À la conquête de la médaille écolympique | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: À la conquête de la médaille écolympique

(Crédit: Jenny Lee Silver)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Beaucoup de gens m'ont demandé si les Jeux olympiques 2010 de Vancouver seront les jeux les plus verts qu'on ait connus. La réponse pourrait bien être oui... si on fait référence à l'abondance de verdure et à l'absence de neige dues à la température élevée qu'on expérimente en ce début de printemps très, très hâtif.

En termes d'impact environnemental, tous les Jeux olympiques laissent une très grande empreinte écologique. Des milliers de personnes des quatre coins du monde se rendent à Vancouver en avion, sans compter toutes les infrastructures de transport locales qui doivent être créées. Cela se traduit inévitablement par une énorme quantité de CO2 relâchée dans l'atmosphère.

Ce qui n'est pas si évident, c'est qu'en plus du sport, le mouvement olympique a deux autres « piliers » officiels : la culture et l'environnement. Les habitants de Vancouver ont constaté l'importance du pilier culturel, avec la gamme d'événements des Olympiades culturelles en spectacles de musique, pièces de théâtre et autres.

Les organisateurs de Vancouver 2010 ont également essayé de réduire l'impact environnemental des Jeux. Par exemple, les sites et les infrastructures ont été réalisés grâce à des technologies éconergétiques, des sources d'énergie vertes seront utilisées pour plusieurs volets des Jeux et, enfin, la compensation en fixation de carbone équilibrera la grande quantité de CO2 émis durant les deux semaines de compétition. Ces initiatives, et d'autres encore, contribueront à ce que les Jeux de Vancouver émettent moins de gaz à effet de serre que les Olympiques d'hiver des années passées.

Mais cela ne veut pas dire que ces Olympiques sont les plus verts possible. En fait, il faudra éventuellement repenser notre approche de méga-événements comme ces Jeux, si nous sommes sérieusement engagés à réduire les impacts sur les changements climatiques. Et encore plus lorsque l'avenir même des Olympiques d'hiver est compromis par des hivers de moins en moins froids et enneigés.

Nous espérons que les futures villes-hôtes et le CIO tireront des leçons des Olympiques 2010. Par exemple, malgré l'importance mise sur les transports en commun, les Jeux de Vancouver laisseront la région avec bien peu d'améliorations à long terme à ce chapitre. Au contraire, l'autoroute qui se rend à Whistler a été élargie au coût de 600 millions de dollars. Et jusqu'à maintenant, les organisateurs de Vancouver 2010 n'ont pas vraiment profité des possibilités de démontrer leurs initiatives environnementales aux Canadiens et au reste du monde. Avec une telle attention sur Vancouver et avec l'importance des changements climatiques, les Jeux d'hiver constituent une occasion en or d'inspirer des milliards de personnes des quatre coins de la planète avec des solutions pour combattre le réchauffement de la planète.

Le CIO doit également jouer un rôle plus important pour s'assurer que les organisateurs olympiques prennent l'environnement au sérieux. Quand on regarde la feuille de route des Jeux précédents, la performance en termes d'environnement varie grandement, notamment avec le dossier peu reluisant des Jeux d'Athènes 2004. Le CIO devrait établir des normes environnementales minimales afin que les différents comités organisateurs aient des objectifs clairs à atteindre — ou dépasser. De tels jalons permettraient que d'éventuels Jeux olympiques puissent être évalués et comparés, pour mieux définir les possibilités d'améliorations.

De plus, le CIO devrait également mettre en place un organisme de contrôle externe pour chaque ville-hôte afin de s'assurer que les normes d'impact environnemental sont respectées. Par exemple, la Commission for a Sustainable London 2012 a été créée afin d'accroître la responsabilisation des organisateurs des Olympiques de Londres envers leurs engagements de durabilité.

Bien sûr, tous les pays n'ont pas les mêmes moyens financiers. C'est pourquoi le CIO devrait créer un fonds environnemental dont le financement proviendrait, entre autres, des revenus de diffusion. Ce fonds pourrait aider les pays moins nantis à intégrer des volets environnementaux dans leurs Jeux et à investir à long terme dans des projets environnementaux et sociaux dans ces régions.

Il est évident que les initiatives environnementales entourant les Jeux olympiques découlent d'une responsabilité partagée. Pour les Jeux de Vancouver, les gouvernements fédéral, provincial et municipal, le comité organisateur et d'autres organisations sont tous responsables d'offrir des Jeux qui soient verts et qui laissent un héritage durable à la région.

Les Jeux de Vancouver ont fait la preuve que les initiatives liées aux changements climatiques, tels que des sites verts et éconergétiques, sont non seulement réalisables, mais également rentables, tout en laissant des infrastructures durables pour les villes-hôtes. Les Olympiques à venir peuvent et doivent fixer la barre plus haute en cherchant de nouvelles façons de réduire l'impact écologique et en inspirant les gens du monde entier avec des solutions climatiques concrètes.

12 février 2010

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