Les professionnels de la santé se soucient de l'environnement | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les professionnels de la santé se soucient de l'environnement

(Crédit : zpeckler via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Comment peut-il y avoir des gens en santé dans un environnement malsain? C'est bien connu, la pollution et la dégradation de l'environnement peuvent causer une panoplie de problèmes de santé, des maux de ventre bénins aux anomalies congénitales, des cancers aux décès.

Cela met à l'épreuve notre système de soins de santé et finit par coûter cher.

Selon certaines estimations, les effets nocifs liés à l'environnement au Canada, auraient causé plus de 25 000 décès, 194 000 hospitalisations, 1,8 million de cas d'asthme avec activités restreintes et 24 000 nouveaux cancers chaque année, entraînant des coûts allant jusqu'à 9,1 milliards par année. À l'échelle internationale, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que les facteurs de risques liés à l'environnement sont en cause dans 80 pour cent des cas de maladie rapportés et qu'un quart de tous les cas de maladie ou de décès — un tiers pour les enfants — sont directement liés à des causes environnementales.

L'OMS a constaté que le nombre de maladies liées aux facteurs environnementaux est plus élevé dans les pays en voie de développement que dans les pays développés, mais que le taux par personne de certaines maladies non transmissibles, comme les maladies cardiovasculaires et les cancers, est plus élevé dans les pays développés.

Le secteur de la santé, qui contribue à environ 10 pour cent du produit intérieur brut du Canada et qui emploie près de 1,7 million de personnes, engendre une quantité considérable de déchets et de pollution, ainsi qu'une importante consommation d'énergie. Reconnaissant le lien qui existe entre une population en santé et un environnement sain, les plus importantes organisations de professionnels de la santé se sont réunies afin de créer un secteur de la santé écologiquement responsable au Canada.

L'Association médicale canadienne, l'Association des infirmières et infirmiers du Canada, l'Association dentaire canadienne et l'Association des pharmaciens du Canada, pour ne nommer que celles-là, avec l'aide de la Fondation David Suzuki, ont communiqué leur engagement envers la création d'un secteur plus vert et la nécessité de convaincre les gouvernements de tenir compte du lien qui existe entre la santé et l'environnement lors de la prise de décisions politiques.

En plus de se prendre en main et de tenter de convaincre le gouvernement de porter davantage attention à l'environnement, le secteur espère donner l'exemple afin que d'autres emboîtent le pas. En tant que fournisseurs de soins de santé, ils espèrent encourager tous les Canadiens à faire plus attention à l'environnement et du fait même, à leur santé.

Cet exemple de leadership de la part du secteur est pressant et fort bienvenu. Un récent sondage a démontré que les professionnels de la santé font partie des chefs de file auxquels la communauté fait le plus confiance : nous nous fions à nos institutions et établissements de santé. Plusieurs personnes œuvrant dans le secteur des soins de santé adhèrent aussi au principe de « ne pas faire de mal ». Ce qui signifie que les institutions qui se consacrent aux soins de santé ne devraient pas être des consommateurs importants de ressources et ne devraient pas être des sources de dommages environnementaux en raison d'émissions atmosphériques et d'eaux usées, de génération de déchets solides et dangereux, d'émissions de gaz à effet de serre et d'utilisation de produits nocifs. Ainsi, le fait d'être écologiquement responsable comporte une signification symbolique et pratique pour les institutions de soins de santé.

L'écologisation de leurs propres opérations est un bon début pour les institutions de soins de santé, mais les professionnels de la santé ont montré l'exemple en matière d'environnement dans la communauté également. Par exemple, le Ontario College of Family Physicians et la Registered Nurses Association of Ontario ont récemment défendu la loi sur l'emploi de pesticides pour pelouses et jardins et à des fins esthétiques dans la province.

Comme on le remarque souvent en matière de protection de l'environnement, c'est aussi économiquement raisonnable de dépenser en matière d'environnement pour la prévention des maladies et des maux. Dans certains cas, ces mesures sont assez directes. Le fait de retirer le plomb de l'essence a considérablement réduit les incidences de déficiences mentales causées par l'exposition au plomb. Et les autorités américaines ont estimé que les réglementations mises en place en 2005 exigeant que les usines américaines réduisent la pollution atmosphérique entraîneront des économies annuelles de 85 milliards à 100 milliards de dollars américains dans le domaine de la santé d'ici 2015, un montant d'environ 25 fois le coût de leur application.

Certains problèmes sont un peu plus complexes. Le réchauffement planétaire est associé à de nombreux problèmes liés à la santé et à l'environnement, des sources d'eau contaminées aux pénuries alimentaires.

Les organisations qui préconisent l'approche environnementale du secteur de la santé au Canada le reconnaissent et prônent l'utilisation de produits et de techniques de conservation de l'énergie dans les établissements de santé, ainsi que la réduction des déchets grâce à la réutilisation et aux recyclages, et en faisant appel à des fournisseurs de matériel à emballage réduit.

Il y a plusieurs raisons de protéger l'environnement. Comme l'ont compris les professionnels de la santé, la protection de la santé et l'économie sont deux raisons très importantes. Nous pouvons leur emboîter le pas en réduisant notre empreinte néfaste sur la planète. Après tout, un environnement sain, c'est aussi une population en santé et une saine économie.

20 novembre 2009

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