Imaginer un 21e siècle plus brillant | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Imaginer un 21e siècle plus brillant

La planète Terre vue de l'espace par les astronautes de la NASA en 1972. (Restored by IronRodArt via Flickr).

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Au cours de notre bref passage sur Terre, nous, les humains, avons réussi à émerger d'un monde chaotique, à y imposer un ordre et du sens de milliers de façons, en l'imaginant et en le façonnant à notre goût. Alors que nous entrons dans la deuxième décennie du 21e siècle, saurons-nous être assez imaginatifs pour créer un monde meilleur?

Notre défi est d'imaginer un monde où la richesse se mesure en termes de relations humaines et où nous arrivons à vivre en équilibre avec l'environnement. En imaginant l'avenir, nous pouvons y donner forme — comme nous l'avons toujours fait.

Toutefois, si nous continuons à établir des barrières humaines et à placer l'économie en tête de liste de nos priorités, nous n'arriverons jamais à maîtriser l'effet destructeur de nos activités et institutions.

Pour imaginer un monde meilleur, nous devons être ouverts à l'idée de changement. Au cours de notre bref passage sur cette Terre, ce sont les visionnaires qui ont réussi à renverser les façons de faire et de penser qui étaient dépassées, et ce, malgré la grande résistance qu'ils ont souvent rencontrée. Il n'y a pas si longtemps, les habitants de pays comme les États-Unis croyaient que l'esclavage était une nécessité économique et qu'en l'abolissant, on détruirait l'économie ainsi que le mode de vie des citoyens «libres».

Lorsque nous devons agir dans notre propre intérêt, nous sommes capables de faire preuve de sacrifice et de diligence. Il n'y a qu'à voir avec quelle rapidité les Américains ont pu mettre au point leur programme spatial après le lancement de Spoutnik I par les Russes en 1957. En canalisant toute l'énergie, les idées et les ressources de plusieurs personnes, les États-Unis ont non seulement permis à l'homme de marcher sur la lune, mais ont donné lieu à de brillantes innovations comme les chaînes de nouvelles en continu, les téléphones cellulaires et la navigation par GPS.

Sur le plan environnemental, les leaders mondiaux se sont donné rendez-vous à Montréal en 1987 afin de contrer les effets des humains sur la couche d'ozone par les CFC (chlorofluorocarbones). Le traité international signé à cette occasion prévoyait des sanctions sur les importations et des incitatifs pour convaincre les pays de réduire l'utilisation de produits chimiques qui contribuaient à détériorer la couche d'ozone. Cette entente accordait un délai plus grand aux pays émergents pour leur réduction de CFC parce que les pays industrialisés étaient les plus grands responsables du problème.

Il est très important de penser globalement, d'imaginer un avenir qui offre le plus grand bien au plus grand nombre de personnes et à toutes les formes de vie de cette planète. De toute évidence, la réduction de la pauvreté, des conflits et de la violation des droits humains est de la plus haute importance. Les problèmes environnementaux viennent exacerber ces problèmes et il faut donc les régler. Une partie du problème vient du fait qu'une grande partie de nos leaders sont toujours convaincus que la croissance économique sans relâche est essentielle.

Voici, pour exemple, ce que le premier ministre Stephen Harper a déclaré dans un discours à l'Assemblée nationale de la Corée du Sud à la fin 2009: «Sans la richesse issue de la croissance, les menaces environnementales, les défis liés au développement, ainsi que les problèmes de paix et de sécurité auxquels doit faire face le monde seront beaucoup plus difficiles à résoudre.»

Mais avec la croissance continue, il y a une diminution des ressources et une compétition accrue pour en disposer, de même qu'une augmentation des déchets. En d'autres mots, on a affaire à une augmentation des menaces environnementales, des défis liés au développement, ainsi que des problèmes de paix et de sécurité.

La croissance continue est tout simplement impossible dans un monde limité aux ressources limitées. L'intérêt qu'on porte à la croissance économique continue mène également à des anomalies bizarres. La guerre et les catastrophes naturelles, par exemple, peuvent aider la croissance économique par la création d'emplois et l'utilisation de ressources.

Si on réussit à réfléchir en sortant de ces ornières artificielles créées par les humains (des ornières créées au milieu du 20e siècle, je le rappelle), il est possible d'imaginer un mode de vie durable, comme l'a fait l'économiste Peter Victor de York University dans son excellent ouvrage Managing Without Growth: Slower by Design, Not Disaster. Comme le souligne M. Victor, on ne peut pas changer du jour au lendemain, mais en imaginant un avenir où les humains vivent en respectant les ressources terrestres pour subvenir à leurs besoins. Il est encore temps pour nous d'emprunter la bonne voie.

Une fois que nous aurons imaginé ce meilleur avenir, nous pourrons sérieusement envisager à relever les défis que nous avons créés avec nos conceptions dépassées. Des problèmes comme les changements climatiques, l'extinction massive d'espèces de plantes et d'animaux, le déversement de polluants et de produits toxiques dans l'environnement et les pénuries d'eau exigent des solutions scientifiques et politiques — sans oublier les efforts et le soutien constant des citoyens de partout dans le monde.

Nous sommes déjà bien engagés dans le 21e siècle. Il est grand temps de commencer à penser et à agir comme des citoyens responsables du 21e siècle. Et il est plus que temps d'imaginer ce que nous pouvons devenir réellement.

8 janvier 2010

Pour en savoir plus