Photo: L'inaction en matière de changements climatiques coûtera très cher

(Crédit : E-Rocks via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Il est intéressant d'observer la réaction à un rapport publié par notre fondation et l'Institut Pembina. Le quotidien Globe and Mail a qualifié notre analyse des coûts de la lutte contre les changements climatiques d'«invendable et de périlleuse».

Mais selon John Ibbitson, du Globe and Mail, «l'Institut Pembina et la Fondation David Suzuki ont eu le courage de dévoiler et de divulguer la vérité. C'est maintenant aux Canadiens de décider ce qu'ils veulent faire.»

Oui, c'est aux Canadiens de décider ce qu'ils veulent faire. Allons-nous boucher les oreilles et les yeux et faire comme si de rien n'était, alors que la terre souffre des dommages que nous lui infligeons? Laisserons-nous à nos enfants et nos petits-enfants un monde misérable? Ou déciderons-nous de relever ce défi, comme nous l'avons fait pour d'autres importantes menaces auxquelles la planète a été confrontée?

Gardons en tête que si le rapport Climate Leadership, Economic Prosperity stipules que la réduction des impacts des changements climatiques entraînera certaines dépenses, il conclut également que notre économie demeurera prospère. En fait, d'après l'analyse menée par M.K. Jaccard & Associates, le produit intérieur brut (PIB) du Canada continuera à croître même si nous adoptons les mesures plus strictes que réclament les organismes environnementaux, plutôt que les faibles mesures proposées par le gouvernement fédéral.

Les commentaires venant des médias et des citoyens ayant interagi sur les sites des médias démontrent que beaucoup de gens sont prêts à prendre un virage plus radical pour le bien de la collectivité, de nos enfants et de nos petits-enfants.

Soyons clairs. La résolution d'un problème mondial comme celui des changements climatiques entraînera des coûts. Mais l'inaction coûtera encore plus cher. La survie des populations, sans oublier celles de nombreuses autres plantes et animaux avec lesquels nous partageons cette planète, est éventuellement en jeu.

D'après les estimations de l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Lord Stern, le fait de garder les émissions de gaz à effet de serre au-dessous des niveaux pouvant causer des changements climatiques catastrophiques coûterait plus de 2% du PIB mondial, mais l'inaction coûterait de cinq à 20% du PIB mondial.

Et ce ne sont là que des chiffres. En réalité, l'emballement des changements climatiques pourrait avoir des impacts dévastateurs sur nos réserves d'eau et de nourriture, susciter des vagues de réfugiés tentant de fuir les régions rendues inhabitables par la sécheresse ou les îles englouties par les eaux, faire des ravages aux océans de la planète et entraîner l'extinction massive de plantes et d'animaux. Une partie de ce scénario est d'ailleurs déjà en train de se réaliser.

Il faut songer à ce que deviendront nos économies si nous continuons à les alimenter avec des ressources non renouvelables comme le pétrole et le charbon, alors que le reste du monde a pris le virage des énergies renouvelables. La demande pour les carburants fossiles se tarira à mesure que les réserves s'épuiseront. Où cela nous conduira-t-il?

Il y a pourtant encore des gens qui disent que le fait d'agir nous mettra dans une position intenable, ou que cela serait périlleux ou créerait de inégalités sociales. Sommes-nous à ce point égoïstes? Heureusement, ce n'est pas le cas pour tout le monde. C'est encourageant de voir tant de personnes, surtout des jeunes, descendre dans la rue et manifester devant le Parlement, écrire aux députés et aux premiers ministres, et adhérer à des campagnes visant à inciter les gouvernements à faire partie de la solution en matière de changements climatiques.

Des millions de gens ont participé récemment à plus de 5000 événements qui se sont déroulés dans 180 pays, à l'occasion de la Journée internationale des changements climatiques. Leur message était clair et percutant : nous nous attendons à ce que nos dirigeants politiques agissent pour le bénéfice et la sécurité de la population mondiale lors de la rencontre de Copenhague en décembre, et concluront un accord sur les changements climatiques visant à poursuivre et à renforcer le Protocole de Kyoto.

Ce que ces gens réalisent, c'est que le prix à payer pour lutter contre les changements climatiques constitue un bon investissement dans un avenir sain et prospère. Certaines de ces dépenses incluent notamment des investissements dans le transport en commun et l'énergie renouvelable, dans les programmes de réduction des gaz à effet de serre dans d'autres régions du monde, et dans l'aide aux populations qui assumeront des coûts de transport et de chauffage plus élevés durant la période de transition.

Le Globe and Mail et d'autres journaux peuvent bien penser que tout ceci est «invendable et dangereux», mais c'est seulement dangereux pour ceux qui persistent à axer leur avenir sur la pollution et les ressources non renouvelables. C'est seulement invendable pour ceux qui ne se préoccupent pas de l'avenir. Nous ne pouvons pas demeurer inactifs. Nous ne pouvons pas laisser nos dirigeants nous laisser tomber. Nous devons continuer à leur dire que nous nous attendons à ce qu'ils travaillent dans notre intérêt à Copenhague.

6 novembre 2009

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