Photo: Avatar: un excellent divertissement avec un message vert en prime

Par David Suzuki avec Faisal Moola

S'il y a une chose que j'aime faire pendant les vacances de Noël, c'est d'avoir le temps d'aller au cinéma. Depuis plus de 40 ans, j'œuvre dans le milieu de la télévision afin d'éduquer les gens sur la science et le monde qui les entoure.

Mais les gens regardent la télévision de façon discontinue; souvent, ils sont interrompus par les enfants qui ont besoin d'aide pour leurs devoirs, ils doivent sortir le chien, ou encore chercher une bière dans le frigo ou aller à la salle de bains. Notre attention est facilement déviée, ce qui fait que nous ne nous souvenons pas vraiment des faits montrés dans The Nature of Things ou encore dans Grey's Anatomy.

Les gens qui vont au cinéma constituent un public différent des téléspectateurs. Déjà, les gens doivent faire un effort et se déplacer pour se rendre au cinéma. Ensuite, ils doivent payer pour avoir le droit de visionner, et une fois que le film est commencé, ils y consacrent leur entière attention. Il n'y a aucune pause publicitaire. L'influence d'un film est donc beaucoup plus importante que celle de d'une émission de télévision.

Il y a quelques années, je campais au Serengeti avec ma famille lorsque j'ai eu la surprise de rencontrer trios Américains d'origine chinoise qui, d'après leur accoutrement, n'étaient visiblement pas des campeurs aguerris. Je leur ai demandé ce qui les avait poussés à venir aussi loin pour faire l'expérience de la vie sauvage. Leur réponse m'a abasourdi: «C'est à cause du film The Lion King».

Donc même un dessin animé peut avoir une forte influence sur les gens, au point de motiver de purs citadins à partir à la grande aventure. Pour moi, Dances with Wolves a été une expérience transcendante, puisqu'il présentait les peuples autochtones nord-américains et leurs coutumes d'une façon qui était à mille lieux des clichés hollywoodiens habituels.

Ce qui m'amène à parler du dernier film à succès, Avatar, de James Cameron. Il a été rapporté que M. Cameron avait envie de faire un film sur l'environnement depuis l'âge de 14 ans. Je ne sais pas si cette histoire est apocryphe ou non, mais je suis d'avis qu'il a réalisé un film formidable.

Bien sûr, les effets en 3D sont saisissants et de toute beauté, mais ce qui est le mieux réussi est que M. Cameron a créé un monde qui nous est instantanément attirant et crédible, comme c'est le cas dans tout bon conte de fées. Las habitants indigènes de Pandora sont identifiés comme des extra-terrestres, mais nous ressemblent assez pour que nous puissions quand même nous identifier à eux.

Tous les problèmes rencontrés dans ce monde sont les mêmes que ceux qui ont surgi sur la Terre lorsque les Européens ont rencontré pour la première fois les peuples indigènes des Amériques, d'Afrique et d'Australie. Les envahisseurs perçoivent les natifs comme des ignorant, des gens superstitieux et sans culture, bref comme des êtres de moindre valeur. Lorsque les Terriens apprennent qu'un arbre immense et sacré tient lieu de royaume pour les Na'vi, le peuple natif, et qu'il repose sur une ressource inestimable, rien ne pourra les empêcher de l'exploiter.

Le film est exagéré, comme la plupart des contes de fées, avec son conflit entre les bons (les Na'vi et quelques Terriens) et les méchants (le reste des Terriens), mais on a droit à des moments franchement exaltants lorsque les bons se battent contre les reptiles volants (je ne sais pas ce que je donnerais pour en avoir un), les chevaux à six pattes, et une horde d'autres bêtes féroces. Je ne vous dévoilerai pas la fin du film, mais je peux vous dire que je suis ressorti du cinéma très satisfait.

Les critiques de droite aux États-Unis et au Canada ont sévèrement condamné Avatar. Selon eux, ce film est antiaméricain, dépeint les soldats et les entreprises de façon négative, est antichrétien, promeut le paganisme, etc. Un des commentaires les plus divertissants provenait d'une personne qui avait écrit une lettre au Calgary Herald, soutenant que «ce film fera la perte de nos enfants, qui se transformeront tous en un esprit-ruche au service de l'environnementalisme radical, en des marionnettes pour leur maître, David Suzuki.»

Certaines personnes confondent vraiment la fiction avec la réalité!

Un site américain de critiques de films «pour la famille» a dit qu'Avatar «a une vision du monde obscène, nouvel-âgeuse, païenne, anticapitaliste, qui promeut le culte d'une déesse et la destruction de la race humaine.»

Évidemment, cette colère se veut une réaction à l'analogie claire des Na'vi avec les peuples autochtones d'Amérique du Nord, à la façon dont ils ont été exploités et à l'ignorance de leurs oppresseurs quant à leur connexion profonde avec la nature.

Avatar véhicule un excellent message écologique, mais il reste avant tout un excellent divertissement. Je vous conseille fortement d'aller le voir, si ce n'est pas déjà fait. De mon côté, je n'hésiterai pas à le revoir, encore et encore!

15 janvier 2010

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