Science, on tourne! | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: Science, on tourne!

(Credit: L'imaGiraphe via Flickr)

Par Par le Jean-Patrick Toussaint, Chefs, projets scientifiques

Voilà plus d'un an déjà que j'aborde avec vous la question de l'exploration et l'exploitation d'hydrocarbures dans le golfe. De manière naturelle, le dossier a évolué au fil des mois, mais certaines façons de faire n'ont, quant à elles, pas suivi cette même progression.

Laissez-moi le soin de vous expliquer.

Comme pour tout projet d'envergure ayant un impact environnemental potentiellement important, il est normal, voire essentiel, que la population puisse exprimer ses inquiétudes face à de tels projets. C'est pour cette raison que nous avons au Québec le Bureau d'Audiences Publiques sur l'Environnement (BAPE), dont la mission est généralement bien vue de l'opinion publique.

Ainsi, un BAPE a eu lieu en 2004 afin d'évaluer les enjeux liés aux levés sismiques dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Au cours de ce BAPE, bien des citoyens, groupes environnementaux et scientifiques ont pu faire part de leurs craintes, de leurs avis d'experts ainsi que de leurs recommandations face à ce sujet épineux. Résultat : un programme d'Évaluations Environnementales Stratégiques (ÉES) a été mis sur pied afin d'examiner la portée et la nature des effets environnementaux et socioéconomiques potentiels de l'exploration et de l'exploitation d'hydrocarbures.

Nous sommes présentement dans les derniers souffles de la phase « consultative » de l'ÉES qui porte sur la partie québécoise du golfe du Saint-Laurent; consultations auxquelles j'ai eu la chance de participer récemment.

Malgré les bonnes intentions de ce type de consultations (dont la portée géographique est très restreinte, soi-disant passant), il est difficile de passer sous silence le manque de cohésion et de diligence que ce type de processus fait ressortir. Force est donc de constater que dans la foulée de vouloir nous faire avaler la pilule de l'acceptabilité sociale d'un projet tel que celui des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent, plusieurs constats scientifiques sont (in)volontairement ignorés ou mis à l'écart quant à l'impact de cette industrie sur les milieux marins.

À titre d'exemple, l'énoncé des pratiques canadiennes d'atténuation de l'impact des ondes sismiques en milieu marin a été critiqué à quelques reprises déjà par des membres de la communauté scientifique comme étant insuffisant à certains niveaux, compte tenu de la plus récente littérature scientifique à ce sujet.

Ce genre « d'omission » des faits scientifiques n'est pas chose nouvelle.

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Par ailleurs, on reproche fréquemment à la communauté scientifique d'être silencieuse ou « frileuse » aux débats publics entourant certains enjeux chauds de l'actualité environnementale. Ce silence peut s'expliquer en partie par la volonté des scientifiques d'utiliser l'approche de précaution afin d'éviter une interprétation abusive de leurs découvertes scientifiques. D'autre part, certains scientifiques gouvernementaux ne sont tout simplement pas dans une position leur permettant de divulguer les résultats de leurs travaux.

Je ne peux m'empêcher ici de soulever une question expliquant peut-être ce silence scientifique : pourquoi les scientifiques s'efforceraient de partager leurs travaux et leur savoir en dehors de la communauté scientifique, sur la place publique, considérant le peu de sérieux qui est malheureusement souvent accordé à leurs découvertes?

En supposant que cette question puisse expliquer le mutisme des scientifiques, il n'est donc pas étonnant que les consultations en cours sur l'ÉES du golfe du Saint-Laurent aient donné lieu à une exaspération de la communauté scientifique quant au manque de volonté des instances responsables du dossier à vouloir reconnaitre les faits scientifiques que l'on s'évertue à rappeler d'une fois à l'autre. C'est pourquoi la Fondation David Suzuki, comme bien d'autres organismes environnementaux, demande la tenue d'un BAPE à la fin de l'ÉES en cours. Un tel processus permettrait, souhaitons-le, de prendre en considération, de manière sans doute plus rigoureuse, les préoccupations de l'ensemble des Québécois quant à l'avenir du golfe et l'enjeu des hydrocarbures, y compris celles de la communauté scientifique.

D'ici là, je vous propose deux tribunes vous permettant de vous exprimer sur cet enjeu : 1) je vous invite à participer à cette consultation publique de l'ÉES en cliquant ici, et enfin; 2) vous pouvez signaler à nos dirigeants que vous souhaitez qu'ils écoutent l'avis de nombreux groupes et scientifiques, et qu'ils protègent le golfe de l'exploitation d'hydrocarbures.

16 décembre 2011

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