Les forêts sont un élément important dans la lutte contre les changements climatiques | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les forêts sont un élément important dans la lutte contre les changements climatiques

(Crédit : World Bank Photo Collection via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

En 1992, j'ai participé à un événement qui m'a rempli d'espoir: la signature par le Canada et le reste du monde du traité sur les changements climatiques au sommet de la Terre de l'Onu à Rio de Janeiro.

J'étais optimiste que le monde allait se serrer les coudes pour lutter contre la plus importante menace à notre planète et à notre propre survie: le réchauffement de la planète. Après tout, le monde s'était déjà rallié pour vaincre d'autres menaces telles que le nazisme en Europe et des maladies horribles telles que le polio, maladie qui autrefois frappait de mort des milliers de personnes chaque année ou les laissait estropiées.

Lorsque le Canada a signé le traité de l'Onu de la Convention cadre sur les changements climatiques, les conséquences les plus profondes des changements climatiques ne s'étaient pas encore fait sentir. Dans les reportages, on ne signalait pas la présence d'ours polaires mourant de faim dans l'Arctique. Le dendroctone du pin n'avait toujours pas dévasté les forêts de la Colombie-Britannique et on ne faisait pas encore face à une hausse rapide de maladies infectieuses exacerbées par le réchauffement du climat telles que la maladie de Lyme.

Aujourd'hui, la situation a changé. Les effets des changements climatiques touchent des peuples et des régions de partout au monde, en passant par les forêts tropicales les plus reculées du monde aux parcs urbains où de nombreux enfants jouent. De plus, les scientifiques nous informent que la fonte des glaces dans l'Arctique, s'effectue à un rythme beaucoup plus rapide que tous les modèles informatisés l'avaient prédit.

Bien que la Convention cadre de 1992 n'ait fixé aucune plafond obligatoire pour limiter les émissions de gaz à effet serre et ne contienne aucune disposition exécutoire (c'était le cas dans le protocole de Kyoto et nous l'espérons dans le prochain traité sur les changements climatiques qui lui succédera), elle a établi un but scientifique ambitieux: stabiliser le niveau d'émissions de gaz à effet de serre à un niveau qui fera obstacle aux effets dangereux des changements climatiques.

Les scientifiques s'entendent pour dire que ce but n'est atteignable que si l'on réduit de façon radicale toutes les sources principales d'émissions de gaz à effet de serre qui causent le réchauffement de la planète. Une mise au point s'impose toutefois. Le débat autour de cette question et les plans d'action pour contrer ce problème ont été axés en grande partie sur la nécessité de diminuer les émissions provenant de combustibles fossiles telles que le pétrole, le charbon et le gaz naturel. Or, il ne faut pas oublier que la destruction de nos forêts, de nos zones humides, prairies et terrains tourbiers est responsable de la production d'environ un quart de toutes les autres émissions nocives crachées dans l'atmosphère.

Ce volume est plus considérable que l'ensemble des émissions provenant des voitures, des camions, des bateaux et des avions.

Au Canada et ailleurs dans le monde entier, les forêts sont dégagées à des fins agricoles et d'exploitation pétrolière et gazière. Les forêts sont minées et exploitées de façon dévastatrice. Lorsque le sol forestier est perturbé, que les arbres passent au feu ou sont abattus pour en faire des produits de bois ou de papier, une grande partie du carbone emmagasiné dans leur biomasse est dégagée dans l'atmosphère sous forme de dioxyde de carbone, un gaz qui emprisonne la chaleur. Une certaine partie du carbone peut restée emmagasinée dans des produits forestiers qui ont une plus grande durabilité. On pense ici au bois utilisé pour fabriquer du meuble ou des maisons.

Donc, la destruction des forêts et d'autres écosystèmes n'est pas seulement l'instigatrice de l'extinction de certaines espèces telles que le caribou boréal mais également un facteur contribuant au réchauffement de la planète.

Il faut établir un programme de gestion du carbone pour utiliser judicieusement la forêt et les biens et services qu'elle fournit. De l'avis de certains scientifiques, il faudrait pour mener ce programme de gestion à bien, identifier au moins la moitié de toutes les forêts intactes qui restent pour en faire des régions protégées, et ce, particulièrement dans les forêts regorgeant de carbone telles que les vieilles forêts tropicales tempérées de la Colombie-Britannique et la forêt boréale du nord canadien où la faune sauvage se nourrit, se reproduit et erre. Notons également que la protection de ces forêts intactes favorise une résistance écologique permettant aux espèces et écosystèmes de survivre et de s'adapter aux effets des changements climatiques.

Cela ne veut pas dire que les compagnies d'exploitation forestière devraient avoir le droit de dévaster l'autre 50 p. cent de la forêt. Les forêts qui sont exploitées pour recueillir du bois et faire du papier devraient être exploitées en respectant les normes les plus élevées de la gestion écologique, c'est-à-dire, en évitant la coupe à blanc et en assurant une protection convenable à des espèces sauvages telles que le caribou et aux habitats sensibles tels que les zones humides.

En décembre, les nations du monde se rencontreront lors du sommet de l'Onu sur les changements climatiques à Copenhague afin de négocier un nouvel accord plus rigoureux et équitable que le protocole de Kyoto.

Pour éviter des changements climatiques profonds, les gouvernements, nous disent maints scientifiques, doivent s'entendre sur la réduction draconienne de gaz à effet de serre, y compris, les émissions liées à la destruction de nos forêts, de nos zones humides et d'autres écosystèmes. Nous pouvons atteindre ce but en protégeant les forêts intactes, en assumant la responsabilité des émissions dégagées à la suite des activités d'exploitation, entre autres, et en aidant les pays en voie de développement à réduire leurs activités de déforestation.

Utilisons les forêts pour qu'elles soient renouvelables. C'est mieux pour la nature, le climat et ultimement pour la santé et le bien-être des humains.

23 octobre 2009

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