Une célébration de nos richesses naturelles canadiennes | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Une célébration de nos richesses naturelles canadiennes

(Crédit: Giant Ginkgo via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

La plupart du temps, nos chroniques portent sur les enjeux environnementaux canadiens — l'absence de plan concret pour trouver une solution aux changements climatiques, notre dépendance excessive vis-à-vis des sables bitumineux afin de pourvoir à notre économie et à nos besoins énergétiques, notre laxisme en ce qui a trait à la protection des espèces en voie de disparition et de leurs habitats naturels (incluant des espèces sauvages emblématiques comme l'ours polaire et le caribou).

Mais en cette Fête du Canada, nous sommes plutôt amenés à réfléchir à tout ce qui nous rend fiers de notre pays. Surtout grâce aux efforts déployés par des Canadiens et Canadiennes ordinaires, par les Premières Nations et par les organismes environnementaux, nous constatons que d'énormes progrès ont été réalisés par les gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral dans le but de préserver notre héritage naturel canadien.

Le mois dernier, par exemple, le gouvernement fédéral et les Premières Nations du Dehcho ont annoncé un plan permanent visant à protéger plus de 30 000 kilomètres carré de forêt boréale dans la réserve du Parc national Nahanni dans les Territoires du Nord-Ouest. Il s'agit d'une aire comparable à celle de l'île de Vancouver!

Ce plan a été annoncé peu de temps après une nouvelle loi ontarienne qui engage le gouvernement à protéger au moins la moitié de la forêt boréale dans le nord de l'Ontario — accompagnée d'une promesse du premier ministre québécois Jean Charest de faire la même chose au Québec. Même si la majorité des Canadiens en savent moins sur la beauté et la situation désespérée de la forêt boréale canadienne qu'ils en savent sur la forêt amazonienne ou sur les forêts tropicales en Indonésie, son importance globale n'en est pas moindre pour autant.

Tristement réputée pour n'être qu'un paysage maussade hanté de mouches noires, de marais et de «pierres et d'arbres et d'arbres et de pierres et d'eau» (pour citer le groupe humoristique The Arrogant Worms), la forêt boréale regorge de richesses écologiques. C'est une forêt qui s'étend d'un océan à l'autre, telle une immense cape verte, de Terre-Neuve jusqu'au Yukon. Elle est plus vaste que toutes les autres forêts du monde, incluant le Bassin du Congo, la forêt amazonienne et la taïga russe.

La forêt boréale contient plus d'eau douce (dans les zones humides et les lacs) et de carbone (dans les arbres, le sol et les tourbières) qu'à n'importe quel autre endroit sur la Terre. Elle héberge également trois milliards d'oiseaux migratoires, les plus grands troupeaux de caribous du monde, des millions d'espèces sauvagines et d'oiseaux de rivage ainsi que d'abondantes populations de grands prédateurs — notamment des loups, des grizzlys, des ours polaires, des carcajous et des lynx. C'est sans compter les centaines de communautés autochtones qui dépendent de ces écosystèmes pour subvenir à leurs besoins et à leur culture ancestrale.

Cela dit, la forêt boréale n'est pas la seule à avoir reçu des bonnes nouvelles récemment. En effet, le gouvernement fédéral s'est engagé à protéger les espèces marines dans les océans, les lacs et les rivières. Le mois dernier, Pêches et Océans a publié une stratégie qui promet de venir en aide à la baleine noire de l'Atlantique Nord — incluant l'identification de l'habitat essentiel de ces mammifères marins de 80 tonnes dont ils ont absolument besoin pour survivre. En vertu de la Loi canadienne sur les espèces en péril, l'identification de l'habitat de cette espèce déclenche automatiquement des mesures de protection.

Le gouvernement contribue également à la protection de l'habitat essentiel des épaulards en Colombie-Britannique — même s'il aura fallu une poursuite judiciaire intentée par la Fondation David Suzuki et par d'autres organismes pour convaincre le gouvernement d'agir dans ce dossier. Nous sommes prudemment optimistes que les orques obtiendront enfin la protection légale nécessaire à leur survie.

Les trois paliers de gouvernement canadien ont protégé (ou se sont engagés à protéger) des centaines de milliers d'hectares de forêt, de toundra, de prairie, de lacs, de rivières et des autres écosystèmes terrestres et océaniques. Ces efforts valent la peine d'être félicités en ce 142e anniversaire de la Confédération.

Mais au beau milieu de tous ces magnifiques paysages qui demeureront à jamais sauvages, l'histoire qui nous inspire le plus est celle du nouveau parc le plus inusité au Canada. Cette année, la Ville de Guelph a établi le tout premier «sanctuaire de pollinisation» sur le site d'une ancienne décharge près des frontières municipales. Des montagnes de détritus en décomposition à l'intérieur d'un sarcophage de sol et d'argile sont en train d'être remplacées par de la végétation dans le but de créer un habitat urbain pour les espèces les plus travaillantes de la planète: les insectes pollinisateurs. De plus en plus de ces insectes migrent vers le Canada à cause de l'urbanisation, des pesticides, du réchauffement global et des exploitations agricoles commerciales.

Les Canadiens ont toujours été fiers des trésors naturels spectaculaires qui font du Canada un des pays les plus beaux et les plus prospères du monde entier — des océans aux littoraux et des montages aux collines en passant par les prairies. La préservation de notre environnement est un cadeau pour la planète, même s'il en reste encore beaucoup à faire pour protéger la richesse de la faune et de la flore qui nous entoure — surtout dans les océans où moins de 0,5% de nos espèces marines sont protégées par la loi. Tant et aussi longtemps que nous continuerons à travailler ensemble, nos enfants et nos petits-enfants auront de quoi célébrer pendant encore très longtemps.

3 juillet 2009

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