Affichages récents dans La science en action
Pimachiowin Aki : Arche de Noé pour un territoire boréal
(Crédit : The Saylesman via Flickr)
Selon une étude publiée il y a quelques années dans la revue scientifique Science, très peu d'endroits sur la planète demeurent toujours à l'abri des impacts de la vie humaine. Des images de satellites prises à des milliers de kilomètres au-dessus de la Terre au fil des dernières décennies nous révèlent un monde irrévocablement transformé par l'exploitation des terres par les humains (en anglais). Toundra arctique, forêts pluviales naturelles, déserts arides... le monde naturel se voit de plus en plus morcelé par le l'apparition de villes et de municipalités, de plus en plus quadrillée par ce réseau grandissant de routes goudronnées, de lignes de transmission et de pipelines, contusionné de chevalets de pompage, de torches de brûlage et de toutes ces autres infrastructures servant à l'extraction de combustibles fossiles, du forage à la fracturation en passant par l'exploitation à ciel ouvert.
Devoir maintenant fournir à la fois alimentation, fibre, carburant, habitation et eau douce à plus de sept milliards d'êtres humains est précisément ce qui alimente cette conversion massive de nos forêts, de nos zones humides, de nos prairies et de nos autres écosystèmes. Selon les chercheurs, il y a maintenant autant de terres agricoles et de pâturages sur la planète qu'il y a de forêts vierges, soit 40 de la surface terrestre dorénavant destinée à la production alimentaire. Bien que les avancées en agriculture moderne aient transformé des millions d'hectares de broussailles en terres agricoles, l'impact environnemental de notre « empreinte alimentaire » augmente à un rythme alarmant dans certaines régions, comme le démontre la perte des habitats d'espèces sauvages, la dégradation de la qualité d'eau et l'érosion généralisée du sol. Le taux d'utilisation d'engrais au fil des 40 dernières années s'est vu augmenté de 700 afin de maximiser le rendement des cultures sur des superficies encore plus grandes.
Continuer »À quoi sert un gouvernement?
(Crédit : Peter Blomert via Flickr)
Avec la collaboration du biologiste de la vie aquatique de la Fondation David Suzuki Jeffery Young
À quoi sert un gouvernement? Selon certains, la population ne se porterait que mieux en l'absence d'un gouvernement — une telle idée frôle cependant l'absurde. Même les libertaires s'accordent sur le fait qu'il devrait exister une forme d'instance policière et un système de justice qui veillerait à la protection des libertés individuelles et à la propriété. Sinon, comment pourrait-on s'assurer d'une résolution juste et équitable lors de conflits opposants les libertés individuelles aux droits et libertés de propriétés ?
Un autre courant veut que le gouvernement priorise l'économie et sa croissance en encourageant l'entreprise privée, qu'en se débarrassant ainsi des limites et contraintes, l'économie ne s'en porterait que mieux.
La raison d'être d'un gouvernement est de protéger ses citoyens, tâche plus compliquée qu'elle ne le semble. Les droits des citoyens sont habituellement énoncés dans les lois constitutionnelles des pays démocratiques. Ainsi, la constitution canadienne énonce de nombreux droits, et ce, dans de divers domaines : droits fondamentaux, droits démocratiques, garanties juridiques, droit à l'égalité, droits linguistiques,...
Continuer »Occupons Wall Street reflète la frustration croissante
Je ne suis pas le seul à être insatisfait des systèmes économiques qui reposent sur la croissance constante et l'exploitation exponentielle de ressources limitées — des systèmes qui concentrent la richesse dans les mains d'un petit nombre d'individus alors que tant de gens sont dans la misère.
Depuis le 17 septembre, les manifestations se sont propagées de New York à un nombre sans cesse croissant de villes aux États-Unis, en Europe et au Canada, dans un mouvement baptisé « Occupons Wall Street. » Les demandes des manifestants ne sont pas toujours claires; dans certains cas, elles semblent carrément incohérentes ou absurdes — tel que l'appel à la fois pour une politique d'ouverture des frontières et pour une politique d'augmentation des tarifs douaniers.
Il est intéressant de souligner que ceux qui ont donné l'impulsion au mouvement l'ont fait avec une seule question en tête : quelle est notre principale demande? La question a d'abord été posée dans ma ville natale de Vancouver par le magazine Adbusters. L'éditeur Kalle Lasn écrivait que la campagne avait été lancée comme une invitation à agir plus que comme une tentative d'obtenir une réponse. Se concentrer sur une seule demande peut être (ou pas) un exercice utile, mais le débat lui-même est nécessaire. Grâce à l'attention que ces manifestations génèrent, tous, autant les dirigeants syndicaux, les étudiants que les travailleurs, ont un forum public où soulever des questions sur nos systèmes économiques actuels.
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Pourquoi les gouvernements dépensent-t-ils par milliards l'argent des contribuables pour renflouer les institutions financières, dont plusieurs se sont battues contre la notion même de régulation gouvernementale ou d'aide sociale, tandis que rien n'est fait pour les gens qui ont perdu toutes leurs économies ou dont la maison a été saisie? Et pourquoi les gouvernements n'ont-ils pas au moins exigé que les institutions démontrent une certaine responsabilité écologique et sociale en retour?
Pourquoi les pays développés accordent-ils encore des allègements fiscaux aux plus riches quand des enfants sont affamés, que les travailleurs et les chômeurs voient leurs salaires, leurs avantages et leurs possibilités diminuer, que les infrastructures s'effondrent et que l'accès aux soins de santé et à l'éducation se fait de plus en plus difficile?
Pourquoi exploitons-nous si sauvagement des ressources limitées et détruisons-nous de précieux écosystèmes afin de faire des profits à court terme et avoir une croissance économique non durable? Si nous n'avons pas pris le temps de réduire nos besoins énergétiques et de passer à des sources d'énergie plus propres, que ferons-nous lorsque le pétrole sera épuisé ou deviendra trop difficile (ou trop coûteux) à extraire?
Pourquoi est-ce que notre système économique valorise les produits jetables ainsi que les services non-essentiels au détriment de choses dont nous avons réellement besoin pour survivre et être en bonne santé, comme l'air pur, l'eau propre et une terre fertile? Bien sûr, il y a une certaine contradiction chez les manifestants qui s'insurgeant contre le système de consommation et qui possèdent des iPhones. Mais il ne s'agit pas seulement de faire des changements et des sacrifices personnels, il s'agit de se questionner sur notre place sur cette planète.
En moins d'un siècle, la population humaine a augmenté de façon exponentielle, passant de 1,5 à sept milliards d'individus. Parallèlement, la technologie et les connaissances ont connu un développement accéléré tout comme la production et l'exploitation des ressources se sont intensifiées. Ce rythme et ce mode de développement ont conduit à une dépendance aux combustibles fossiles, à un tel point qu'une grande partie de nos infrastructures soutiennent des produits comme les voitures et leurs carburants afin de préserver le cycle des profits et la concentration de la richesse. Nos systèmes économiques actuels sont relativement nouveaux — ce sont des moyens que nous avons imaginés à la fois pour faire face aux défis de la production et de la distribution pour des populations en expansion rapide et pour exploiter les opportunités.
Il peut sembler qu'il n'y a aucun espoir de changement, mais nous devons nous rappeler que la plupart de ces développements sont récents et que les humains sont capables d'innovation, de créativité et de prévoyance. Malgré une opposition considérable, la plupart des pays ont reconnu à un certain moment que l'abolition de l'esclavage visait des objectifs qui transcendaient les considérations économiques, tels que l'amélioration des droits humains et la dignité — et cela n'a pas détruit l'économie, comme les partisans de l'esclavagisme le craignaient.
Je ne sais pas si les manifestations d'« Occupons Wall Street » mèneront à quelque chose, mais il y aura certainement des répercussions. Et, bien que je ne comparerais pas ces manifestations à celles qui ont lieu au Moyen-Orient, elles démontrent toutes que lorsque les citoyens en ont assez des inégalités ainsi que des conséquences négatives et destructrices découlant de décisions prises par ceux qui sont au pouvoir, nous avons la responsabilité de nous rassembler et d'en parler ouvertement.
Le cours de l'histoire humaine est en constante évolution. C'est à nous tous de participer au débat pour aider à le diriger dans le bon sens. Peut-être que notre seule demande devrait être adressée à nous-mêmes : prendre cela suffisamment à cœur pour agir.
Une leçon sur les changements climatiques vieille de 56 millions d'années
(Crédit : Snugg via Flickr)
Avec la participation d'Ian Hanington, Spécialiste des communications et d'éditions
Notre planète est une sphère en perpétuelle évolution ainsi qu'une source infinie de mystères et de merveilles. Par l'étude des sédiments, d'échantillons de calottes glaciaires, des arbres et des fossiles, les scientifiques sont parvenus à reconstituer une partie de sa formidable évolution. Nous, les êtres humains, n'avons habité la Terre que depuis une période relativement courte de son histoire, notre survie et notre prospérité ayant été rendues possibles par l'apparition de conditions uniques qui ont créé l'état d'équilibre que nous connaissons aujourd'hui.
Tout au long de notre brève histoire, nous avons été soumis aux forces de la nature. Malgré tout, depuis le début de notre existence, notre planète se trouve dans une phase de son évolution qui nous a permis de prospérer largement. Cela, nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de le prendre pour acquis. En examinant le monde de plus près grâce aux sciences, on découvre avec stupéfaction les cycles de l'eau et du carbone, de même que des processus tels que la photosynthèse qui nous permettent de respirer, de manger, etc. Nous observons également des sécheresses, des inondations, des invasions d'insectes et des extinctions qui peuvent modifier l'équilibre de la vie de manière radicale.
Continuer »Le pétrole peut-il être « éthique »?
(Crédit : visionshare via Flickr)
Dans son livre Ethical Oil, Ezra Levant soulève un point important concernant les implications morales des produits et des activités résultant de l'économie globale. J'applaudis l'initiative de donner une place plus grande à l'éthique dans les discussions sur le commerce et l'économie. Les réflexions sur la justice sociale, la pauvreté, l'environnement et la violence ont propulsé des mouvements populaires d'envergure ce qui a entrainé d'importants changements dans nos sociétés. Entre autres, ces mouvements ont posé des actions concrètes contre les ateliers clandestins et le travail des enfants dans l'industrie du vêtement, en faveur du commerce équitable et des produits de café cultivé à l'ombre ou pour le boycottage des raisins de la Californie et de celui du commerce avec l'apartheid en Afrique du Sud.
Deux jours après avoir été nommé ministre fédéral de l'Environnement, Peter Kent a repris les mots de Levant, claironnant haut et fort que les sables bitumineux de l'Alberta produisent du pétrole « éthique ». Nous critiquons à juste titre les pays producteurs de pétrole qui appuient ou commettent des actes de violence, des assassinats ou oppriment des minorités ou des femmes, etc. Mais que le Canada n'appuie pas de telles pratiques rend-il notre pétrole plus « éthique »? Levant reconnaît que l'exploitation et l'utilisation des combustibles fossiles ont des impacts environnementaux. Est-ce que cela signifie qu'il y a une hiérarchie de pratiques éthiques ou qu'une pratique éthique annule les autres activités contraire à l'éthique?
Nous ne devons pas choisir d'appliquer ou non une norme éthique lorsque nous utilisons ou utilisons des produits. Les normes éthiques doivent toujours être respectées. Le Canada a signé le protocole de Kyoto, qui est devenu une loi internationale. Quand Jean Chrétien a signé ce document, il ne l'a pas fait en tant que Libéral, mais en tant que premier ministre du Canada. Ceci signifie qu'en tant que nation, nous étions engagés à atteindre les objectifs fixés par cet accord. En devenant chef d'un gouvernement minoritaire, Harper déclarait son intention d'ignorer l'engagement du Canada. Est-il éthique d'ignorer un engagement international, légal et obligatoire? Ceci est d'autant plus ahurissant lorsque l'on connait l'obsession du premier ministre Harper pour le respect du droit et de l'ordre civil.
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Le Canada est l'un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre par habitant. La fonte rapide de notre pergélisol libère des quantités massives de méthane, un puissant gaz à effet de serre, amplifiant ainsi notre contribution à la crise climatique. L'extraction des sables bitumineux de l'Alberta exige d'énormes quantités d'énergie et d'eau augmentant à leur tour les émissions du Canada. N'y a-t-il pas une composante « éthique » à notre demande pour une plus grande part de l'atmosphère terrestre que chez la plupart des autres nations? L'exploitation rapide des sables bitumineux du Canada — entre autres par des sociétés américaines, coréennes et chinoises — n'est pas cruciale pour la survie de notre nation ou même de notre bienêtre, par contre nous en ignorons l'impact sur le reste du monde. Si ce n'est pas contraire à l'éthique, je ne sais pas ce qui l'est.
Les changements climatiques causent déjà des incendies et des événements climatiques extrêmes comme la fonte des glaciers et des calottes polaires, la montée du niveau de la mer, la sècheresse, des inondations, une altération de la répartition des plantes et des animaux, la propagation de maladies et des vagues mortelles de chaleur, pour n'en nommer que quelques-uns. Les vastes ressources et espaces du Canada lui confèrent une plus grande résistance que la plupart des autres nations alors que les régions les plus pauvres du monde sont particulièrement vulnérables. Les inondations dans le delta du fleuve du Pakistan, la sècheresse à travers l'Afrique centrale et la chaleur extrême en Inde tuent des gens qui n'avaient que peu ou pas contribué à la crise du climat. Ces morts peuvent ne pas être aussi macabres ou violentes que celles aux Nigéria ou en Arabie saoudite, mais cela ne devrait pas compter dans les débats éthiques.
Malgré l'accord de Kyoto et les efforts internationaux à Copenhague, cette hausse implacable des émissions de gaz à effet de serre signifie que plusieurs pays du monde entier ont l'intention de continuer à contribuer aux problèmes qu'engendre le réchauffement planétaire ainsi qu'aux fluctuations climatiques extrêmes et imprévisibles avec lesquelles les peuples des générations à venir devront vivre. Ceci est la pratique la plus contraire à l'éthique que je peux imaginer. Devant la preuve accablante que l'utilisation humaine de combustibles fossiles a créé la crise climatique, les pays riches comme le Canada et les États-Unis sont maintenant réticents à réduire leurs émissions. Pourtant, l'expansion économique exponentielle de ces pays est le résultat de l'utilisation de combustibles fossiles responsable de la crise climatique actuelle. Tout cela est fait au nom de la croissance économique en oubliant complètement la survie ou l'avenir de nos enfants et petits-enfants. Ce n'est pas seulement immoral, c'est criminel.
Dans le monde d'aujourd'hui, tous les combustibles fossiles sont contraires à l'éthique. Le pétrole « éthique » n'existe pas. Les gens comme Ezra Levant, qui disent se soucier de l'éthique, devraient faire pression pour une transition rapide de ces sources d'énergie non éthiques à des sources plus équitables, durables et plus éthiques, comme les énergies solaires, éoliennes et géothermiques renouvelables.


