L'océan, bien plus que du poisson! | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: L'océan, bien plus que du poisson!

Baleine noire du Pacifique. (Crédit: Laurie Murison)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Pour plusieurs, les océans représentent une grande étendue d'eau bleue. Pour certains, c'est une source de beauté et de plaisir.

Et pour des millions de gens des quatre coins du globe, ils sont une source de nourriture et d'emploi dans le domaine de la pêche ou de la pisciculture. Mais ils sont aussi source de vie de notre planète. Et en matière de réchauffement climatique, les océans peuvent être notre planche de salut.

Les étendues d'eau sont bien plus qu'une source de nourriture, d'emploi et de plaisir. Elles absorbent également une bonne partie du surplus de carbone que nous pompons dans l'atmosphère depuis l'industrialisation.

Les océans de la planète ont déjà absorbé un important pourcentage de carbone qui contribuerait au réchauffement climatique s'il était libéré dans l'atmosphère, selon le rapport Blue Carbon: the Role of Healthy Oceans in Binding Carbon, du Programme des Nations unies pour l'environnement, de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture et de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'UNESCO.

Patricio Bernal, de la COI, affirme que «l'océan nous a déjà épargné certains changements climatiques dangereux». Il ajoute cependant que «chaque jour, nous déversons essentiellement 25 millions de tonnes de carbone dans l'océan. Par conséquent, l'océan est de plus en plus acide, ce qui est une menace pour certains organismes calcaires». (Parmi ces organismes, on retrouve les coraux, les palourdes, les crevettes, et plusieurs formes de plancton.)

Le rapport démontre que la protection et la restauration d'écosystèmes marins comme les estuaires et les zones de mangroves pourraient contribuer à neutraliser jusqu'à sept pour cent des émissions de combustibles fossiles actuelles à moindre coût que les technologies utilisées pour recueillir le carbone et le stocker dans des centrales. En matière de réchauffement planétaire, cela signifie qu'en protégeant et en restaurant tout simplement ces écosystèmes, nous pourrions réduire de dix pour cent les émissions et ainsi empêcher le climat de se réchauffer de 2ºC. Ces actions auraient également de nombreux autres avantages pour la faune aquatique et l'industrie de la pêche.

Les dommages que nous faisons subir aux écosystèmes des océans ont de nombreuses conséquences sur le réchauffement planétaire. La glace du pôle Nord et du pôle Sud a permis aux températures des océans de demeurer relativement stables pendant des millénaires. Aujourd'hui, nos océans absorbent tellement d'énergie supplémentaire que la glace fond et les océans se réchauffent sans cesse. Si la glace polaire disparaît, le réchauffement continuera de croître parce que l'effet albédo, la réflexion de la lumière du soleil sur des surfaces claires comme les nuages et la glace, diminuera. Nous ne pouvons qu'imaginer l'effet que cela aura sur les écosystèmes marins et tous les organismes vivants de la planète, mais nous constatons déjà certains changements en matière de distribution et d'abondance des espèces dans les océans du monde.

Le rapport Blue Carbon indique que parmi tous les organismes vivants pouvant absorber le carbone, ceux qui vivent dans l'océan en captent plus de 55 pour cent. Les zones humides côtières, les marécages, les zones de mangroves et les estuaires jouent un rôle important dans l'absorption du carbone de l'atmosphère. D'autres organismes vivants en haute mer assimilent le carbone dans leur nourriture, qui se retrouve ensuite dans les sédiments de l'océan lorsque les organismes meurent et qu'ils coulent dans le fond de l'océan. Ce carbone est stocké pendant des millénaires.

Si l'on protège davantage ces riches écosystèmes de l'océan, nous aiderons à maîtriser les changements climatiques résultant d'un excès de carbone dans l'atmosphère et aiderons à restaurer la capacité de ces aires afin de soutenir la vie marine, notamment les poissons. Puisque plus de 3 milliards de personnes dépendent du poisson comme source de protéines, nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer l'avenir des produits de la pêche en abondance.

Le Canada peut jouer un rôle important en la matière. Sa juridiction se doit de protéger les honorables écosystèmes de l'océan et nous devons être un principal défenseur en la matière afin de définir des objectifs de conservation et de gestion des ressources marines de la planète.

Le Canada a énormément de potentiel pour que nous puissions mettre la main à la pâte. Les estuaires côtiers et les herbiers de la côte ouest du Canada ainsi que le grand delta du fleuve Mackenzie ne sont que deux endroits parmi tant d'autres où notre gouvernement a beaucoup à faire pour la protection et le rétablissement de ces environnements.

La nécessité de conserver nos océans est indéniable. Les bénéfices sont de plus en plus évidents et l'occasion s'offre à nous. Nous avons seulement besoin que nos gouvernements reconnaissent les dernières recherches du rapport Blue Carbon, et qu'ils investissent sérieusement dans les stratégies qui nous mèneront sur une voie durable.

Liens:

Rapport de carbone bleu (en anglais seulement)

Communiqué de la COI sur le carbone bleu (citations de Bernal, en anglais seulement)

Fonte des glaces et océans qui se réchauffent (rapport de Copenhague, en anglais seulement)

Gestion des ressources marines de la planète (en anglais seulement)

Besoin de conservation

11 décembre 2009

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