Ce que nous faisons aux océans, nous le faisons à nous-mêmes | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Ce que nous faisons aux océans, nous le faisons à nous-mêmes

(Crédit: World through the Lens via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Notre planète, avec son atmosphère, est un réseau qui est interconnecté avec l'océan, l'air et la terre. L'eau coule à travers tout cela et maintient la planète- et nous aussi — en vie. L'eau circule continuellement au-dessus, sur et sous la surface de la Terre, poussée par l'énergie du soleil. Elle s'évapore des mers, transpire des plantes et du sol, s'écoule des glaciers et des nappes aquifères et tombe en pluie ou en neige. Elle couvre 71 % de la surface de la Terre. Elle peut être sous forme liquide, solide ou gazeuse. Elle régularise aussi la température de la planète.

Une partie de l'eau permet de maintenir une température relativement stable sur la surface en se mélangeant avec du dioxyde de carbone, pour créer une couverture qui sert à piéger la chaleur dans l'atmosphère. Mais lorsqu'on rejette trop de dioxyde de carbone et d'autres polluants dans l'air et dans l'eau, cela perturbe l'équilibre.

Même si nos océans et l'atmosphère sont essentiels à toute vie, nous les traitons souvent comme des sites d'élimination des déchets. Nous rejetons plus de dioxyde de carbone dans l'atmosphère que ce que les plantes sur terre et les océans peuvent réabsorber et traiter de sorte qu'il y a une accumulation, qu'il y a encore plus de chaleur qui est piégée, ce qui augmente la température de la planète à long terme.

L'acidification des océans

Plusieurs conséquences reliées à ce phénomène ont été largement rapportées, mais l'effet du réchauffement planétaire sur les océans n'a pas attiré l'attention qu'il mérite. Lorsque la température des océans grimpe, l'augmentation de la concentration de dioxyde de carbone cause de l'acidification. Les océans absorbent et emmagasinent le carbone, ce qui en fait une bonne couverture contre les changements climatiques. Mais lorsque trop de carbone se retrouve dans l'océan, les niveaux de pH de l'eau chutent et l'eau devient plus acide.

Les scientifiques préviennent que cela pourrait avoir un impact significatif sur les récifs coralliens, peut-être même les faire entièrement disparaître. Si les récifs disparaissent, la moitié de toutes les formes de vie dans les océans vont disparaître avec eux. Le processus qui affecte les coraux — la réduction des niveaux de pH nuit à leur capacité à calcifier leurs squelettes — réduira également la capacité du phytoplancton à former du carbonate de calcium dans leurs coquilles et leurs squelettes. Cela, à son tour, réduira la capacité de l'océan à absorber et à stocker le carbone, ce qui augmentera le réchauffement de la planète.

Malgré les avertissements des scientifiques, l'acidification des océans n'a pas été au cœur des négociations entourant les changements climatiques, mais cela pourrait changer. En mai, les délégués de 76 pays à la Conférence mondiale des océans à Manado, en Indonésie — nombre de ces pays étant des îles ou des nations en développement qui vont ressentir le plus grand impact de l'acidification des océans — ont rédigé un projet de résolution pour mettre la question à l'ordre du jour lors des négociations internationales sur le climat qui auront lieu en décembre à Copenhague, au Danemark.

Espérons qu'ils réussissent à réveiller le monde à cette grave question. Nous ne pouvons pas continuer à ignorer l'état de nos océans. Bien sûr, l'acidification — causée principalement par ce que nous avons rejeté dans l'air — n'est que l'un des problèmes que nous avons créés pour nos océans. Nous jetons aussi beaucoup de cochonneries (souvent littéralement) dans nos mers.

Des îles de plastique

Une des images les plus révoltantes est de voir ces cinq îles de plastique géantes qui tourbillonnent dans les cinq océans. On estime que l'un de ces tourbillons situé dans le Pacifique Nord est plus grand que le Québec. Un groupe de scientifiques et d'agents de protection de la nature planifient aller à la rencontre de ce vortex, dans le but de voir comment on pourrait le nettoyer.

Selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), 13,000 morceaux de plastique flottent pour chaque kilomètre carré d'océan, et la plupart s'accumulent dans ces cinq grands tourbillons océaniques.

Les animaux marins mangent le plastique et les contaminants font leur chemin dans la chaîne alimentaire, jusqu'aux humains.

Il y a de l'espoir de voir les scientifiques chercher des solutions à ce problème et il est bon de voir les nations se mettre ensemble, dans une tentative visant à s'attaquer au problème de l'acidification des océans. Mais nous devons tous faire davantage pour prévenir ces types de problèmes de se produire. Nous pouvons le faire par la réduction de nos déchets et de nos émissions et en encourageant les gouvernements à montrer plus de leadership dans la protection de la Terre et des océans, qui couvrent la majeure partie de sa surface.

Les océans sont les lieux où la vie semble avoir son origine, comme le sel de notre sang l'indique bien. Les océans coulent dans nos veines et continuent à nous donner la vie. La moitié de l'oxygène que nous respirons provient des océans. Ce que nous faisons aux océans, nous le faisons à nous-mêmes. C'est quelque chose que nous devons garder à l'esprit alors que nous célébrons la Journée mondiale des océans le 8 juin. Le thème cette année est Un océan, un climat, un avenir.

5 juin 2009

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