Le G8 progresse en matière de changements climatiques, mais est-ce suffisant? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le G8 progresse en matière de changements climatiques, mais est-ce suffisant?

Sommet du G8 en Italie, Juillet 2009. (Crédit: Downing Street via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Les pays les plus riches de la planète semblent prendre les changements climatiques au sérieux. Lors de leur dernière rencontre à L'Aquila, en Italie, les pays du G8 ont convenu que le réchauffement climatique ne devait pas excéder deux degrés Celsius, en moyenne, par rapport à la température de l'ère pré-industrielle.

L'Union européenne, de même que plus de 100 autres pays, ont été attentifs aux recommandations des climatologues en s'engageant à ne pas dépasser ce seuil — mais il a fallu cette rencontre pour convaincre le Canada, la Russie et les États-Unis de monter à bord.

Cette limite est motivée par une simple raison. Les recherches scientifiques démontrent que les impacts des changements climatiques seraient dramatiques si les températures moyennes du globe grimpaient au-delà de ce seuil. Les rendements des récoltes diminueraient, davantage d'espèces végétales et animales risqueraient de disparaître, les réserves d'eau s'amoindriraient de façon significative pour de nombreuses populations humaines, les tempêtes violentes seraient plus fréquentes, et le niveau des océans augmenterait plus rapidement.

La menace d'une élévation du niveau de la mer est si grande que 43 États insulaires ont fixé leur seuil «dangereux» à 1,5 degré. Les scientifiques prédisent qu'un accroissement de la température de deux degrés ferait monter suffisamment le niveau des océans pour inonder un bon nombre de ces nations insulaires.

Tuvalu et Vanuatu ont d'ailleurs demandé à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande voisines de donner refuge à leurs citoyens advenant une inondation océanique. Les 49 pays les moins développés de la planète situent également leur seuil à 1,5 degré. Selon la militante inuit canadienne Sheila Watt-Cloutier, un réchauffement de deux degrés entraînerait «la destruction des écosystèmes arctiques» et aurait de graves conséquences pour la culture inuit.

La promesse des pays les plus prospères au monde de limiter le réchauffement à deux degrés est un pas en avant, mais un petit pas. Pour réussir, les nations signataires doivent réduire de façon drastique leurs émissions de gaz à effet de serre au cours de la prochaine décennie et continuer de les réduire jusqu'en 2050 au moins. L'engagement de tous — gouvernement, industrie et individus — est essentiel.

Mais même si les pays tiennent leur promesse, ce ne sera pas suffisant. Selon un récent article publié dans la revue Nature intitulé «Halfway to Copenhagen, no way to 2 C», les engagements de réduction d'émissions pris par les nations industrialisées sont insuffisants. D'après le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, les pays industrialisés devraient réduire leurs émissions de 25 à 40 sous les niveaux de 1990 d'ici 2020 pour que la température demeure sous le seuil des deux degrés. L'article de la revue Nature a aussi fait la somme des engagements collectifs des nations industrialisées, estimant qu'elles n'arrivent qu'à une réduction des émissions allant de 10 à 16. Selon les conclusions de cette étude, même si tous les pays réalisent leurs objectifs, il n'y a virtuellement aucune chance de limiter la hausse de la température à 2ºC.

L'article de la revue Nature a aussi conclu que les promesses des pays développés sont insuffisantes. Au cours de leur développement, les nations riches ont rempli l'atmosphère de gaz à effet de serre et elles ont décidé, à l'occasion de la conférence des Nations Unis à Bali, de fournir aux pays en développement les technologies vertes et les ressources financières indispensables à une croissance durable. Mais les pays développés ne sont pas encore entendus sur la manière de fournir cet appui.

La réduction de la pauvreté est souvent la première priorité des nations en développement. Plusieurs d'entre elles sont ainsi réticentes à prendre des engagements en vue de diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre, à moins d'obtenir le soutien des pays industrialisés. Si elles le faisaient quand même, cela équivaudrait à «sauter d'un avion en ayant l'assurance d'obtenir un parachute durant la descente», d'après Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Tout n'est pas perdu cependant. Il ne reste peut-être pas beaucoup de temps avant la conférence décisive de Copenhague en décembre, mais les pays concernés peuvent encore résoudre la crise climatique. Lors d'une rencontre du G20 à Pittsburg en décembre, on s'attend à ce que des engagements financiers soient pris en faveur des pays en développement pour les aider à s'ajuster aux changements climatiques et restreindre leurs émissions. Trois autres négociations sous l'égide des Nations sont programmées avant Copenhague.

C'est toutefois l'interprétation du Canada des engagements pris par le G8 qui est décourageante. L'encre de l'accord final n'était pas aussitôt séchée à L'Aquila que le ministre canadien de l'Environnement, Jim Prentice, affirmait que le pays n'avait pas à modifier sa position pour se conformer aux engagements des deux degrés. Avec un littoral marin plus vaste que nul autre pays et une économie dépendant fortement d'activités sensibles aux variations climatiques comme l'agriculture, les pêcheries, la foresterie et le tourisme, le Canada est particulièrement vulnérable au réchauffement global.

Comment un dirigeant canadien peut-il prétendre travailler au bien-être futur de ses citoyens s'il lésine à fixer des cibles plus élevés et des seuils plus bas en termes de réduction d'émissions?

Vu que le Canada est considéré comme le pire élève du G8 en matière de changements climatiques et que sa cible de réduction d'émissions fixée pour 2020 est la plus faible, le ministre devrait examiner plus attentivement les données scientifiques.

31 juillet 2009

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