Photo: La présentation du budget donne un aperçu de l'avenir... proche ou lointain?

Une centrale électrique au charbon: ignorant le défi des énergies propres. (Crédit: Arbyreed via Flickr).

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Le temps du budget est arrivé. Comme ces mots nous semblaient rafraîchissants! : «Nous ne pouvons continuer à ignorer les défis liés à l'énergie verte et à rester passifs, tandis que d'autres pays vont de l'avant avec les industries émergeantes du 21e siècle.»

Si seulement ces paroles provenaient de notre propre gouvernement au lieu d'être celles du président américain Barack Obama... Dans son budget présenté en février, le président a affirmé, «Puisque nous savons que la nation qui dominera le marché de l'énergie verte sera celle qui mènera le monde, le budget prévoit des incitatifs pour bâtir une nouvelle économie basée sur l'énergie verte.»

Le discours du budget fait par le ministre canadien des Finances, Kim Flaherty, le 4 mars, n'a même pas fait mention d'énergie, verte ou de quelque autre couleur. Le document du budget fait bien allusion à l'énergie verte, mais met l'accent sur des technologies non testées, comme la capture et le stockage de carbone, et des technologies dangereuses, coûteuses et définitivement non écologiques, comme l'énergie nucléaire (qui repose également sur une ressource non renouvelable, l'uranium).

Le gouvernement a résumé sa position sur la question avec le grand titre «Croissance et emplois respectueux de l'environnement». «Le Canada se démarque en tant que superpuissance énergétique: il se classe au troisième rang des producteurs de gaz et au septième rang des producteurs de pétrole, en plus d'être le plus grand fournisseur d'uranium au monde. Reconnu mondialement comme un fournisseur d'énergie sûr et fiable, le Canada jouit de possibilités inégalées d'exportation de ses produits énergétiques dans le marché intégré de l'énergie d'Amérique du Nord et dans le monde entier.»

Avec ce budget, nos espoirs, notre avenir, et notre économie restent à la merci de ressources qui diminuant rapidement et qui sont extrêmement polluantes, pendant que le reste du monde crée des emplois et de nouvelles opportunités en utilisant de l'énergie verte.

Le président Obama doit tout de même affronter des politiciens antiscience résolus à faire piétiner l'adoption de toute nouvelle législation le moindrement progressiste au sein du Congrès américain. Mais les États-Unis investissent déjà 14 fois plus que le Canada en énergie verte. La Chine et la Corée du Sud nous devancent aussi, selon une étude la banque HSBC qui démontre que le Canada investit moins dans les initiatives vertes que plusieurs autres pays.

Sur les dépenses dites « de stimulation économique » des gouvernements de la planète, la Corée du Sud a alloué 81 aux zones vertes, l'Union européenne 59, la Chine 38%, les États-Unis 12% et le Canada 8%, a révélé l'étude, intitulée A Climate for Recovery. En dollars, cela équivaut à 221 milliards pour la Chine, à 112 milliards pour les États-Unis et à 3 milliards pour le Canada.

Même si une croissance infinie sur une planète avec des ressources et une biosphère limitées était possible, le budget du gouvernement fédéral ne tiendrait pas la route à long terme. Où se trouveront les emplois — et du fait même, la croissance — lorsqu'il n'y aura plus de pétrole, ou lorsque toutes nos ressources économiques devront être utilisées pour contrôler ou adapter les effets dévastateurs du changement climatique?

À part le changement climatique — une des plus importantes crises dans l'histoire de l'humanité — notre dépendance aux combustibles fossiles comme le pétrole, le gaz et l'uranium, nous mène toujours plus près du gouffre. Le seul fait de brûler des combustibles fossiles engendre une pollution qui dégrade la santé des humains et de toute la vie présente sur cette planète. La mentalité de consommation que cela encourage accélère également l'épuisement rapide d'autres ressources, tout comme la destruction de terres agricoles et d'habitats pour les plantes et les animaux qui sont essentiels à notre survie.

La réalité est que nous n'extrayons même pas les ressources que nous avons de façon renouvelable, afin qu'elles profitent à tous les Canadiens. Cette approche ne fera qu'aggraver les problèmes à long terme pour notre pays et le reste du monde.

La bonne nouvelle est que nous avons devant nous une occasion en or. En commençant à mettre en priorité l'économie d'énergie, les nouvelles formes d'énergie renouvelables, ainsi que de nouvelles façons de voir notre façon de vivre sur cette planète fragile et aux ressources limitées, nos enfants, nos petits-enfants et nous-mêmes devrions être en mesure d'y vivre en santé et heureux pour encore un bon moment.

Nous avons le choix: soit nous entrons dans le 21e siècle en appliquant des solutions innovantes aux problèmes que nous avons créés, ou nous retournons à l'époque des dinosaures. Il revient à nous tous de prendre cette décision. De nombreux Canadiens ont montré leur volonté à agir dans leur vie pour réduire leur empreinte écologique. À présent, nous devons laisser savoir à notre gouvernement que nous nous attendons à ce qu'il aille de l'avant lui aussi.

Sources d'informations canadienes sur le budget, l'énergie, l'innovation et les emplois verts:
* Le discours du budget fédéral canadien, en mars 2010
* Budget fédéral canadien
* Page d'accueil du budget canadien
* Rapport de la HSBC A Climate for Recovery (en anglais seulement)

Sources d'informations américaines sur l'énergie, l'innovation et les emplois verts (en anglais seulement):
* Le message du président américain sur son budget
* Article Investing in Innovation to Create the Industries and Jobs of Tomorrow
* Article Creating the Clean Energy Economy of Tomorrow

12 mars 2010

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