Protéger la nature dans nos quartiers peut être rentable | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Protéger la nature dans nos quartiers peut être rentable

(Crédit: Payton Chung via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

L'hiver dernier, alors que le ministère des Finances du Canada s'apprêtait à dépenser des milliards de dollars afin de stimuler l'économie et éviter un krach économique mondial, la Fondation David Suzuki a donné ses suggestions sur la manière d'investir cet argent.

Nous avons recommandé d'accroître et de prolonger le financement des transports en commun, de subventionner l'énergie renouvelable de même que la recherche et le développement pour rendre l'industrie automobile canadienne plus verte. Nous avons également suggéré au gouvernement d'examiner plus attentivement les avantages économiques liés à la protection de nos écosystèmes terrestres et marins et à nos ressources d'eau douce.

Selon nous, le gouvernement réalise des économies de coûts en s'occupant de la protection de la nature. Pour très peu de frais ou même aucun coût, les milieux naturels fournissent plusieurs avantages écologiques directs qui assurent la santé et le bien-être de nos communautés. Parmi les services qu'ils nous rendent, on compte l'air frais, l'eau pure, un habitat pour les animaux et une barrière contre les inondations. Il est particulièrement coûteux de restaurer toutes ces ressources si on les dégrade ou on les détruit à cause d'une mauvaise gestion, à supposer qu'on puisse même les restaurer en premier lieu!

Cela fait belle lurette qu'on reconnaît les avantages économiques liés à la protection de la nature. Plusieurs politiques gouvernementales ont été mises en place par les leaders non parce qu'ils voulaient protéger l'environnement, mais plutôt parce qu'ils cherchaient un moyen d'économiser des sous. Par exemple, au début des années 1990, la ville de New York a choisi de protéger son bassin d'eau potable grâce à l'achat de terres, au contrôle de la pollution et à des droits de conservation, plutôt que de construire de nouvelles infrastructures de purification d'eau. Ce faisant, la ville s'est évité des milliards de dollars en travaux d'ingénierie.

L'approvisionnement en eau potable à un coût abordable est un défi que doivent relever beaucoup de villes canadiennes, étant donné qu'elles sont rares à tirer leur eau d'un bassin naturel. Des villes comme Toronto et Montréal sont dépendantes d'onéreux systèmes de traitement des eaux. L'eau qu'elles puisent des écosystèmes est déjà dégradée ou teintée de pollution provenant des activités agricoles et industrielles ou du ruissellement urbain. À l'opposé, Vancouver puise son eau potable de bassins protégés dans les montagnes du North Shore. Les forêts d'arbres matures filtrent, emmagasinent et règlent l'eau potable de Vancouver sans aucun débours des contribuables. Les services naturels qu'elles procurent sont complétés par des solutions d'ingénierie comme la filtration de l'eau.

Des études suggèrent qu'il existe d'importants incitatifs fiscaux afin de protéger et faire grandir la couverture forestière en milieu urbain qui est menacée par la pression du développement industriel. Une étude conjointe menée par les autorités municipale, provinciale et fédérale de la Colombie-Britannique estime que Vancouver et les villes environnantes pourraient économiser environ 1,1 million de dollars chaque année en coûts d'infrastructures d'eau pluviale si on augmentait la couverture forestière urbaine de façon significative.

Les avantages économiques de la protection de la nature ont également été soulignés dans un rapport des Nations Unies. Selon le rapport novateur, la protection des écosystèmes naturels et de la biodiversité équivaut à des billions de dollars en bénéfices économiques annuels à l'échelle mondiale. L'auteur principal du rapport, Pavan Sukhdev, a déclaré aux médias que la protection des écosystèmes représente un retour sur investissement de 25 à 100% grâce aux services naturels qui s'en dégagent.

Ce type de recherche est important, car les décideurs ignorent souvent les véritables coûts économiques occasionnés par la dégradation de l'environnement et des services écologiques qui y sont liés. Par exemple, en 1973, la Colombie-Britannique a désigné certaines terres agricoles de la province comme étant une «réserve de terres agricoles» (RTA) où l'utilisation de terrains à des fins non agricoles serait strictement contrôlée. Aujourd'hui, cette portion de terres agricoles, de champs, de forêts et de différents écosystèmes s'étend sur plus de 60 000 hectares dans la région avoisinant Vancouver.

Mais la RTA a constamment été attaquée par le développement, et ce, au vu et au su du gouvernement, malgré le fait que ces riches terres agricoles ont beaucoup plus à offrir à la société que du brocoli ou des bleuets. Les terres ensemencées de la RTA retirent et emmagasinent des millions de tonnes de CO2 atmosphérique, jouant par la même occasion un rôle de «barrière» contre la pollution carbonique.

Les milieux de la RTA sont également prisés pour leurs possibilités récréatives, telles que les activités de plein air. De plus, les terres agricoles constituent d'importants habitats pour la faune, plus particulièrement pour les oiseaux migrateurs. Malgré cela, les gouvernements qui se sont succédé dans les dernières années ont autorisé le retrait de plus de 6 000 hectares de terres de la RTA pour du développement dans la région de Vancouver. En retour, un misérable 277 hectares a été ajouté. Un rapport de la Fondation Suzuki a découvert qu'une grande portion de terrains RTA a aussi disparu dans d'autres régions agricoles de la Colombie-Britannique.

Il est temps que les gens reconnaissent la véritable valeur de nos forêts, de nos terres et de nos écosystèmes, naturels ou gérés, au-delà des simples ressources qu'on en tire.

27 novembre 2009

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