Photo: Le Canada doit se retrousser les manches pour faire face aux changements climatiques

(Crédit : pembina.institute via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Ceux qui refusent de croire que l'humain est responsable du réchauffement planétaire tremblent à la lecture des courriels dérobés au Groupe des recherches sur le climat d'East Anglia.

Pâles de désespoir, ils clament que ces courriels sont une conspiration des scientifiques et des politiciens du monde pour... bon, difficile de comprendre de quel genre de conspiration il s'agit. Une lettre envoyée à un journal de Vancouver il y a un certain temps démontre bien leur façon de penser. L'auteur affirme que les gens qui tentent de trouver une façon de remédier aux changements climatiques «sont des idéologistes zélés qui répondent à un ordre du jour socialiste et quasi religieux pour commander et contrôler l'économie occidentale».

Ce serait presque drôle si ce genre de pensée ne reflétait pas celle de tant de gens — même de certaines personnes influentes de gouvernements et d'industries — et si la situation n'était pas si critique.

Malheureusement pour les renieurs et pour nous tous, les courriels ne font pas du tout état de supercherie ou de conspiration en ce qui a trait aux changements climatiques. Ils ne diminuent en rien les décennies de preuves scientifiques démontrant que la Terre ne fait pas que se réchauffer à cause de l'émission des combustibles fossiles, mais que la situation est pire que ce que l'on croyait. Récemment, 26 scientifiques d'Allemagne, de France, de Suisse, d'Autriche, du Canada, des États-Unis et d'Australie, ont émis un rapport démontrant que les effets du réchauffement climatique se font sentir plus rapidement et à plus grande échelle que ce que démontraient les autres rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat des Nations Unies.

Le rapport intitulé The Copenhagen Diagnosis résume les dernières recherches du monde entier démontrant que la glace de l'Océan Arctique fond plus rapidement que ce que l'on croyait, que le Groenland et l'Antarctique perdent plus de glace que prévu, et que le niveau de la mer monte plus rapidement que ce que l'on anticipait. Les scientifiques concluent donc que la Terre pourrait atteindre plusieurs points de non-retour si la quantité d'émissions atmosphériques reste la même.

Le rapport détruit également le mythe du «refroidissement global» qui a été «institué par des groupes de lobbyistes et repris par certains médias». Les auteurs concluent que «la période de 11 ans tirée au hasard et s'échelonnant du réchauffement de 1998 au refroidissement de 2008 démontre également une tendance au réchauffement de 0,11°C par décennie.»

C'est stupéfiant de voir que ceux qui nient le fait que les changements climatiques existent ou qu'ils sont causés par l'humain, soit par intérêt personnel ou par ignorance, sont prêts à voir une grande conspiration dans une poignée de courriels volés, mais qu'ils refusent de voir la preuve indéniable des changements climatiques de par le monde.

Malgré les preuves scientifiques accablantes, les dirigeants de la planète se traînent les pieds jusqu'au sommet de Copenhague. Comme le fait remarquer le scientifique spécialiste du climat, Andrew Weaver, en ce qui concerne l'entente qui doit être conclue à Copenhague, les dirigeants affirment essentiellement qu'ils ne croient pas devoir quoi que ce soit à nos enfants et petits-enfants.

Malheureusement, le Canada n'a pas une bonne réputation en ce qui a trait aux négociations internationales et aux solutions par rapport aux changements climatiques. Notre gouvernement croit que l'économie a préséance sur l'environnement. Cela manque de perspicacité de croire que l'économie peut être saine sur une planète en chute libre. Et c'est absurde de mettre nos espoirs économiques dans l'extraction de quantités limitées de combustibles fossiles dans un monde qui choisit de plus en plus de miser sur des énergies plus propres.

Notre premier ministre ne prévoyait pas assister au sommet de Copenhague jusqu'à ce que le président américain Barack Obama annonce qu'il y serait. Les citoyens canadiens peuvent s'attribuer un peu le mérite de la volte-face du premier ministre. Il a affirmé avoir remis sa décision en question en partie à cause du sondage d'Angus Reid qui indique que la plupart des Canadiens voulaient qu'il y participe.

Outre le sondage, des milliers de Canadiens ont indiqué au gouvernement qu'il fallait arriver à une entente juste, ambitieuse et irrévocable. Et 3 000 scientifiques ont récemment envoyé une lettre ouverte pressant le gouvernement «de négocier une entente qui répondra incessamment et rapidement aux changements climatiques».

L'un des messages les plus forts est celui d'une coalition de représentants du tiers-monde, le secrétaire général du Commonwealth Kamalesh Sharma, l'ancienne secrétaire d'État britannique au développement national Clare Short, le scientifique Saleemul Huq, et des groupes britanniques de développement et de défense de l'environnement. Ces représentants affirment que le Canada devrait être suspendu du Commonwealth, puisqu'il ignore les effets des changements climatiques sur les pays les plus pauvres du monde.

À Copenhague, nos dirigeants ont une occasion historique de se positionner face à la crise la plus sérieuse à laquelle fait face l'humanité. En tant que citoyens, nous avons la responsabilité de leur laisser savoir que nous nous attendons à ce qu'ils agissent.

4 décembre 2009

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