Des solutions technologiques aux conséquences désastreuses | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Des solutions technologiques aux conséquences désastreuses

Rejeter du dioxyde de carbone dans les océans peut entraîner la prolifération d'algues et la floraison de plantes produisant des neurotoxines mortelles. (Crédit: heathzib via Flickr).

Par David Suzuki avec Faisal Moola

En 1962, Rachel Carson donnait le coup d'envoi au mouvement écologiste avec son livre Silent Spring. Avant que l'on soit informé de l'impact inattendu des pesticides, incluant l'accumulation biologique des molécules toxiques dans la chaîne alimentaire, des innovations scientifiques comme le DDT faisaient sensation avec leurs promesses de contrôle des forces nous affectant.

Nous tentons souvent de trouver des solutions technologiques sans tenir compte de notre ignorance quant au fonctionnement du monde, puis nous nous retrouvons à devoir corriger les problèmes inattendus qui s'en suivent. Lorsque nous avons commencé à utiliser des CFC en grande quantité, les scientifiques ne savaient pas que ces derniers pouvaient affecter la couche d'ozone. L'élevage de saumon semblait être une bonne idée, mais personne n'avait prédit l'épidémie de pou de poisson qui nuirait au saumon sauvage.

Les scientifiques trouvent des moyens assez ingénieux de présenter des données sur notre monde au compte-gouttes. Et partout où nous regardons, nous faisons face à de nouveaux défis parce que nos connaissances sont primitives. L'accumulation des polluants toxiques dans l'air, l'eau, la terre, notre corps, les espèces en voie de disparition, la perte de sels minéraux dans la terre végétale, la dégradation de l'océan — tout ça devrait servir d'avertissement. Notre population, notre consommation et nos activités minent l'essence même de notre survie.

Les climatologues ont fait de nombreuses observations et découvert plusieurs modèles relativement à l'usage des combustibles fossiles comme étant une cause du réchauffement planétaire. Évidemment, la solution, c'est de diminuer les gaz à effet de serre que nous produisons pour que la biosphère puisse absorber le reste.

Certaines idées nous permettraient de continuer de brûler des combustibles fossiles sans devoir diminuer la production: des parapluies géants placés dans l'espace pour protéger la Terre du Soleil, des aérosols de minéraux sulfurés pour imiter les émissions volcaniques qui réfléchissent la lumière du soleil, etc. Deux idées ont toutefois attiré l'attention: l'ensemencement de carbone dans les océans et la capture et la séquestration du carbone sur le sol.

La première idée signifie qu'il faudrait incorporer du fer dans l'océan afin de fertiliser les eaux où le manque de carbone restreint la croissance des algues. En laboratoire, il a été démontré que l'ajout de carbone dans l'océan Antarctique, par exemple, fait augmenter de manière substantielle la population d'algues. Des groupes ont été formés en fonction de l'ajout de carbone aux océans pour inciter la prolifération d'algues et aider à l'absorption du dioxyde de carbone de l'atmosphère. Aujourd'hui, dans le prestigieux journal Proceedings of the National Academy of Sciences USA, les scientifiques rapportent que ce processus peut causer la prolifération de plantes qui produisent des neurotoxines mortelles. Oups.

La deuxième idée, c'est la capture et la séquestration du carbone. Le premier ministre Stephen Harper s'est abstenu de répondre à la question des effets des changements climatiques au Canada et des enjeux économiques si on ne réduit pas les émissions. La politique gouvernementale est plutôt basée sur notre peur des conséquences néfastes sur l'économie. Alors, nous attendrons le développement de méthodes d'aspiration du dioxyde de carbone du sol.

Cette technique est basée sur l'observation que lorsque le dioxyde de carbone est aspiré des puits appauvris afin de pouvoir retirer davantage de pétrole, le CO2 ne se régénère pas. Cela a suscité l'espoir de pouvoir capter une partie du CO2 des cheminées industrielles, des usines de carbone et des sables bitumineux et de l'injecter tout simplement dans le sol — caché, donc oublié.

Mais attention. Nous croyions autrefois qu'il n'y avait pas de vie après le sous-sol rocheux. Toutefois, nous savons maintenant que la vie existe jusqu'à 3 kilomètres dans la terre. Des bactéries provenant du souterrain profond sont si différentes de tout ce que nous connaissons à la surface, que nous devons créer de nouvelles catégories pour les définir. Les scientifiques estiment que le poids de tous ces organismes souterrains est plus élevé que le poids de toutes les formes de vie qui se retrouvent à la surface, ce qui comprend même les baleines, les arbres et les humains! Les scientifiques en connaissent très peu sur le rôle que jouent ces organismes dans le transfert de la chaleur du magma ou de la circulation de sels minéraux et de l'eau dans le monde souterrain. Nous nous apprêtons toutefois à injecter des millions de tonnes de CO2 dans ce monde mystérieux.

J'ai demandé à Tullis Onstott de Princeton University, l'un des grands experts de la vie souterraine, ce que le CCS pourrait avoir comme effet sur eux. Et que fut sa réponse? «Je ne sais pas, mais les bactéries méthanogènes adoreront!»

«Qu'est-ce qu'une bactérie méthanogène?», ai-je demandé. Il m'a expliqué que ces bactéries utilisent le dioxyde de carbone pour produire du méthane, un gaz à effet de serre 22 fois plus puissant que le dioxyde de carbone!

Il y a tant de façons de réduire nos émissions et d'économiser de l'argent et des ressources en étant plus efficient. Mais nous préférons en faire fi et croire en une technologie non éprouvée qui pourrait avoir d'énormes conséquences néfastes. Bizarre, non?

Liens:

Rachel Carson

Science de l'ozone

Pou du poisson

Ocean Geoengineering Scheme May Prove Lethal (Discovery News)

Tullis Onstott:
Princeton University Department of Geosciences
Article in Time Magazine

26 mars 2010

Pour en savoir plus