Les crédits de carbone, outil contre le réchauffement global | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les crédits de carbone, outil contre le réchauffement global

(Crédit: World Bank Philippines via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Les recherches scientifiques sont claires: le réchauffement global causé par les humains est bien réel. L'heure est donc venue de trouver des solutions. Il nous faut plus de leadership au gouvernement afin de fixer des objectifs précis de réduction des gaz à effet de serre et il nous faut réévaluer nos politiques et nos pratiques actuelles.

Le problème existe, ça ne laisse aucun doute, mais le débat porte plutôt sur la bonne façon de s'y attaquer.

Prenez les programmes de compensation des émissions de CO2, par exemple. Certaines personnes les comparent aux indulgences anciennement vendues par l'Église pour permettre aux pécheurs d'éviter d'être punis pour leurs transgressions. D'autres croient qu'ils sont un outil valide pour contrôler les changements climatiques et que les crédits compensatoires de qualité peuvent donner des résultats concrets.

Les crédits de carbone sont en train de devenir une option de plus en plus populaire auprès des particuliers, des entreprises et même des gouvernements qui souhaitent réduire leur impact néfaste sur l'environnement.

Le marché du carbone «volontaire» — composé de toutes les acquisitions de crédits de carbone — est passé d'une valeur globale de 305 millions $ en 2007 à 460 millions $ en 2008. Si vous ajoutez à ça les crédits utilisés dans les programmes de réglementation nationaux et internationaux, comme le protocole de Kyoto ou le système européen d'échange de quotas d'émissions, le marché global du carbone frise désormais les 139 milliards $ par année.

Bref, les crédits de carbone sont là pour rester. Alors en quoi consistent-ils? Ce sont des crédits compensatoires visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre générées par un projet quelconque — comme la construction d'une centrale solaire — et qui peuvent être utilisés pour réduire les émissions d'une autre source. En général, ils sont mesurés en tonnes de CO2. Ceux qui achètent des crédits se trouvent à investir indirectement dans d'autres projets qui réduisent leurs émissions à leur place, soit parce qu'ils sont incapables d'y parvenir eux-mêmes ou parce que le processus est trop dispendieux.

À noter que les crédits compensatoires de carbone ne sont pas tous créés égaux. Puisqu'il s'agit d'un domaine nouveau et très peu réglementé, certains crédits risquent de n'avoir aucun impact positif sur le climat et c'est la raison pour laquelle ils ont été victimes d'une si mauvaise publicité.

En quoi consiste un crédit efficace? Les opinions varient en ce qui a trait aux détails, mais la plupart des experts s'entendent sur quelques conditions nécessaires. Les bons crédits sont «additionnels», c'est-à-dire qu'ils provoquent des réductions de gaz à effet de serre qui n'auraient pas eu lieu sans l'incitatif des crédits de carbone. Par exemple, si une compagnie est tenue par la loi de moderniser son usine pour réduire ses émissions, les réductions conséquentes ne devraient pas servir de crédits.

De plus, un bon crédit de carbone donne des résultats «permanents». Voilà une des raisons pour lesquelles certaines organisations (dont la Fondation David Suzuki) n'encourage pas la plantation d'arbres comme moyen de générer des crédits. Bien que les arbres soient très bénéfiques à l'environnement, ils sont assez risqués puisqu'ils sont susceptibles au feu, aux coupes et aux infestations d'insectes — toutes des possibilités qui rendraient les crédits vains.

Les bons crédits de carbone doivent également être corroborés par des vérificateurs qualifiés pour s'assurer que les réductions sont bien réelles.

Bref, les crédits réels, additionnels et permanents peuvent avoir un impact direct et positif sur le climat et ils peuvent engendrer d'autres bienfaits importants. Ils assurent le financement des projets d'énergie renouvelable ou d'efficacité énergétique (dont on a grandement besoin) qui permettraient à notre société d'abandonner les combustibles fossiles et de migrer vers une économie basée sur l'énergie propre. Ils peuvent aussi contribuer à la gestion des émissions de CO2 qui ne font pas encore partie de la réglementation gouvernementale — le transport aérien international, par exemple. Grâce à eux, on peut quantifier la valeur du carbone et on peut informer les entreprises et les particuliers quant à l'impact de leurs décisions quotidiennes sur l'environnement ainsi que les guider dans leurs efforts de réduction.

Évidemment, les gens devraient toujours faire tout en leur possible pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Par contre, si c'est impossible pour certains, ils peuvent au moins se procurer des crédits compensatoires de carbone pour s'assurer que des réductions équivalentes ont lieu ailleurs.

À eux seuls, ces crédits ne régleront pas le problème des changements climatiques; nous devons encore trouver de nouveaux moyens de réduire nos émissions de manière beaucoup plus draconienne. Or, le problème est si vaste qu'il nécessite toute une gamme de solutions et les crédits de carbone pourraient en faire partie.

6 août 2009

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