Le saumon sockeye en difficulté | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le saumon sockeye en difficulté

(Crédit: Dr.DeNo via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Le saumon rouge (aussi connu sous le nom de saumon sockeye ou saumon nerka) de la rivière Fraser en Colombie-Britannique est en difficulté. Et lorsque le saumon est en difficulté, nous le sommes tous.

Le nombre de saumons rouges qui reviennent de l'océan aux frayères de la rivière Fraser cette année est à son plus bas niveau depuis 50 ans. Cette baisse fait suite à deux années dangereusement maigres. En fait, le déclin de diverses populations de saumon rouge du bassin versant Fraser s'est poursuivi pendant plusieurs décennies. Certaines sont au bord de l'extinction.

Outre les montaisons du saumon rouge du Fraser, de nombreuses autres montaisons sont en péril. D'autres ont complètement disparu. Lorsque les populations diminuent, la diversité génétique diminue également. Or, cette diversité permet aux saumons de s'adapter aux défis auxquels ils font face et elle maintient les populations de saumon vigoureuses et en santé.

La disparition complète du saumon du Pacifique serait désastreuse non seulement pour les Premières Nations et les familles qui en dépendent comme nourriture mais également pour tous ceux qui croient que le saumon est une source d'alimentation saine et savoureuse et tous ceux qui en dépendent comme gagne-pain.

Le saumon est aussi essentiel au bon fonctionnement des écosystèmes. Il transporte des nutriments des océans aux rivières et forêts. De plus, il est une source importante de nourriture pour les baleines, les ours, les oiseaux et d'autre faune sauvage.

La pêche du saumon rouge dans la rivière Fraser est l'une des activités de pêche les plus rentables. Elle compte pour près de 50 p. cent de l'ensemble des retombées économiques du saumon pêché en Colombie-Britannique.

Comment expliquer ce déclin des populations de saumons? C'est là un mystère car il est difficile de trouver une seule cause ou une seule solution. Cependant, bien qu'il ne soit pas toujours possible de trouver la cause exacte de ce déclin, nous pouvons identifier les principales menaces à la survie du saumon. Cela nous donne l'espoir que nous allons pouvoir changer les choses pour le mieux.

Rappelons que le saumon rouge a été pêché massivement au fil des ans et que les frayères dans les lacs et rivières sont menacées à l'heure actuelle. La survie de cette espèce est menacée par les océans et les rivières qui se réchauffent en raison des changements climatiques. Le saumon rouge est également vulnérable au pou du poisson et à diverses maladies transmises par les techniques d'élevage de cages en filet.

Bien qu'il soit essentiel d'investir davantage dans l'effort scientifique afin de mieux comprendre les facteurs qui menacent la survie des saumons, nous devons et pouvons aussi instituer des mesures afin de réduire les activités qui nuisent incontestablement à cette espèce.

La politique fédérale sur la conservation du saumon sauvage propose des outils à cette fin. Cette politique a été adoptée en 2005 mais le gouvernement n'y a pas affecté de fonds et ne l'a pas mise en oeuvre. Il faut maintenant passer aux actes.

Plus particulièrement, il faut travailler de pair avec le gouvernement et l'industrie pour identifier les stocks de saumon en santé et éviter de pêcher les populations menacées.

En outre, les habitats en eau douce doivent être conservés et remis en état. Il faut mettre un terme aux pratiques destructives. Éviter par exemple de transformer des lacs qui contiennent des poissons en des bassins de résidus d'extraction minière et interdire la destruction de la végétation le long des ruisseaux.

Il faut également s'assurer que les fruits de mer étiquetés avec la mention aliment durable répondent véritablement aux critères essentiels. L'éco-certification d'un tiers comme celle offerte par le Marine Stewardship Council de la Grande-Bretagne, doit être réservée aux secteurs de pêche bien gérés qui ne représentent aucune menace pour les populations de saumon.

Il faut aussi changer les techniques d'aquaculture pour contrecarrer les dommages causés par le pou du poisson et les maladies. Il faut prioriser les techniques de pisciculture en parc clos car celles-ci ont l'avantage de séparer le poisson d'élevage du poisson sauvage.

Pour assurer la survie du saumon des frayères à l'océan et leur retour dans les rivières, le Canada doit également lutter contre le réchauffement de la planète. Il doit s'engager à réduire massivement ses émissions de gaz à effet de serre lors des négociations prévues à ce sujet à Copenhague.

Heureusement, que certains leaders commencent à émerger dans cette lutte pour protéger cette espèce en péril. Par exemple, les pêcheurs et les Premières Nations ont uni leurs efforts pour utiliser des seines dans le bassin versant Skeena afin d'exploiter sélectivement les montaisons de saumons abondantes.

Autre note positive: On est en train de mettre à l'essai la salmoniculture en parc clos à l'échelle commerciale au large de la côte est de l'île de Vancouver et ailleurs au monde. Certaines municipalités telles que Maple Ridge ont adopté des pratiques de gestion visant la protection des rivières à saumon.

Ces efforts s'inscrivent dans une approche holistique respectueuse des écosystèmes, une approche qui reconnaît l'importance des nombreux facteurs qui assurent la survie et la croissance du saumon.

Nous avons une chance de repenser nos façons de pêcher, de bâtir nos communautés et de vivre nos vies si nous acceptons que nous avons un rôle important à jouer dans l'écosystème et que nous reconnaissons que nous y sommes liés pour le meilleur ou le pire.

Si ces efforts sont couronnés de succès, cela enrichira collectivement nos vies.

28 août 2009

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