d'énergie, plusieurs groupes ont noté que des mesures très simples peuvent économiser jusqu'à 20 % de l'énergie d'une bâtisse (meilleure isolation, changement d'éclairage, etc.). Au niveau des rebuts, il y a des initiatives qui sont extrêmement intéressantes : le retour, par certaines institutions, au matériel chirurgical lavable et stérilisable plutôt qu'au tout jetable.
À tous ces éléments, il faut aussi ajouter l'importance de diminuer l'utilisation de produits d'entretien toxiques, de favoriser un environnement intérieur sain (à ce chapitre, la conception de murs de plantes qui améliorent la qualité de l'air est fort intéressante), de concevoir des aires de stationnement plus verts afin d'éviter les îlots de chaleur et la pollution des sols. Enfin, il est important d'adopter des politiques d'achats responsables, qui se font souvent non pas au niveau local, mais plus au niveau régional, voire provincial.

En dernier lieu, la clé du succès réside dans l'implication de tous les gens d'une institution : administration, personnel médical, autres professionnel-le-s, services d'hygiène et salubrité, services alimentaires. Les défis à relever sont très importants, et la réussite repose toujours sur la création de « comités verts » efficaces, avec des 'brigades vertes' qui font à la fois la sensibilisation et la promotion des projets dans un milieu. Dans les équipes les plus dynamiques, il est intéressant de constater que ces multiplicateurs contribuent aussi à sensibiliser la population générale à l'importance d'un environnement sain pour la santé. Il y a là un rôle d'éducation non négligeable dans la communauté.

Quelques réalisations canadiennes intéressantes

Le centre qui est certainement le plus remarquable au Canada est le London Health Sciences Centre. Cet hôpital est un modèle très souvent cité : il y a près de vingt ans, on y a fait une revue exhaustive de tous les secteurs d'activité et on a impliqué non seulement le personnel, mais toute la communauté dans la conception d'une nouvelle institution plus écologique. Les résultats sont très probants : Diminution marquée de l'enfouissement, économies d'énergie, utilisation de tissus lavables/stérilisables, et ce, tout en faisant des économies importantes. Plusieurs centres ont aussi mis sur pied des projets intéressants. Mentionnons : le Toronto Hospital (diminution de la consommation d'énergie de 20%-25%), le Sick Children à Toronto (recyclage augmenté de 78%), le University of Alberta Hospital (diminution du rejet des eaux usées de 42%), le BC Children's and Women's Hospital (diminution de la consommation d'énergie de 40%).

Conclusion

Notre système de santé a un impact délétère majeur sur l'environnement, alors qu'il devrait être un modèle de protection et de promotion d'environnements sains. Les solutions existent afin d'améliorer nos hôpitaux, et il est bien démontré que lorsqu'il y a une volonté ferme des administrations de la santé, et des comités verts pro- actifs, des améliorations spectaculaires sont possibles.

Références

Canadian Association of Physicians for the Environment
Canadian Centre for Pollution Prevention
Practice Green Health
EcoCare
Green Guide for Health Care
Health Care Without Harm
Ontario College of Family Physicians
PlanetTree
Synergie Santé Environnement
Sustainable Hospitals

15 novembre 2011

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