Le futur de la science au Canada: « show me the money »? | Cercle scientifique | Fondation David Suzuki
Photo: Le futur de la science au Canada: « show me the money »?

(Crédit : zhouxuan12345678 via Flickr, photo modifiée)

Par Jean-Patrick Toussaint et plusieurs membres du Cercle Scientifique

Lettre ouverte signée par les membres du Cercle scientifique David Suzuki (voir liste des signataires plus bas)

Le 8 janvier dernier, le ministre d'État (Sciences et Technologie), Greg Rickford, annonçait une consultation sur la future stratégie scientifique fédérale. Cette nouvelle, d'une importance plutôt significative, a non seulement été annoncée en catimini, mais les Canadiens (scientifiques ou non) ont un maigre mois pour commenter ladite stratégie.

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L'annonce en douce n'est pourtant pas l'aspect le plus troublant de cette consultation. Ce qui est inquiétant est la nette orientation que prend le gouvernement fédéral vers la recherche appliquée et l'industrie. La directive ne pourrait être plus claire, le gouvernement fédéral « [...] encourage l'établissement de partenariats avec l'industrie [...] continue à investir dans la recherche axée sur les découvertes [...] et offre des mesures incitatives pour l'innovation au sein du secteur privé ».

Cette tangente vers la recherche appliquée avait déjà été amorcée en 2013 alors que le Conseil National de Recherche du Canada (CNRC) prenait des orientations similaires. Il va donc sans dire que la présente consultation n'est que l'extension d'une démarche vers « l'industrialisation » de la science.

En quoi la recherche fondamentale est-elle importante?

En soi, la recherche-développement (R-D) n'est pas une mauvaise chose. Toutefois, en amenuisant la force de recherche au sein des instances gouvernementales et en réduisant les sommes investies envers les principaux organismes subventionnaires en recherche fondamentale, non seulement notre gouvernement prive-t-il notre société de connaissances précieuses, mais tue-t-il dans l'œuf l'émergence de nouvelles découvertes ayant un potentiel d'applications considérable.

Dans un blogue de la revue internationale scientifique Oikos, le chercheur Jeremy Fox explique de manière détaillée pourquoi la recherche fondamentale est si importante dans un monde où les problèmes pressants requièrent des solutions de plus en plus appliquées. La recherche appliquée actuelle repose souvent sur la recherche fondamentale passée. Ainsi, les avancées de nouvelles méthodes scientifiques n'auraient pu voir le jour sans la recherche fondamentale. Prenons l'exemple du type de recherche ayant conduit à des prix Nobel, tel que le travail sur les enzymes de restriction(la base de la résistance bactérienne aux maladies virales), dont les applications imprévues au départ sont désormais des techniques courantes en biologie moléculaire. Selon les nouvelles orientations du gouvernement fédéral, ce type de recherche aurait sans doute été difficile à financer de nos jours.

Dans plusieurs domaines, le travail de recherche s'appuie sur un suivi des observations sur des périodes de plusieurs dizaines d'années (p. ex. science du climat, écotoxicologie). Le désengagement des laboratoires fédéraux dans ce type d'activité coûteuse, mais essentielle peut donc s'avérer lourd de conséquences pour la recherche universitaire et, par conséquent, pour la compréhension de notre environnement.

Encore plus important à saisir est que le fondement de la science repose sur la formulation d'hypothèses et l'investigation de ces dernières afin d'en confirmer ou réfuter la validité. Elle ne correspond pas à un processus linéaire commodément dicté par l'atteinte d'une découverte ou d'une application précise.

Une science équilibrée

Si nous voulons faire du Canada un chef de file en matière de science, de recherche et d'innovation, nous ne pouvons miser tous nos efforts sur des fins prédéterminées par les besoins de l'industrie.

Bien qu'il soit minuit moins une, il est encore temps de manifester l'importance de maintenir et soutenir la recherche fondamentale de manière tout aussi importante que la R-D.

Afin que la science au pays ne devienne pas qu'une occasion d'affaires, nous devons continuer de soutenir les scientifiques de premier ordre, peu importe leur domaine de recherche, car ils paveront la route vers la communauté mondiale d'idées novatrices qui pourraient conduire à des applications révolutionnaires!

Signataires

Diane Bastien

Jérôme Dupras

Michel Leboeuf, M.Sc.

Lyne Morissette,Ph.D.

Éric Notebaert, M.D.

Dominique Paquin, M.Sc.

Jean-Patrick Toussaint, Ph.D.

Jonathan Verreault, Ph.D.

6 février 2014

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