Copenhague 2009: l'ultimatum climatique | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Copenhague 2009: l'ultimatum climatique

(Crédit : United Nations Photo via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Les leaders mondiaux peuvent accomplir de grandes choses lorsqu'ils décident d'unir leurs forces; on en a eu la preuve à Montréal en 1987 quand ils ont strictement interdit les CFC afin de protéger la couche d'ozone. En décembre prochain à Copenhague, nos leaders auront une occasion unique de réorienter le monde vers une ère d'innovation et de prospérité.

À l'instar du protocole de Montréal, il aura fallu attendre que la situation devienne catastrophique avant de réagir. Les changements climatiques constituent une menace réelle et imminente et les chercheurs du monde entier l'ont confirmé grâce à des études et à des observations constantes (contrairement à ce que voudraient vous faire croire les sceptiques avec leurs arguments toujours plus désespérés et insensés).

Ça n'a plus rien à voir avec la politique. Cette crise est d'une importance capitale pour nous tous, peu importe où vous vous situez sur l'échiquier politique. Heureusement, la plupart des leaders mondiaux — qu'ils soient tenants d'une idéologie de gauche, de centre ou de droite — commencent enfin à s'entendre à certains égards. Le problème se situe surtout au niveau des conservateurs. Après tout, comme le dit si bien la ministre danoise du Climat et de l'Énergie, Connie Hedegaard, un des piliers de l'idéologie conservatrice est de croire que «tout ce dont on hérite doit être transmis à la génération suivante». Mais ça ne veut pas dire que nos enfants doivent hériter de notre bordel!

Les conservateurs estiment qu'il ne faut pas vivre de manière ostentatoire, qu'il faut savoir épargner pour demain et qu'il faut agir avec prudence et discernement. Les plus religieux savent aussi que nous sommes les gardiens de la Terre et que nous avons le devoir de protéger la vie et les ressources qui nous entourent.

Le sommet de Copenhague sera un moment décisif. Nous pouvons garder les bras croisés en attendant que la planète se retrouve dans une situation irréversible, ou nous pouvons décider d'accorder une importance réelle au réchauffement climatique et à la pollution tout en créant de nouvelles opportunités de vies — et d'économies — en santé.

En plus d'avoir déjà commencé à appliquer des solutions dans leurs propres pays, plusieurs leaders nationaux se rendront à Copenhague avec la ferme intention de négocier une entente ambitieuse, juste et irrévocable. Malheureusement, le Canada ne fait pas très bonne figure à ce sujet. Nos cibles nationales de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont considérées inefficaces et notre attitude lors des récentes rencontres sur les changements climatiques a été qualifiée d'«obstructionniste».

Si on n'agit pas, c'est par méfiance. Puisque le Canada est un grand producteur de pétrole, nos politiciens et certains hommes d'affaires ont peur de nuire à l'économie en réduisant notre dépendance envers les combustibles fossiles — un parfait exemple de vision à court terme. Si on continue à compter sur des sources d'énergie non renouvelables qui disparaissent à vue d'œil, on risque de le faire seuls pendant que le reste du monde passe à une économie plus verte avec des innovations, des emplois et de l'argent neuf généré par les nouvelles technologies (infrastructures d'énergie renouvelable, etc.).

En utilisant le reste de nos combustibles fossiles (le pétrole, entre autres) de manière judicieuse pendant la période de transition vers une économie axée sur l'énergie propre, nous pourrions les faire durer plus longtemps tout en retirant des avantages plus concrets à l'échelle nationale — moins de pollution et de conséquences environnementales, une économie plus stable et des citoyens en meilleure santé.

En maintenant le statu quo, nous risquons la débâcle à la fois pour notre économie et pour nos vies. La communauté scientifique est unanime: si la température moyenne augmentait d'un degré de plus, le réchauffement climatique pourrait atteindre le point de non-retour, c'est-à-dire la fonte des calottes glaciaires, l'élévation du niveau de la mer, l'augmentation du nombre de réfugiés climatiques, l'extinction d'innombrables espèces animales et végétales ainsi que les inondations, sécheresses et autres catastrophes naturelles.

En tant que pays nordique, le Canada est particulièrement vulnérable aux changements climatiques. Les effets sont amplifiés à proximité des deux pôles, surtout à cause de la fonte de la neige et des glaciers. Le Canada possède également le plus grand littoral du monde, ce qui veut dire que l'élévation du niveau de la mer aurait un impact dramatique avec d'énormes conséquences économiques. Plusieurs Canadiens sont déjà affectés par le réchauffement global, sur dans le Nord et dans les communautés forestières, pêchières et agricoles.

C'est toujours difficile de changer — les mesures drastiques ont souvent des conséquences déplaisantes à court terme — mais en ne bougeant pas d'un iota, nous condamnons nos enfants et nos petits-enfants à un avenir incertain et dangereux. Nous pouvons tous apporter des changements individuels afin de réduire nos émissions de GES, mais par-dessus tout, nous devons signaler à nos leaders ce à quoi nous nous attendons de leur part: qu'ils profitent du sommet de Copenhague afin de créer un futur sain et sécuritaire pour notre petite planète bleue et pour ses habitants.

9 octobre 2009

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