Photo: Débat des chefs : l'environnement prend sa place

Par : Andrée-Lise Therrien, spécialiste des communications

Hier soir, nous avons eu droit à un débat fort intéressant. Au-delà du bruit et de la frénésie qui ont caractérisé ce débat des chefs — le seul à réunir les cinq chefs — l'exercice aura servi à démontrer que l'environnement et l'économie sont désormais indissociables. Bien entendu, plusieurs thèmes ont été abordés dont ceux de l'énergie, de l'économie et de l'environnement. L'équipe de la Fondation David Suzuki a également suivi ce débat avec attention, ainsi que celui du Globe and Mail le 17 septembre dernier, afin de déterminer les positions des chefs en matière d'environnement et, plus spécifiquement, au sujet de la tarification du carbone, des changements climatiques, des infrastructures vertes et des technologies propres.

Sans être le grand gagnant du débat, force est d'admettre que le thème de l'environnement s'est imposé à plusieurs reprises!

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Tout d'abord, sans exception, les 5 chefs ont souligné la nécessité d'augmenter le financement du transport, y compris des transports collectifs. Chacun d'eux a également pris acte du déficit des municipalités en matière d'infrastructures, sans toutefois s'entendre sur les façons d'y remédier. Toutefois, même si les chefs ont évoqué le besoin d'effectuer une transition vers une nouvelle économie, ils ont à peine abordé le rôle des énergies renouvelables, vecteur clé de la transition vers une économie verte.

De plus, l'enjeu de la position du Canada à la COP 21 a été abordé bien que les leaders n'aient pas eu l'occasion de débattre de la cible de réductions de GES que le Canada devrait y présenter. Dommage, voilà une donnée concrète qui nous aurait permis de départager les engagements des leaders.

Le Bloc Québécois

Seulement présent au débat francophone, M. Duceppe fut l'un des seuls chefs avec monsieur Trudeau à aborder l'importance d'intégrer les Premières Nations dans les prises de décision entourant les pipelines et autres politiques nationales. Il insista également sur les dangers du projet Énergie Est et des autres projets similaires dans l'Ouest canadien auquel il s'oppose. M. Duceppe a réclamé que tout projet de transport passant par le Québec soit soumis à l'approbation de l'Assemblée nationale et du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Déclaration marquante : « Ce serait normal que ce soit aux Québécois et Québécoises de décider de ce qui passe sur leur territoire »

Parti Conservateur

M. Harper, quant à lui, a dit vouloir maintenir l'approche réglementaire sectorielle qui, à son avis, a contribué à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada tout en stimulant son économie. Le chef conservateur a également souligné l'importance économique des projets d'exportation de pétrole, qui « créent des emplois des deux côtés de la frontière ».

Déclaration marquante : Stephen Harper a aussi mentionné qu'il était confiant qu'une entente positive sortira de la Conférence de Paris sur le climat : « Je suis optimiste pour Paris », a-t-il ajouté!

Parti Libéral

Pour sa part, M. Trudeau a intégré les enjeux environnementaux à ses interventions à plusieurs reprises. En plus de promettre de travailler en partenariat avec les Premières Nations dans le dossier énergétique, il a également souhaité collaborer avec les provinces dans l'élaboration de leurs engagements pour le sommet de Paris ainsi que pour leur cible de réduction de GES.
Les transports collectifs ont aussi été mis de l'avant par le chef libéral, ce dernier indiquant que la congestion routière représentait un coût économique énorme et qu'il fallait profiter des faibles taux d'intérêt pour investir dans les infrastructures. M. Trudeau a même indiqué vouloir investir dans les infrastructures « vertes ».

Après avoir répété qu'il réclamerait une nouvelle évaluation environnementale, plus robuste pour Énergie Est, M. Trudeau a lui aussi rappelé l'importance de faire reconnaître le droit de vivre dans un environnement sain dans la législation du Québec.

Déclaration marquante : « On ne peut pas amener les ressources aux marchés si on n'est pas en train de s'occuper de l'environnement »

Parti Vert

Très axés sur l'environnement, les propos Elizabeth May ont fait ressortir d'importantes questions sur les changements climatiques, les dangers du transport de pétrole ainsi que l'importance d'investir dans les infrastructures.

Mme May a souligné que les projets de pipelines font l'objet d'une forte opposition populaire.

Déclaration marquante : « Le problème, ce n'est pas les pipelines ou les trains, le problème c'est le produit! »

Nouveau Parti démocratique (NPD)

Pour la deuxième fois en autant de débats, M. Mulcair a rappelé l'importance de faire reconnaître le droit de vivre dans un environnement sain. D'ailleurs, la plupart des Canadiennes et des Canadiens aimeraient voir ce droit reconnu par la Charte canadienne des droits et libertés, comme c'est le cas dans plus de 110 pays.
M. Mulcair appuie la mise en place d'un système de plafonnement et d'échange de crédits de carbone à l'échelle nationale, car il s'agit pour le NPD du seul moyen de garantir une réduction des émissions de GES.

M. Mulcair a également répété qu'il réclamerait une nouvelle évaluation environnementale, plus robuste pour le projet Énergie Est tout, en réitérant son opposition au projet Keystone XL.

Déclaration marquante : Thomas Mulcair a reproché à Stephen Harper d'avoir réduit les exigences environnementales pour les projets de transport du pétrole, l'accusant de laisser « les compagnies ferroviaires s'inspecter elles-mêmes ».

Le débat des chefs a-t-il éclairé votre choix?

Tout au long du débat, l'équipe de la Fondation David Suzuki s'est faite présente sur les médias sociaux afin de rappeler l'importance vitale d'investir dans les technologies propres et d'abandonner les combustibles fossiles si nous voulons garantir notre avenir écologique et économique. D'ailleurs, contrairement à la croyance populaire au Canada, les sables bitumineux ne comptent que pour 2 % du PIB, plutôt que les 25 — 40 % souvent estimés et il y a aujourd'hui plus d'emplois dans les énergies propres que dans les sables bitumineux.

Au final, ce débat s'est avéré un exercice positif, si ce n'est que d'y avoir vu tous les chefs reconnaître l'importance de l'environnement dans plusieurs des thèmes abordés. Le débat des chefs a-t-il éclairé votre choix? Quelle que soit la réponse, votre engagement à voter au prochain scrutin envoie un puissant message aux chefs: pour gagner votre vote, ils devront faire preuve de vision en matière d'environnement.

Le 19 octobre, je vote!

25 septembre 2015

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