Toute vie dépend de la mer | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Toute vie dépend de la mer

(Crédit: Paula Reedyk via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

On dit souvent que nous en savons autant sur Mars et sur la Lune que sur nos océans. En prenant en considération que 71% de la terre est formée par les océans, cela devrait nous inquiéter.

Nous devrions au moins en faire plus pour protéger nos océans contre les effets négatifs de l'activité humaine, même si nous ne saisissons pas complètement ce qui se passe dans les profondeurs de la mer.

L'autre chose que nous savons, c'est que les océans changent — et que ces changements ne sont pas positifs. Pendant des siècles, nous avons cru que nos océans étaient stables. Mais les courants océaniques, les remontées d'eau, les niveaux d'oxygène, l'acidité et la température se modifient de façon inégalée jusqu'à présent. Les présupposés que nous entretenions à propos des mers ne sont donc plus valables.

Nous avions toujours cru que les océans nous fourniraient indéfiniment de la nourriture en abondance. Nous comptons sur les mers pour nous transporter, nous récréer et nous procurer de nombreuses ressources. Et les océans nous fournissent près de la moitié de l'oxygène que nous respirons.

La disparition des stocks de morue des provinces maritimes canadiennes était seulement l'un des nombreux avertissements dont nous aurions dû tenir compte. Plusieurs stocks de saumon de la côte Ouest du pays ont aussi disparu et de nombreux autres reviennent en nombre inférieur. Même la survie du plancton, l'élément qui est à la base de la chaîne alimentaire maritime, est menacée.

Certains dangers auxquels font face nos océans sont plus faciles à déterminer que d'autres. Les masses tourbillonnantes de plastique dans les océans — on estime que la taille de celle du Pacifique nord est plus volumineuse que le Québec tout entier — sont les produits indéniables de notre société de consommation. Des «zones mortes» se révèlent dans tous les océans de la planète. Ce sont des régions où les océans manquent d'oxygène en raison des surplus d'azote provenant des rejets agricoles.

De nombreux stocks de poisson diminuent, en partie à cause de notre appétit pour les produits de la mer. Ceci entraîne la multiplication des développements en aquaculture — mais la plupart des pratiques dans le secteur de la pisciculture mettent encore plus de pression sur les mers et les poissons à l'état sauvage.

En plus des nombreuses menaces directes à la santé de nos océans, nous devons également composer avec les changements climatiques. Nous savons que le réchauffement climatique accroît l'acidité des océans. C'est une tendance préoccupante.

Quant à notre atmosphère, nos excès de carbone entraînent de dangereux effets. Le dioxyde de carbone est nécessaire à la photosynthèse, qui permet aux plantes de pousser et de se développer. Mais lorsque nous brûlons des carburants fossiles et faisons des coupes à blanc forestières, nous rejetons un excès de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, perturbant l'équilibre. Cela produit autour de la terre une couche qui retient la chaleur et contribue au réchauffement global.

Comme les océans absorbent le dioxyde de carbone, cela libère en partie l'atmosphère. Mais si les océans aident à ralentir le rythme du réchauffement global, eux aussi absorbent trop de dioxyde de carbone, ce qui perturbe l'équilibre du pH. Cette acidité croissante fait en sorte que le carbonate de calcium se dissout, affectant des formes de vie telles les coraux, les crustacés, et plusieurs espèces de plancton dont la structure dépend de l'apport en calcium.

La science confirme que nos anciennes croyances ne sont plus valides, et nous nous retrouvons dans une situation de risque croissant. Résultat : nous devons envisager nos océans avec un regard neuf. Nous ne pouvons continuer d'exploiter la mer sur la base de fausses hypothèses. Nous devons en savoir davantage sur ce qui s'y passe réellement. Ceci sous-entend qu'il faut investir dans la recherche scientifique pour expliquer les interactions entre les conditions changeantes des océans et les espèces dont la survie dépend des mers.

Nous devons développer de nouvelles stratégies pour gérer nos océans en raison des incertitudes et des risques élevés auxquels fait face la vie marine. Une initiative de planification marine globale, qui tiennent compte des nouvelles approches scientifiques en évolution et des preuves de ce qui se déroule actuellement dans les écosystèmes marins, constituerait un pas dans la bonne direction.

Ce processus doit être basé sur une approche prudente qui reconnaisse les incertitudes croissantes et le fait que nos océans vont continuer à se modifier, vu que le réchauffement global et les autres facteurs induits par l'activité humaine continueront à les affecter.

Nous ne pouvons pas compter seulement sur les gouvernements pour protéger la santé de nos océans. L'industrie, les organisations non gouvernementales, les Premières nations, les communautés côtières et tous les paliers gouvernementaux doivent se concerter pour planifier et surveiller les efforts de conservation basés sur la science et le savoir des communautés locales.

Après tout, l'une des choses que nous avons apprise sur Mars et sur la lune, c'est que nous ne pouvons pas déménager là-bas si nous détruisons notre belle et généreuse planète — en partie parce que ces endroits n'ont pas d'océans. Le fait de négliger la santé de nos océans, où toute vie connue a débuté, est un risque que nous ne pouvons nous permettre de prendre.

Liens:

Plaque de déchets du Pacifique Nord:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Plaque_de_déchets_du_Pacifique_nord
Greenpeace en françaisen anglais

Zones mortes (en anglais seulement)

Une nouvelle façon de gérer nos océans (en anglais seulement)

Planification maritime

13 novembre 2009

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