La conservation passe par le savoir traditionnel autochtone | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: La conservation passe par le savoir traditionnel autochtone

Des enfants Cree cueillent des bleuets sauvages. (Crédit: Natasha Moine)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

L'ONU a déclaré que 2010 serait l'année internationale de la biodiversité. Ce serait formidable si 2010 pouvait simplement être une célébration de la richesse biologique de notre planète, mais l'année de la biodiversité est soulignée alors même que la vie non-humaine est dans un plus piètre état que jamais.

Les experts croient que la biodiversité de notre planète vit une crise aussi importante que des la disparition d'espèces ayant eu lieu dans le passé. Quelque 17 000 espèces de plantes et d'animaux, qui ont été identifiées et étudiées, accusent désormais un déclin alarmant, des espèces qui sont bien connues et aimées des Canadiens, comme le caribou, l'ours polaire et certaines populations de saumons.

La situation dangereuse que vivent la faune et la flore menace non seulement la santé d'écosystèmes comme les forêts anciennes et la toundra du Nord, mais également le bien-être et la santé de communautés humaines qui dépendent des biens et services écologiques fournis par la nature. Les profonds liens bioculturels avec la terre et ses ressources, plus spécifiquement les plantes sauvages, qu'ont entretenus plusieurs peuples autochtones du Canada donnent une représentation directe de ce phénomène, de même qu'une source de savoir dont tout le monde peut bénéficier.

Un rapport récemment présenté par la Fondation David Suzuki et ses partenaires, Conservation Value of the North American Boreal Forest from an Ethnobotanical Perspective, examine de plus près l'importance des forêts boréales canadiennes pour les peuples autochtones, qui les considèrent comme une véritable mine de ressources florales. Les plantes boréales, comme le thé du Labrador, le riz sauvage, le pin gris et beaucoup d'autres arbres, buissons et herbes, ont toujours joué un rôle d'importance dans la culture de ces gens qui habitent la vaste région septentrionale qui s'étend de Terre-Neuve au Yukon.

Les plantes comestibles, comme l'oignon sauvage et la cerise à grappes, fournissent des nutriments essentiels venant compléter une diète basée principalement de viande. Des plantes médicinales, comme les airelles de montagne, les aulnes crispés et le genièvre commun, sont au cœur d'une approche holistique des soins de santé et ont été utilisées depuis des millénaires pour combattre une pléthore de maux, du soulagement de la douleur à la guérison d'infections urinaires en passant par une aide à l'accouchement. Avant l'arrivée de la technologie moderne, les plantes boréales servaient également de matériaux pour le transport, tels que le sapin baumier utilisé dans les structures de canoës et la fibre de mélèze qui entre dans la fabrication des raquettes.

Ce vaste éventail d'avantages est le reflet d'une longue tradition de savoir botanique et écologique que les peuples autochtones ont acquis au cours des milliers d'années où la forêt boréale leur servait d'épicerie, de pharmacie, d'école et d'havre spirituel.

Le savoir traditionnel que possèdent les Premières Nations du Canada n'est pas qu'un reliquat du passé. Pour les scientifiques, les politiciens, les sociétés exploitantes de ressources, les environnementalistes et quiconque se préoccupe de la forêt boréale, ce savoir constitue une source d'information vitale afin de mieux gérer les ressources et les terres de cette région.

Nancy Turner, professeure d'études environnementales à l'Université de Victoria, avance qu'on ne doit pas négliger les interrelations très étroites entre les Autochtones et leurs terres. Les scientifiques doivent respecter les Autochtones parce qu'ils sont les détenteurs d'un savoir écologique traditionnel.

Trop souvent, nous sous-estimons la contribution du savoir écologique traditionnel des Autochtones dans nos débats à propos de l'extraction des ressources, de la gestion de la faune et de l'utilisation des terres. Il ne faut jamais oublier que les peuples autochtones ont joué un rôle actif dans la gestion de la région boréale et d'autres régions bien avant l'avènement de la science occidentale et du développement industriel. Par exemple, les Autochtones habitant la région boréale utilisaient couramment le brûlage de terrains afin de favoriser la productivité des sols et entretenir la santé de la faune et la diversité des habitats. Cette pratique a par la suite été adoptée par bon nombre d'entreprises forestières.

Un tel savoir scientifique a été encodé dans les langues des peuples autochtones et a été transmis par le biais d'histoires et de noms de lieux. Effectivement, les Autochtones ont cartographié le paysage terrestre et les ressources de la forêt boréale de façon beaucoup plus importante que les scientifiques l'avaient compris. Par exemple, les Gwich'in des Territoires du Nord-Ouest ont identifié il y a très longtemps un îlot de cassis dans la région de la rivière Husky. Pour les Dogrib des Territoires du Nord-Ouest, le lac Mesa a pour nom Gots'okati qu'on peut traduire par « lac Nuage-Petits fruits ». Ce genre d'information détaillée sur l'importance écologique et culturelle des endroits et des paysages importants pour les peuples autochtones peut aider les planificateurs à décider quelles régions protéger en priorité.

Nous devons nous assurer que la conservation de la nature et de la faune, y compris la création de nouveaux parcs et zones protégés, reconnaisse le droit des Autochtones à la terre et à l'eau, et qu'elle inclut ceux-ci dans le processus. De plus en plus, nous sommes témoins de l'intégration des milliers d'années de savoir traditionnel à la science moderne pour le bénéfice de la forêt boréale canadienne. C'est là une excellente raison de célébrer l'année internationale de la biodiversité.

5 février 2010

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