Quand la science est sur la sellette | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: Quand la science est sur la sellette

(Crédit: sunface13 via flickr)

Par Jean-Patrick Toussaint

Dans un évènement sans précédent le mois dernier, sept scientifiques italiens ont été reconnus « coupables d'homicides par négligence pour avoir sous-estimé les risques que représentait le séisme meurtrier de L'Aquila en 2009 ».

Non seulement cette nouvelle était-elle ahurissante et inquiétante, mais elle reflète aussi une profonde incompréhension de la nature de la science. La science repose sur des observations et les hypothèses (et la validation ou non de celles-ci) menant à l'explication de ces observations. Ainsi, la science évolue au meilleur de nos connaissances. Au risque de me répéter : au meilleur de nos connaissances.

Dans le cas présent, les scientifiques italiens condamnés sont des spécialistes en sismologie, une discipline qui, comme bien d'autres, a grandement évoluée au fil des ans. Cela dit, malgré tout le progrès accompli, il n'en demeure pas moins que, d'une part, tout évènement sismique est difficilement prévisible et, d'autre part, l'intensité de ces évènements est encore plus difficilement prévisible.

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Bien qu'il soit reconnu que les tremblements de terre sont plus fréquents aux points de rencontre des plaques tectoniques (Figure 1), il est encore difficile de nos jours de prédire avec exactitude l'amplitude et l'étendue de ceux-ci.

Figure 1 : Localisation et profondeur des centres sismiques depuis les années 1960

Source : Internation Seismological Center

Grandes inquiétudes

Le jugement rendu par la cour italienne pose une grande inquiétude au sein la communauté scientifique, et avec raison. Principalement, parce que ce geste laissera les scientifiques (toute discipline confondue) froids quant à l'idée de se prononcer à titre d'experts par peur d'être poursuivis pour pronostics incorrects.

Cependant, ceci soulève, selon moi, une autre inquiétude, peut-être bien plus « sournoise », puisque cette sentence véhicule le message suivant : toute autorité en pouvoir (p. ex. gouvernementale) a le droit de châtier un membre de la communauté scientifique (omettons la médecine dans ce cas) si ses prédictions, pouvant avoir un impact sur le bien-être d'une communauté, ne s'avèrent pas parfaitement justes.

Or, qu'en est-il lorsque cette autorité au pouvoir fait fi des recommandations émises par la communauté scientifique?

La situation vous semble familière?

Voilà plus de vingt ans que les experts en climatologie somment les autorités internationales d'agir sur la question du réchauffement planétaire puisque les évidences scientifiques ne cessent de s'accumuler à l'effet que l'activité humaine est la cause principale de ce réchauffement. Pourtant, le statu quo est de mise dans bien des cas.

Y a-t-il des châtiments exercés envers les autorités responsables pour autant (dans ce cas, nos gouvernements)? Poser la question est y répondre.

Les climatologues devraient-ils plutôt être mis derrière les barreaux parce que leurs modèles étaient trop « conservateurs » alors que leurs plus grandes craintes se réalisent plus tôt au lieu de se produire plus tard?

Pour reprendre les propos d'un scientifique interpelé sur le cas italien : « Si la communauté scientifique est pénalisée lorsqu'elle fait des prédictions qui se révèlent inexactes, ou pour ne pas avoir prévu avec exactitude un évènement qui se produit par la suite, alors l'activité scientifique sera limitée aux certitudes seulement, et les avantages découlant des découvertes issues de la médecine jusqu'à la physique seront bloqués ».

La science ne devrait pas se retrouver sur la sellette telle qu'à l'époque de Galilée, mais plutôt devrait être mieux comprise par tout un chacun, particulièrement nos autorités en pouvoir.

En saisissant la nature de la science et du rôle des scientifiques, peut-être serions-nous en mesure de faire des choix plus judicieux que de condamner sept personnes ne pouvant pas prédire un évènement aussi singulier qu'un tremblement de terre, alors qu'aucune autorité gouvernementale n'est tenue responsable pour son inaction face aux changements climatiques qui sont pourtant bien scientifiquement prouvés!

Pour de plus amples renseignements, écoutez l'émission « La loi et la science : un expert est-il responsable d'un séisme? » sur le site Web de l'Agence Science-Presse.

4 décembre 2012

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1 commentaire

30 novembre, 2012
15:42

Cet article porte effectivement à réflexion. Prenons pour acquis que les juristes ayant analysé ce cas ont établi une forme “d’étude comparative” avant de condamner les dits scientifiques. Qui nous dit, ce, hors de tout doute raisonnable, sur quoi exactement est fondé les assises de leurs jugements et, au final,ce type d’accusation. Peut-être ont-ils anlaysé le résultat du travail d’autres scientifiques dans d’autres pays, ce, dans de pareils circonstances et , avec les mêmes moyens techniques au niveau sismologique pour détecter le dit tremblement de terre. Ce faisant, le travail des scientifiques n’aurait, semble-t-il, (selon les critères qu’ils ont analysé), pas répondu de facon adéquate au sérieux de la situation…Aussi, de faire le lien rapide avec les changements climatiques m’apparaient inapproprié. Les gouvernements ne bougent pas parce que les consommateurs ne bougent pas. Les parents travaillent, reviennent à la maison, retravaillent devant l’ordinateur, écoutent la télé, se louent un film et, pour les quelques braves des braves, ressortent pour s’entraîner dans un gym et, extrêmement rarement, vont opter pour une marche de santé en nature….on est surpris de constater le déficit nature chez nos jeunes mais quel exemple leur donnons nous ? On est surpris qu’ils passent désormais leur existence devant les Iphone, Ipad, Kinet…mais, qui les fabriquent ? les adultes, qui les consomment ? les parents pour leurs enfants ! Quelle réelle conscience avons nous de l’environnement ? On peut ,oui, blâmer les gouvernements mais qu’en est-il des gens qui font que les gouvernments n’ont pas à bouger puisque nos pratiques de consommateurs n’exigent pas qu’il bouge ! Il n’y a pas de mobilisation concrète de la population, il n’y a pas de demande. On entend cette information sur le danger des changements climatiques mais cela ne nous touche pas même si le Canada se révèle être un des plus grand pollueurs au monde. Nous l’igorons majoritairement, nos enfants l’igorent totalement …les scientifiques le savent parfaitement . Mais l’écart entre la connaissance scientifique et les gens n’est pas du domaine tangible et les comportements d’homo consommatus extrême encore bien trop présent comme modèle de vie quotidienne pour réellement, actuellement , faire une différence. D’où l’Importance cruciale de fondation come la vôtre et bravo pour vos nouvelles initiatives cela nous rejoint vraiment et cela est fort inspirant !

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