Le Canada, état pétrolier ou nation prospère? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le Canada, état pétrolier ou nation prospère?

(Crédit: arbyreed via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Imaginez le Canada avec une abondance de faune et de flore, d'air et d'eau propre, de citoyens en santé en plus d'une économie prospère. Ça ressemble à la réalité, n'est-ce pas? Eh bien ça risque de ne pas durer si on n'ajuste pas le tir bientôt.

L'auteur Andrew Nikiforuk prétend que le Canada est en train de devenir un état pétrolier. « Sans plan et sans politiques à long terme, le Canada et l'Alberta ne parviendront pas à fournir des réserves d'énergie fiables aux citoyens, à développer des sources d'énergie alternatives ou à générer des profits pour l'avenir », écrit-il dans son best-seller Tar Sands: Dirty Oil and the Future of a Continent. À cause de la réaction albertaine au Programme énergétique national de Pierre Elliott Trudeau, le Canada ne s'est toujours pas muni d'un tel programme.

La vérité, c'est que notre gouvernement met tous ses œufs dans le même panier en comptant uniquement sur les sables bitumineux pour alimenter l'économie. Même s'ils ont enfin reconnu que le réchauffement climatique était un problème sérieux, nos leaders n'ont pas agi en conséquence. Leurs politiques énergétiques et environnementales prouvent qu'ils prêtent plus d'importance à l'industrie des combustibles fossiles qu'au futur de la nation.

C'est devenu clair après la parution d'un rapport de vérification du commissaire fédéral à l'environnement et au développement durable, Scott Vaughan, le 12 mai dernier. Selon le rapport, le gouvernement canadien aurait exagéré l'ampleur des réductions d'émissions de gaz à effet de serre; en fait, il serait incapable de quantifier les réductions effectuées. C'est sans compter que le plan fédéral manque de transparence et qu'il ne répond pas aux exigences internationales en vertu de la Loi de mise en œuvre du Protocole de Kyoto.

Le rapport juge également inadéquats les efforts déployés pour protéger la faune marine. M. Vaughan accuse le gouvernement de ne pas en savoir très long sur les habitats des poissons au Canada en général, de ne pas avoir appliqué tous les articles de sa politique vieille de 23 ans et d'ignorer comment procéder pour empêcher la décharge de matières polluantes dans les eaux poissonnières.

Cette incapacité de la part de nos élus de servir nos intérêts est nuisible à la fois pour l'économie et pour l'environnement. Dans un communiqué rédigé l'automne dernier par la ministre des Ressources naturelles, Lisa Raitt, et obtenu récemment par la Presse Canadienne, elle affirme qu'un manque de clarté et de certitude quant aux politiques gouvernementales des changements climatiques nuit aux investissements dans le secteur énergétique canadien. Nos leaders qui avaient pourtant promis de nouvelles régulations il y a plus de deux ans sont désormais occupés à «retravailler» leur plan.

Le communiqué ajoute que le gouvernement devrait instaurer des politiques visant à faciliter les investissements dans les secteurs «verts» — équipement, projets de construction et infrastructures.

Malheureusement, le gouvernement ne semble intéressé qu'à faciliter la tâche de l'industrie pétrolière jusqu'à ce que nous ayons épuisé toutes nos réserves d'énergie et qu'il ne nous reste plus que des forêts dévastées, des étendues d'eau polluées et une économie incapable de faire compétition aux pays qui ont investi dans les énergies renouvelables.

Nos programmes d'exploitation pétrolière ne sont même pas parmi les meilleurs. Dans Tar Sands, M. Nikiforuk écrit que «ni le Canada ni l'Alberta n'ont de plan rationnel quant aux sables bitumineux à part une liquidation totale». Avec un plan plus rationnel, «ces sables pourraient financer la transition vers une économie plus verte». Au lieu de ça, «notre régime fiscal faible a servi à enrichir les grandes multinationales tout en nous donnant un pétrodollar qui sert à dissimuler l'inflation des prix du pétrole», faisant du Canada «rien de plus qu'un supermarché énergétique du Tiers-monde».

Il s'agit d'un parfait exemple de gains à court terme sans réflexion à long terme — et ces gains ne profitent qu'aux multinationales et à leurs amis, pas aux Canadiens qui devraient avoir leur mot à dire quand à notre avenir énergétique et à la gestion de nos ressources.

Et que dire des problèmes à long terme? Selon un rapport récent de la revue The Lancet et de l'University College de Londres intitulé Managing the Health Effects of Climate Change, les changements climatiques représentent la plus grande menace à la santé mondiale. Parmi les conséquences, le rapport inclut la propagation plus rapide de maladies puisque les moustiques porteurs de malaria se déplacent en plus haute altitude, des récoltes de plus en plus petites qui mènent à une pénurie alimentaire, l'absence d'eau potable et les maladies reliées aux mauvaises conditions sanitaires, des catastrophes météorologiques (comme des inondations) plus fréquentes et un accroissement de l'immigration.

Et ce ne sont que les conséquences sur la santé. Les extinctions en masse d'espèces animales et végétales, les océans qui meurent et les économies en perdition nous attendent si on ne change pas d'attitude.

Mais nous ne sommes pas condamnés à ça. Les Canadiens en particulier peuvent encore remédier à la situation s'ils agissent rapidement. À travers le pays, les citoyens démontrent qu'ils ont l'environnement à cœur en apportant des changements à leurs habitudes afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il est temps de dire à nos leaders élus que nous nous attendons à la même chose de leur part.

20 mai 2009

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