Gentilly Or Not To Be : Du mythe à la réalité | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: Gentilly Or Not To Be : Du mythe à la réalité

(Crédit : FredArt via Flickr)

Par Dr Éric Notebaert

Le film Gentilly or Not To Be vient de sortir et il déchaîne déjà les passions. J'aimerais clarifier ici les mythes et la réalité en ce qui a trait à notre point de vue et répondre aux critiques qui m'ont été faites à propos de ce film, dont je suis porte-parole, depuis quelques jours. Je voudrais aussi souligner que ma position est celle de l'Association Canadienne des Médecins pour l'Environnement qui regroupe plus de 5000 membres au Canada, médecins et professionnel-le-s de la santé.

Notre position fondamentale est celle du Principe de précaution : Plusieurs études comprenant différentes méthodologies ont montré une hausse significative des cancers, particulièrement des leucémies à proximité des centrales nucléaires. Il s'agit d'une corrélation statistique, et évidemment pas d'une relation de cause à effet car ces études ne peuvent tout simplement pas permettre une telle conclusion.

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Les mythes et la réalité

1. On nous accuse de biais.
Cela est évident. Nous prêchons par la prudence face à ces signaux inquiétants. Nos opposants ont un biais au moins aussi fort en faveur de leur industrie.

2. On nous dit que beaucoup d'études sont négatives.
En fait, elles souffrent en général d'une erreur statistique que l'on dit de « type II » : un échantillonnage trop petit et donc une hausse de leucémies non statistiquement significative. Cela signifie qu'il y aurait plus de 5 pour cent des chances que le résultat soit dû au hasard. Cela veut-il dire qu'à 6 pour cent le résultat serait invalide? Non, simplement que le choix du test statistique ne permet pas de trancher la question. Dans de telles études, une probabilité statistique de 10 pour cent de chance que les résultats soient dus au hasard (plutôt que 5 pour cent) est aussi parfois utilisée. Dans un tel cas, bien des résultats d'études deviennent alors positifs ou significatifs.

3. On dit que l'étude allemande KiKK publiée en 2008 a été critiquée.
VRAI : L'étude KiKK (en anglais seulement) a aussi déclenché une bonne polémique. Des chercheurs anglais ont donc refait tous les tests statistiques. Ils sont arrivés exactement aux mêmes résultats que l'étude initiale.

4. On affirme que je n'ai pas parlé de la grande étude COMARE 14.
VRAI : Mes présentations ont été effectuées en 2009 et 2010, époque à laquelle l'étude COMARE 14 (en anglais seulement) n'avait pas été publiée, soit en 2011. Ceci étant dit, COMARE 14 a été très critiquée car elle mélange les leucémies avec les lymphomes non hodgkiniens. Elle n'est pas négative : on y démontre aussi une hausse de cancers allant de 22 à 36 pour cent (mais non statistiquement significative). L'étude a aussi omis la période 2004-2008, malgré l'insistance du gouvernement britannique d'inclure cette période; on y a finalement retiré les 2 centrales où l'incidence de cancers est la plus élevée.

5. La question des hypothèses : On ne peut affirmer que le rayonnement est la source de cancers.
VRAI. Mais quelles sont les autres hypothèses? Agent viral? Aucun lien entre un virus et la LLA n'a été démontré. Autres toxines environnementales? Bien des centrales sont loin des industries et bien des groupes contrôles sont proches d'autres sources environnementales cancérigènes. Cette hypothèse est aussi très critiquée. ''Mélange populationnel important''? Ceci est vrai autour de certaines centrales, mais certainement pas partout. Encore ici, bien des groupes contrôles sont situés dans des régions très multiethniques. Hypothèse très faible, donc.

6. La question des valeurs mesurées de rayonnement et du tritium : Elles viennent toutes de l'industrie.
Malheureusement nous n'avons aucune mesure indépendante de la Santé Publique ou de tout autre organisme. Peut-on se fier à ceci? Récemment la CCSN déclarait que pendant 18 ans, dans la région de Peterborough, les émissions avaient été nettement plus élevées (en anglais seulement) que ce qui avait été rapporté. De quoi être méfiant de ce qui est publié!

7. Dernier argument : Nous terrorisons la population.
Toutes les rencontres que nous avons eues ont été très cordiales. Les gens ont toujours manifesté un vif intérêt pour le sujet et ont eu des questions très pertinentes. Je considère avoir informé les citoyens à propos des risques et des incertitudes du nucléaire. Je crois fermement que la population a voix au chapitre, et que toutes ces questions ne doivent jamais être discutées derrière les portes closes de Hydro-Québec et du Gouvernement. La BAPE l'avait dit il y a bien des années : Il s'agit d'un choix de société. Et les meilleurs choix sont toujours les plus éclairés.

Le Dr Éric Notebaert est professeur-Adjoint à la Faculté de Médecine de l'Université de Montréal, Urgentologue à l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, et Intensiviste à la Cité de la Santé de Laval. Il est membre du Cercle scientifique de la Fondation David Suzuki depuis 2010.

Ce que vous pouvez faire : Écrivez au gouvernement pour lui demander de donner suite à son engagement de démanteler Gentilly-2!

19 septembre 2012

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1 commentaire

29 septembre, 2012
04:08

Bonjour J'ai vécu Gentilly 2 de l'intérieur. De très près. De Vimont, Laval, à une heure et quart de la centrale.

Mon père travaillait comme inspecteur de la tuyauterie au coeur du réacteur nucléaire de Gentilly 2. Il avait une 6ème année, une certaine expérience de la plomberie industrielle et aucune, dans l'énergie nucléaire. Il fût quand même embauché et géra une équipe d'ingénieurs, que son humour proverbial arrivait à dérider. Il venait à la maison les fins de semaine. Avec des livres techniques sur le génie nucléaire, qu'il consultait pour enrichir ses connaissances et arriver à parler la même langue que celle de son équipe de travail, beaucoup plus scolarisée.

Il passa des RX aux poumons en janvier1980, ayant eu quelques côtes fêlées auparavant, qu'il croyait responsables des douleurs qu'il éprouvait lorsqu'il respirait entre autres trop profondément. Les radiographies se révélèrent normales. Pourtant, l'état général de mon père se détériorait et des maux de tête intenses l'assaillirent au point de limiter son fonctionnement habituel. En avril, un diagnostic de tumeur au cerveau tomba comme un couperet sur toute la famille. Le neurologue conseilla une opération immédiate pour endiguer le mal ou, au meilleur des cas, l'éradiquer. Pendant l'opération, ma mère et mon frère se trouvaient dans la salle d'attente post-opératoire et se préparaient à y rester au moins pendant deux heures, temps requis et anticipé par le neurologue pour procéder à l'opération. Je me rappelle de ce moment ,dans ce corridor de Notre-Dame, comme si c'était hier. Je revenais de l'Université de Montréal, soulagée d'avoir enfin terminé mon dernier examen de session en psychologie. Je me rappelle des visages consternés de ma mère et de mon frère, alors qu'ils venaient d`être informés que le neurologue avait dû refermer l'incision, face aux métastases qui avaient enlevé tout espoir de guérison. Je me rappelle du jour où les médecins ont affirmé que l'origine du cancer était localisé dans les poumons, pourtant considérés comme sains 3 mois plus tôt. Je me rappelle des effets douloureux de la radiothérapie, de la chimiothérapie, des maux de coeur, de la maigreur,de la perte de cheveux comme de l'espoir, de la consternation et du sentiment de marcher constamment sur des oeufs, pour ne pas réveiller la rage, la peine, la peur de mourir de mon père, la peur de le voir souffrir de ma mère et la peur de tout perdre de mes frères et soeur. Il mourût le 19 décembre 1980. Le premier à mourir dans une famille de 12 frères et soeurs,jusqu'alors encore bénis par leur père, le Jour de l'an, sous l'oeil protecteur de leur mère. Le premier à mourir alors qu'il était l'un des plus jeunes, qu'il pratiquait le ski de fond et le patin avec mes frères, tout juste l'année d'avant, et qu'il arrivait toujours à dépasser au fil d'arrivée, un sourire goguenard accroché sur ses lèvres de père de 52 ans. La mort de mon père eût des effets multiplicateurs dévastateurs. Sa mère, atterrée, mourût l'an d'après. Suivie par son père, l'année qui suivit. Les réunions de famille se rarifièrent. L'esprit n'y était plus. Ma mère ne fût plus jamais la même. Nous avons perdu plus qu'un père. Nous avons perdu l'assurance personnelle qui nous permettait de croire que la forme et la résistance physique étaient des facteurs de protection pour la santé, autant celle de mon père que la nôtre.. Nous nous sommes tant questionnés sur les facteurs de risque ayant pu justifier une détérioration aussi rapide de sa santé alors que rien n'avait été suspecté 3 mois auparavant. Ces facteurs encore presqu'inconnus du public, car non reconnus par les autorités, et si difficiles à prouver,tant ils sont écartés et édulcorés par des arguments pseudo scientifiques, se basant sur des barèmes de contamination aussi laxistes qu'une passoire pour justifier leur optimisme. Qui prétendent encore que les échantillonnages des population visées sont par trop négligeables pour pouvoir justifier qu'on réalise une étude sérieuse sur le sujet. Négligeables vous dites? Pas pour moi, ma mère, mes frères, ma soeur, mes grands-parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins, mes cousines, ma nièce et mes enfants, qui ne connaîtront jamais l'être humain exceptionnel qu'était leur grand-père. Les arguments économiques me font aussi bondir.Peut-on vouloir être parmi les 800 personnes à être payées en sachant qu'on s'expose aux risques de mourir plus tôt et à petit feu? Peut-on encore vouloir travailler à la réfection d'une source d'énergie, déclarée non sécuritaire par d'autres pays, pendant au plus 25 ans, indépendamment du risque encouru d'hypothéquer les 100,000 prochaines années de notre descendance?

Je vois les choses autrement. De l'intérieur. C'est suffisant pour passer le mot. MC

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