Photo: La vie modifie l'expérience planétaire

(Crédit: gonzales2010 via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Les compagnies d'assurance, les politiciens et les gens d'affaires utilisent souvent l'expression «désastre naturel» ou «catastrophe naturelle» pour se délester de leurs responsabilités en cas d'événements hors de leur contrôle.

L'activité humaine et la technologie sont aujourd'hui devenues si importantes que nous créons maintenant ce qui était autrefois des désastres naturels.

Les ouragans, les tornades, les tempêtes déchaînées, les inondations, les sécheresses, l'envahissement d'insectes et même les tremblements de terre surviennent plus fréquemment et avec plus d'intensité que jamais. L'activité humaine est en partie responsable de cela. Les gaz à effet de serre, les immenses barrages, et les profonds puits d'eau et de pétrole peuvent affecter les forces naturelles.

Depuis que la vie est apparue sur Terre il y a quatre milliards d'années, elle a joué un rôle déterminant en modifiant les propriétés physiques et chimiques de la planète. Pendant les deux premiers milliards d'années, il n'existait qu'un monde microbiologique, quoique ces organismes microscopiques agissaient de pair avec d'autres forces pour décomposer les rochers. Au fil des ans, ce processus a réduit les montagnes et les rochers en pierres, en gravier et en poussière, libérant les minéraux et créant des sols à partir des squelettes d'organismes vivants.

Selon les chercheurs, l'apparition de la vie aurait débuté dans les océans. Le carbone de l'atmosphère s'est d'abord dissous dans l'eau pour former des constructions carboniques offrant une protection à différentes formes de vie. Quand celles-ci mouraient, leur coquille s'enfonçait au fond de l'eau où leur accumulation a finalement formé du calcaire.

Créée par la vie, le calcaire est une roche qui conserve le carbone dans le sol. En évoluant, la taille de différentes formes de vie s'est accrue, en partie grâce à l'incorporation et l'emmagasinage de l'eau. Ce faisant, elles sont devenus un élément vital du cycle hydrologique, un processus cyclique au cours duquel l'eau s'évapore, forme des nuages, et retourne sur terre sous forme de pluie. Les organismes pouvaient absorber les minéraux dissous et les traces de produits chimiques dans l'eau et les retourner dans leurs propres excréments. Une fois les plantes devenues des arbres, elles ont été capables de pomper de l'eau à partir du sol et de la rejeter en grande partie dans l'air, affectant la température et le climat.

L'évolution de la photosynthèse a constitué une énorme percée biologique, permettant à la vie sur terre de capturer de grandes quantités d'énergie solaire. Durant la photosynthèse, les plantes rejettent de l'oxygène. Au cours de millions d'années, ce processus a réduit les quantités de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, tout en créant un air riche en oxygène dont dépendent les mammifères comme nous.

Alors pendant des milliards d'années, la toile du vivant a jouée un rôle déterminant en transformant les caractéristiques physiques, chimiques et biologiques de la planète. La vie n'a pas seulement été opportuniste en exploitant à son avantage la chimie et la physique planétaires. Les organismes vivants ont interagi entre eux pour transformer le sol, l'eau, l'air et la biosphère. Mais cela a pris beaucoup de temps et des millions d'espèces différentes. Au cours de cette période, aucune espèce en particulier n'avait été jusqu'à maintenant en mesure de modifier rapidement les propriétés de la terre sur une échelle géologique.

Les humains sont apparus durant la dernière période évolutionnaire, il y a peut-être 150 000 années. Pendant la majorité de notre brève existence, nous vivions dans des tribus et nous ignorions si d'autres humains vivaient de l'autre côté de l'océan, du désert ou des chaînes de montagne. Nous n'avions qu'à nous préoccuper de notre propre territoire et tribu.

Soudain, nous nous sommes transformés en une force géologique, le mammifère le plus prolifique de la planète, doté de puissantes technologies, propulsé par un appétit insatiable de biens et alimenté à l'aide d'une économie globalisée. Ensemble, notre nombre, notre technologie, notre consommation et la mondialisation économique ont fait de nous une sorte de nouvelle force sur la planète.

Pour la première fois, nous devons nous demander: «Quel est l'impact collectif de 6,8 milliards d'être humains?» Alors que nous commençons à répondre à cette question, nous sommes acculés à la difficulté extrême de répondre aux menaces globales que notre activité a générées.

Bien des gens ont tendance à nier la réalité de la crise de la biosphère, ce qui est compréhensible. Après tout, comment nous, chétifs humains, pourrions-nous avoir un impact majeur sur cette grande planète? D'autres sont assez vaniteux pour croire que nous pourrons nous sortir de ce bourbier grâce à l'intervention héroïque de la technologie. Pourtant, certaines vieilles technologies — puissance nucléaire, DDT, chlorofluorocarbures — nous avons démontré que nous n'en savons pas assez sur la façon dont le monde fonctionne pour anticiper et minimiser les conséquences inattendues de nos gestes.

La vérité, c'est que nous sommes le seul facteur et la seule espèce que nous pouvons contrôler sur terre. Nous n'avons plus d'autre choix que de relever le défi de mettre dans la balance nos villes, nos besoins énergétiques, notre agriculture, nos pêcheries, nos mines et ainsi de suite, face à tous les éléments qui soutiennent la vie sur terre. Cette crise peut représenter une occasion si nous la saisissons et continuons à chercher des solutions.

2 octobre 2009

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