Par Steve Kux, spécialiste des communications et de la recherche sur le climat et l’énergie propre

Pendant une conférence de presse le 29 juin dernier à Vancouver, le Parti libéral du Canada a dévoilé son plan environnemental pour les élections fédérales d'octobre. Par cette annonce officielle, les libéraux ont donné le ton aux autres partis. Nous vous ferons part de nos observations concernant les autres plans environnementaux au fur et à mesure que les partis les présenteront.

La Fondation David Suzuki prône depuis des années l'établissement d'objectifs clairs de réduction des émissions de carbone, l'élimination graduelle des subventions pour les combustibles fossiles et la hausse des investissements dans les technologies renouvelables, y compris dans une stratégie nationale sur le transport en commun. Comment le plan libéral aborde-t-il donc ces enjeux?

Lutte contre les changements climatiques — De nombreuses régions ont déjà pris des mesures pour réduire la pollution par le carbone. La Fondation croit que le gouvernement fédéral doit collaborer avec les dirigeants de ces régions pour apprendre de leurs expériences à ce sujet. Le Parti libéral suggère de travailler avec les provinces à l'élaboration d'un plan de réduction des émissions, mais ne propose aucune recommandation pour orienter les mesures prises dans les provinces qui commencent à s'intéresser au problème ni aucune directive pour consolider les mesures en place.

Dans un pays aussi diversifié que le Canada, la prise de mesures efficaces dépend de la collaboration entre les divers ordres de gouvernement. Notre prochain gouvernement ne devra pas avoir peur d'établir des objectifs concrets et d'obliger les gouvernements provinciaux à les atteindre. En présentant son plan environnemental, le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a affirmé qu'il inviterait les premiers ministres provinciaux à participer à la Conférence de l'ONU sur le climat qui se tiendra en décembre à Paris, mais le plan du Parti ne propose aucun objectif mesurable quant aux émissions de gaz à effet de serre.

Subventions pour les combustibles fossiles — En général, notre économie est considérée comme une économie basée sur les ressources dont la prospérité dépend de l'exploitation du pétrole, du gaz et du charbon. On oublie souvent, par contre, que pour encourager les entreprises pétrolières et gazières à investir au Canada le gouvernement subventionne l'industrie avec l'argent des contribuables. Par cette pratique, le gouvernement encourage la production d'un niveau élevé de pollution par le carbone et empêche les entreprises d'écotechnologies et d'énergies renouvelables de faire concurrence.

Le plan libéral promet d'éliminer graduellement les subventions accordées aux entreprises de combustibles fossiles. Ces dernières années, le gouvernement avait commencé à réduire ces subventions afin de tenir les promesses qu'il a faites lors des sommets du G7 (anciennement le G8), mais n'a pu les éliminer complètement. À la Fondation, nous croyons que les subventions à l'industrie des combustibles fossiles viennent à l'encontre de l'économie propre dont a besoin le Canada pour protéger l'environnement et assurer sa prospérité. En effet, d'un bout à l'autre de la planète, on délaisse graduellement les combustibles fossiles comme source d'énergie.

L'industrie des écotechnologies du Canada — Selon une étude récente menée par Analytica Advisors (en anglais), même si l'industrie des écotechnologies représente 12 milliards de dollars par année pour l'économie nationale, le Canada a perdu 41 % de ses parts du marché mondial depuis 2008. Or, le plan libéral promet d'investir 200 millions de dollars par année pour les innovations écotechnologiques dans les domaines de la foresterie, des pêches, de l'exploitation minière, de l'énergie et de l'agriculture. Le Parti s'est aussi engagé à investir annuellement 100 millions de dollars pour les entreprises fabriquant des écotechnologies. Enfin, il propose de stimuler les investissements dans ce secteur et de créer des emplois grâce aux obligations vertes. Les fonds qu'elles généreraient au gouvernement lui permettraient de stimuler la croissance du secteur.

La Fondation croit que le prochain gouvernement devra, oui, s'attaquer au problème urgent des changements climatiques, mais aussi s'engager à la protection des habitats et à une gestion des pêches responsable et fondée sur des données scientifiques. Un enjeu d'autant plus important que nous remarquons une diminution des stocks de poissons et de la population de plusieurs espèces clés. Le plan libéral présente plusieurs stratégies visant à promouvoir et préserver les parcs nationaux du Canada et à améliorer les mesures de protection de l'eau douce et des zones maritimes.

Que manque-t-il donc au plan du Parti libéral? Outre des objectifs clairs de réduction des émissions — ce dont nous avons déjà parlé -, le plan ne mentionne aucune stratégie nationale sur les transports, un élément essentiel à la réduction des émissions. À l'échelle municipale, le secteur des transports génère autant de pollution par le carbone que tout autre facteur de pollution. Investir dans les infrastructures de transports publics permet de réduire les émissions et d'améliorer la qualité de l'air et la qualité de vie de la population et devrait donc être au cœur de tout plan environnemental.

Lorsqu'il a dévoilé son plan, Justin Trudeau a fait allusion aux réalités économiques du 21e siècle : « La relation entre l'environnement et l'économie ressemble à celle entre des pagaies et un canot. Négligez-en un seul et vous n'arriverez jamais à destination. »

C'est peut-être vrai, mais la route est encore longue avant la journée des élections.

31 août 2015

Ajoutez un commentaire

La Fondation David Suzuki n'endosse pas nécessairement les commentaires affichés par le public sur son site Web. La Fondation se réserve le droit de refuser la publication de commentaires qui pourraient être perçus comme offensant ou qui vont à l'encontre des principes directeurs qui régissent les organismes de bienfaisance. Veuillez noter que tous les commentaires sont relus avant d'être publiés.