La chasse aux trophées en Colombie-Britannique est inacceptable | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: La chasse aux trophées en Colombie-Britannique est inacceptable

(Crédit: Dave Bezaire & Susi Havens-Bezaire via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Pendant des milliers d'années, les peuples autochtones ont pratiqué la chasse pour se nourrir et à des fins traditionnelles et commerciales, mais les Premières nations de la côte Ouest en Colombie-Britannique ne tueraient jamais un animal en voie d'extinction simplement pour le plaisir; ça ne fait pas partie de leur culture.

Pour nous c'est un sport, comme si l'animal avait accepté de participer à un jeu de vie ou de mort. Lors d'une récente conférence de presse organisée par les opposants à la chasse sportive des ours noirs et des grizzlys en Colombie-Britannique, le chef haïda Guujaaw a déclaré: «C'est mal de tuer sans raison et d'appeler ça un sport.»

Et je suis d'accord. Les grizzlys sont officiellement menacés d'extinction et les sous-espèces d'ours noirs qui vivent dans les zones littorales de cette province sont parmi les plus diversifiées en Amérique du Nord — de l'ours kermode (appelé communément «ours esprit») à l'ours noir de Haïda Gwaii. Malgré tout, le gouvernement provincial continue d'ignorer les demandes des Premières nations et des groupes de protection de l'environnement tout en laissant libre cours à la chasse sportive de ces animaux majestueux jusque dans les parcs, dans les zones protégées et dans la forêt du Grand Ours.

Les conséquences sont terribles. Selon les données du gouvernement, près de 11 000 grizzlys ont été tués en Colombie-Britannique au cours des 30 dernières années — dont 88% par des chasseurs de trophées. La plupart d'entre eux viennent des États-Unis ou d'Europe et paient des milliers de dollars pour pouvoir tuer un ours ici parce que ces magnifiques plantigrades n'existent plus dans leur pays.

Les Premières nations ont cohabité avec les ours pendant des milliers d'années. Selon le chef Guujaaw, «ils font autant partie de l'environnement que nous.» Effectivement, les ours qui mangent, qui se reproduisent et qui arpentent l'archipel d'îles et les vallées verdoyantes de la Colombie-Britannique jouent un rôle majeur dans l'écosystème.

Par exemple, à l'instar des autres grands prédateurs, les ours aident à contrôler la croissance trop rapide des proies — comme les cerfs — ce qui empêche le broutage excessif des forêts. En mangeant du saumon, ils répandent les nutriments de la carcasse sur le sol; c'est un transfert direct de l'océan à la forêt et ça explique en partie l'immense biodiversité des forêts côtières et la taille monstrueuse des arbres.

Les raisons éthiques et scientifiques pour mettre un terme à la chasse sportive sont convaincantes, tout comme les raisons économiques. C'est particulièrement vrai pour les autochtones qui considèrent les usages non violents des ours (l'observation en nature, par exemple) comme source potentielle d'emplois et de revenus pour leurs communautés. Une étude publiée en 2003 par le Centre of Integral Economics a démontré que l'observation de grizzlys a rapporté le double des revenus des chasses aux trophées à ces communautés autochtones. Une seule opération d'observation en nature à Knight Inlet leur a rapporté plus de trois millions de dollars en 2007 — ce qui surpasse tous les revenus de chasse sportive réunis.

«Chaque ours tué est un ours de moins que les touristes paieront pour pouvoir le prendre en photo, a déclaré Dean Wyatt de la Commercial Bear Viewing Association lors d'une conférence de presse. Seule une interdiction totale sur la chasse aux trophées pourrait garantir la viabilité des opérations modernes d'observation d'ours qui génèrent des revenus grandement nécessaires aux communautés côtières.»

La protection des entreprises autochtones qui souhaiteraient prendre part à l'industrie extrêmement rentable de l'écotourisme en Colombie-Britannique doit être une priorité du gouvernement. Art Sterritt, directeur général du groupe Coastal First Nations Turning Point Initiative, affirme que le gouvernement doit surveiller les populations d'ours afin d'assurer la viabilité du tourisme. «Ce n'est pas viable, a déclaré M. Sterritt. Cette chasse menace l'industrie touristique qu'on tente de mettre sur pied.»

La chasse aux ours ne fait aucun sens scientifiquement parlant, mais c'est surtout immoral et irresponsable de chasser ces animaux pour les transformer en tête accrochée au mur ou en tapis devant le foyer quand des touristes sont prêts à payer pour avoir la chance de le photographier vivants et dans leur environnement naturel.

La plupart des Britanno-Colombiens sont du même avis. Selon un sondage effectué en 2008 par la firme McAllister Research, 79% des habitants croient que le fait de tuer un ours uniquement pour le plaisir est un geste répréhensible qui devrait être interdit.

De nos jours, le seul endroit où vous pouvez apercevoir un grizzly au sud du Montana, c'est sur le drapeau de la Californie. Ce serait une véritable tragédie si nos seuls souvenirs de ces animaux grandioses se limitaient à quelques films et à quelques gravures autochtones.

27 mai 2009

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