Photo: La victoire de Tiny Township: un exemple à suivre

Tiny township, Comté de Simcoe, Ontario, Canada. ( Crédit: MSVG via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

«Ne remettez jamais en question l'idée qu'un petit groupe de citoyens engagés puisse changer le monde. Effectivement, c'est la seule chose qui ait jamais fonctionné.» — Margaret Mead

Ces paroles de l'anthropologue Margaret Mead me sont venues à l'idée lorsque j'ai été mis au courant de la victoire récente des citoyens de Tiny Township et des communautés environnantes du comté de Simcoe en Ontario. En effet, les gens se sont ralliés pour empêcher la construction d'un dépotoir au-dessus de l'une des sources d'eau les plus pures de la planète, soit le réservoir aquifère Alliston, un lac sous-terrain qui s'étend de la baie Georgienne à la moraine d'Oak Ridges dans le sud de l'Ontario.

Cet aquifère est non seulement une source d'eau potable pour les résidents de cette région mais il fournit de l'eau froide à la rivière Wye et aux zones humides environnantes. De plus, cette rivière et les zones humides soutiennent la vie de la faune sauvage, y compris celle de nombreux amphibiens, des oiseaux qui chantent et des poissons.

Il y a de cela près de 30 ans, les citoyens de cette région et ceux de nombreuses Premières Nations exhortaient le comté de Simcoe et le gouvernement provincial à explorer d'autres options pour gérer les ordures de la région: programmes de compostage, améliorations aux sites d'enfouissement existants et méthodes de recyclage bonifiées.

Or, en dépit de l'existence de ces solutions de rechange, les autorités locales et le gouvernement ontarien ont donné le feu vert à un projet de site d'enfouissement de déchets solides. Selon ce qui est proposé, il serait construit au-dessus de l'aquifère Alliston sur une parcelle de terre nommée site 41.

Voilà un autre exemple de notre tendance à ignorer les coûts réels de l'élimination de nos déchets. Nous créons beaucoup de déchets solides, d'émissions de gaz à effet de serre et d'autres types de pollution. Nous pensons en avoir le cœur net en les enfouissant dans le sol, en les jetant dans nos rivières ou en les crachant dans l'atmosphère. Mais nous faisons fi de la valeur réelle des biens et services fournis par la nature.

Le site 41 est devenu la bougie d'allumage d'un conflit qui a éclaté au courant de l'été lorsque des citoyens de la région ont bloqué paisiblement le lieu du dépotoir proposé. Au fur et à mesure que ce blocus s'étirait dans le temps et que de plus en plus de gens étaient envoyés en prison (y compris les aînés des Premières nations), plusieurs groupes de défense puissants et des syndicats tels que le Conseil des Canadiens, la fondation David Suzuki et le Syndicat canadien de la fonction publique, y ont accordé leur appui.

Je me suis personnellement impliqué dans cette cause en partie parce que j'ai été impressionné par les compétences organisationnelles, le courage et le dévouement des citoyens de Tiny Township et de ceux des Premières Nations qui voulaient protéger notre ressource la plus précieuse, c'est-à-dire, l'eau potable.

C'en est renversant de voir comment ce projet de dépotoir a pu être autorisé. Selon plusieurs experts, il faudrait pour le réaliser pomper près de 225 millions de litres de la nappe phréatique afin de maintenir l'intégrité structurelle de ce dépotoir.

Inquiétant également qu'il y ait un potentiel de problèmes d'ingénierie à long terme et de fuites qui pourraient contaminer cet aquifère.

Pour éliminer des ordures, le recours aux sites d'enfouissement est souvent une solution préférée parce que les coûts semblent bas comparativement à d'autres méthodes de gestion des déchets et de traitement des effluents solides. Or, s'ils apparaissent peu élevés, c'est qu'on ne tient pas compte du coût réel de ces dépotoirs. Ceux-ci peuvent compromettre les services naturels offerts par les bassins versants, les forêts et les autres écosystèmes: de l'air propre, de l'eau propre et de la nourriture saine.

Lorsque les activités de développement, dont notamment, la construction de sites d'enfouissement, dégradent ces services naturels, il faut les remplacer par des substituts chers tels que des usines de filtration des eaux, des digues et d'autres projets d'ingénierie. Les arguments économiques contre le dépotoir du site 41 qui menace les sources d'approvisionnement en eau, devraient sonner le glas de ce projet une fois pour toutes.

En réaction au tollé soulevé par les citoyens locaux face à la construction d'un site d'enfouissement des déchets, la province et les autorités du comté de Simcoe ont institué un moratoire d'un an, le temps de faire d'autres évaluations scientifiques. Cela montre à quel point les gens ont le pouvoir de changer les décisions du gouvernement et des entreprises lorsqu'ils unissent leurs forces afin de lutter pour une cause commune.

Au site 41, les chargeuses-pelleteuses et d'autres types d'équipement lourd sont maintenant silencieux, du moins temporairement. Espérons que la classe politique continuera d'être à l'écoute des doléances de Tiny Township pour trouver de meilleures façons de gérer les déchets.

Liens:

Site Web de la campagne contre le site 41

La campagne du Conseil des Canadiens

Textes du Globe & Mail sur la campagne de Tiny Township

5 septembre 2009

Pour en savoir plus