Nos besoins, c'est la nature qui les comble | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Nos besoins, c'est la nature qui les comble

La Biosphère d'Environnement Canada à Montréal. (Crédit: Harry Palmer via Flickr.)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

En décembre, la chaîne canadienne spécialisée Business News Network m'interviewait à propos du sommet de Copenhague. L'entrevue de six minutes était diffusée après un reportage de cinq minutes en direct de Copenhague traitant des pays pauvres qui demandaient des fonds afin de suffire aux changements climatiques tandis que les pays riches plaidaient le manque de ressources. Avant et après ces deux segments, on présentait différentes sortes de reportages sur le Dow Jones Industrial Average, le prix de l'or et du dollar et les impacts d'une nouvelle technologie téléphonique.

J'ai ainsi constaté l'inévitable échec de nos efforts de négociation sur les changements climatiques. BNN, tout comme la chaîne Bloomberg établie à New York, est un réseau de diffusion jour et nuit axé entièrement sur le domaine des affaires. Ces réseaux indiquent que l'économie est notre priorité. Et à Copenhague, c'est l'argent qui guide les discussions et les impacts.

Mais où se trouve le réseau de diffusion jour et nuit qui traite de la biosphère? En tant que créatures biologiques, nous dépendons de l'air pur, d'un sol et d'une énergie propres ainsi que de la biodiversité pour notre bien-être et notre survie. La protection de ces besoins fondamentaux devrait sans aucun doute être prioritaire et devrait dicter notre pensée et la façon dont on vit. Après tout, nous sommes des animaux et notre dépendance biologique de la biosphère pour satisfaire nos besoins primaires est évidente.

L'économie est une invention de l'homme et non une force de la nature comme l'entropie, la gravité ou la vitesse de la lumière ou encore notre constitution biologique. Il ne fait aucun sens d'accorder la priorité à l'économie plutôt qu'à ce qui nous tient en vie. Mais c'est ce que fait notre premier ministre en clamant que nous ne pouvons essayer de respecter les objectifs de Kyoto parce que ça aurait un effet néfaste sur l'économie.

Ce système économique est construit sur l'exploitation de la matière première de la biosphère et sur la matière résiduelle retournée dans la biosphère. L'économie traditionnelle fait fi de tous les «services» que nous rend la nature en s'assurant que la planète demeure habitable pour les animaux comme nous en tant «qu'externalités». Tant que les décisions économiques dictent toutes nos décisions, nous ne réglerons jamais les problèmes que nous avons créés.

Nous décrivons souvent le triple bilan — société, économie et environnement — comme trois cercles entrecroisés de taille égale. C'est insensé. En réalité, le plus grand cercle devrait représenter notre biosphère. À l'intérieur, il y a 30 millions d'espèces, dont nous, qui en dépendent. Dans le cercle de la biosphère, on devrait retrouver un plus petit cercle qui est la société humaine et dans ce cercle, il devrait y avoir un cercle encore plus petit: l'économie. Aucun des cercles internes ne devrait s'agrandir pour entrecroiser les plus grands. C'est toutefois ce qui est en train de se produire en tandis que les limitent des sociétés humaines et de l'économie s'entrecroisent.

Nous encerclons également les propriétés, les villes, les provinces et les pays. Nous y tenons tant que nous sommes prêts à tout pour protéger ces limites. Mais la nature n'y porte pas attention. L'air, l'eau, la terre des continents et des océans, les poissons et les oiseaux migrateurs, les mammifères, les graines emportées par le vent ne peuvent être gérés par les structures humaines. Mais toutes les discussions de Copenhague étaient axées sur les pays qui, eux, étaient divisés en deux catégories: les riches et les pauvres. Dans les films de science-fiction où les extraterrestres s'en prennent aux humains, les différences nationales n'existent plus. Nous nous rallions pour faire face à un ennemi commun. C'est ce que nous devrions faire pour affronter la crise climatique.

La nature, c'est chez nous. La nature répond à nos besoins fondamentaux. La nature dicte nos limites. Si nous visons le développement durable, nous devons ajuster nos activités en fonction de la nature. Nous savons combien de dioxyde de carbone peut être absorbé par tout ce qui est vert (que ce soit dans la mer ou sur la terre) et nous savons que nous dépassons les bornes. C'est pourquoi il y a un surplus de carbone dans l'atmosphère. Notre objectif est donc clair. Toute l'humanité doit trouver un moyen de garder les émissions sous la limite imposée par la biosphère.

La seule voie équitable, c'est de déterminer le niveau acceptable d'émissions sur une base globale par personne. Ceux qui sont sous la barre devraient être compensés pour leur petite empreinte, tandis que ceux qui la dépassent devraient être évalués en conséquence. Mais l'économie doit respecter les limites imposées par la biosphère.

19 février 2010

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