Photo: Le sommet sur les changements climatiques de Copenhague: une réunion cruciale

(Crédit : UN Climate Talks via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

L'intérêt que suscite le Sommet sur les changements climatiques à Copenhague, au Danemark, en décembre, prend de l'ampleur. Ils sont nombreux à s'interroger sur le sens de ce sommet.

De quoi s'agit-il? Pourquoi cette réunion revêt-elle autant d'importance? Est-ce vraiment important si elle est couronnée de succès ou si elle se solde par un échec?

Réponse: cette réunion compte beaucoup surtout si le monde tient à s'attaquer au problème du réchauffement de la planète.

Cet enjeu est un enjeu mondial qui exige des solutions mondiales. En effet, l'atmosphère ne s'arrête pas aux frontières fédérales ou provinciales. C'est un patrimoine commun. Les gaz à effet de serre émis dans les provinces canadiennes, s'entremêlent à ceux provenant des autres parties du globe. Ils touchent tout le monde. Bref, une molécule de carbone est une molécule de carbone, peu importe d'où elle vient. Elle a le même impact sur l'environnement, qu'elle soit crachée d'une cheminée de Toronto ou du tuyau d'échappement d'un taxi de Kuala Lumpur, en Indonésie.

Chaque nation doit faire sa part pour lutter contre le réchauffement de la planète. Et chaque nation a besoin d'être rassurée que les autres pays de la communauté internationale prendront également des mesures en ce sens. Dans cet esprit, une entente exécutoire à l'échelle internationale agrémentée de règlements bien définis, s'impose.

Les données scientifiques entourant les changements climatiques évoluent rapidement. Le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat remonte à il y a deux ans. Il reposait sur une recherche vieille de quatre ans. Or, les données scientifiques les plus récentes montrent que les effets des changements climatiques se font sentir beaucoup plus rapidement qu'on ne l'avait d'abord cru : la calotte glaciaire est en train de fondre à un rythme effarant, le niveau des océans augmente plus rapidement que prévu et les catastrophes naturelles liées au climat, sont de plus en plus fréquentes.

Plusieurs institutions de premier rang telles que la U.S. National Academy of Sciences, la U.K. Royal Society et la Société royale du Canada ont déclaré, sur la foi de données scientifiques courantes, que des gestes immédiats s'imposaient pour contrer le réchauffement de la planète.

Nous n'avons pas une seule seconde à perdre. Le moment d'agir, c'est à Copenhague. En fait, le monde a identifié la rencontre de Copenhague comme date butoir pour accoucher d'un nouvel accord international devant succéder au Protocole de Kyoto.

Kyoto a toujours été perçu par les pays industrialisés (dont la croissance alimentée par l'exploitation de combustibles fossiles a d'ailleurs créé ce problème) comme première étape vers la résolution du dilemme du réchauffement de la planète. L'établissement d'un cadre juridique en ce sens, a constitué un pas important, de même que la réduction des émissions nocives.

Or, Copenhague doit représenter plus qu'un autre petit pas parmi d'autres dans cette lutte contre l'intensification des changements climatiques. Comme en témoignent des recherches scientifiques récentes, il faut s'attaquer à ce problème de façon urgente. Il faut donc prendre des pas de géant cette fois pour s'assurer que les gestes posés suivront la même cadence que l'évolution des changements climatiques.

Cette fois, les pays industrialisés devront prendre des engagements exécutoires afin de réduire de façon beaucoup plus radicale leurs émissions polluantes qui contribuent au réchauffement de la planète. Parallèlement, il importe de négocier un accord d'accompagnement au Protocole de Kyoto qui définira, à l'intention de pays en voie de développement importants tels que l'Inde et l'Indonésie, les mesures à prendre pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.

Selon une étude récente commandée par l'ex-secrétaire général de l'Onu et président actuel de la Global Humanitarian Forum, Kofi Annan, quelque 50 p. cent des pays les plus pauvres de la planète produisent ensemble moins de 1 p. cent des émissions de gaz à effet de serre du monde.

Pourtant, ces pays sont démesurément touchés par les changements climatiques. Dans ce contexte, toute entente équitable sur les changements climatiques doit s'accompagner d'une aide des pays industrialisés aux nations les plus pauvres. À cette fin, il faut prévoir des fonds et des technologies propres. Cela permettra ainsi aux nations pauvres de délaisser progressivement les combustibles fossiles et de mieux s'adapter aux effets des changements climatiques.

C'est en 1992, dans le cadre de la Convention de Rio, où on a établi le principe selon lequel les pays riches comme le Canada avaient la responsabilité, (après avoir craché de la pollution dans l'atmosphère pendant le processus d'industrialisation) d'aider les pays moins développés à trouver la prospérité grâce à des moyens propres. Ce principe était enchâssé dans la Convention de Rio. Il s'est retrouvé également dans le Protocole de Kyoto, puis deux ans plus tard dans les négociations à Bali. Or, cette promesse reste lettre morte. Il est temps d'y donner suite.

Cette responsabilité relève des leaders internationaux. Les présidents, premiers ministres et ministres des Finances et de l'Environnement se doivent d'être visionnaires et d'aller au-delà d'échéanciers politiques à court terme pour façonner le monde de demain. Un monde axé sur la sécurité et la prospérité. Un monde où les maisons et les lieux de travail seront alimentés par de l'énergie propre. C'est aux citoyens de ce monde de s'assurer que les leaders internationaux y donneront suite.

30 octobre 2009

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