Pourquoi un code du bâtiment? | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: Pourquoi un code du bâtiment?

Notez l’épaisseur des murs de cette maison située à Montebello, qui sera sous peu une des premières à recevoir la certification "Passive House" au Québec. Crédit photo : Diane Bastien

Le nouveau code du bâtiment du Québec et les certifications volontaires.

Le premier code du bâtiment connu a été élaboré à Babylone en 1758 av J.C. Ce code spécifiait non pas le détail des méthodes de construction mais plutôt les pénalités auxquelles devaient faire face les constructeurs en cas de problèmes :

"Si un constructeur a bâti une maison et que son travail n'est pas solide de sorte que la maison s'effondre et tue ses occupants, ce constructeur sera égorgé."

Quoique drastique, ce code a probablement été efficace pour protéger la vie des propriétaires...

Les codes modernes du bâtiment font bien plus que de s'assurer de la stabilité et de la sécurité des constructions, ils s'assurent également que les bâtiments rencontrent une performance minimale quant à leur efficacité énergétique.

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Avec des règles claires et des entrepreneurs qui doivent détenir une licence émise par la Régie du bâtiment, nul besoin de châtiments physiques afin de s'assurer que le code soit respecté...

Un nouveau code de construction est entré en vigueur au Québec le 30 août 2012 dernier. Celui-ci remplace le code précédant qui datait de 1985. Ce nouveau code améliore l'isolation globale des nouvelles constructions de sorte à réduire les besoins de chauffage de 20% à 25%.

Ce code constitue un pas dans la bonne direction. Toutefois, c'est un bien petit pas... Avec plus de 27 ans d'attente, on pourrait même dire qu'il s'agit d'un rendez-vous manqué. Pourtant, le potentiel de réduction des besoins de chauffage est immense : il est possible de construire des bâtiments qui réduisent leur demande de chauffage de 90%!

Puisque la plupart des entrepreneurs construisent des bâtiments qui respectent les normes minimales du code, sans les dépasser, ce code est d'une importance capitale : il détermine les pratiques de l'industrie. Et l'énergie consacrée au chauffage des bâtiments est grande : au Québec, elle représente 17% de la consommation totale d'énergie et 13% des émissions de GES.

Vous avez un projet de construction en tête? Vous avec déjà entendu parler des certifications R2000, Novoclimat, LEED, Passive House, mais ne savez plus où donner de la tête? Les prochains paragraphes vous aideront à y voir plus clair.

Le Canada a été un des premiers pays à instaurer une norme volontaire d'efficacité énergétique pour les constructions résidentielles en introduisant la certification R2000 en 1981. La première certification représentait une économie d'énergie de 30% par rapport au code de l'époque. Le standard a été révisé et la dernière version de R2000, inaugurée en 2012, représente une diminution ambitieuse de 65% de la consommation de chauffage par rapport au nouveau code. Malheureusement, ce programme n'a pas réussi à se faire connaître auprès de la population: en plus de 30 ans, seulement 0,2% des nouvelles maisons ont reçu cette certification au Canada.

Inspirée de R2000, le Québec a élaboré en 1998 la norme Novoclimat. Celle-ci est toutefois moins ambitieuse, représentant une économie d'énergie de 25%. Néanmoins, Novoclimat a réussi à s'implanter dans le paysage québécois : plus de 10% des constructions neuves annuelles sont certifiées. Le nouveau code de construction du Québec s'est inspiré de Novoclimat, quoiqu'un peu moins rigoureux.

La certification LEED (pour Leadership in Energy and Environmental Design) commence à être de plus en plus connue au Canada et aux États-Unis. Cette certification est basée sur un système de points qui sont regroupés en cinq catégories :

-Aménagement écologique des sites
-Gestion efficace de l'eau
-Efficacité énergétique
-Choix des matériaux
-Qualité des environnements intérieurs

Il est nécessaire d'avoir une vision globale respectueuse de l'environnement afin d'atteindre la certification LEED. Malheureusement, les données accumulées ont démontrés qu'en moyenne, les bâtiments LEED ont une consommation énergétique supérieure à celle des nouveaux bâtiments non certifiés.

Puisque l'énergie nécessaire à l'opération des bâtiments correspond typiquement à 85% de sa consommation d'énergie globale (les 15% restant provenant de l'énergie nécessaire à la confection des matériaux), toute certification visant à encourager le développement de bâtiments écologiques doit impérativement diminuer leur consommation énergétique de manière significative.

La norme la plus rigoureuse en terme d'économie d'énergie est sans aucun doute la certification Passive House. Afin de l'obtenir, les bâtiments doivent prouver, à l'aide d'un logiciel de simulation, que la consommation d'énergie pour le chauffage et la climatisation d'un bâtiment ne dépasse pas 15 kWh par mètre carré de superficie habitable. Pour une maison de 130 m2 (la superficie moyenne au Québec), ceci correspond à une consommation de 2 000 kWh, ce qui revient à 152$ de chauffage par année avec des plinthes électriques!

Évidemment, ce type de construction coûte plus cher : le surcoût semble être de l'ordre de 10 à 15% du prix total d'une maison conventionnelle. Les paiements mensuels de l'hypothèque sont plus élevés, mais les économies d'énergie sont significatives et aident à compenser.

En considérant les coûts combinés de l'hypothèque et de l'énergie, une maison passive couterait environ une centaine de dollars supplémentaires par mois, avec les coûts actuels de l'énergie. Cette différence s'amenuisera probablement au fur et à mesure que les prix augmenteront, et une fois la maison payée, les propriétaires auront de belles économies en perspectives.

Il faut travailler dès maintenant afin de préparer un code du bâtiment au Québec encore plus ambitieux. Ce code devrait viser des économies d'énergie du même ordre que la nouvelle certification R2000. À la fois ambitieux mais facilement atteignable, ce niveau d'économie d'énergie ne représenterait aucun fardeau financier additionnel pour les propriétaires, les économies d'énergies mensuelles étant équivalentes au surcoût hypothécaire.

Consommation d'énergie pour le chauffe maison QC.jpg

19 juillet 2013

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