Le royaume de la faune - mais pour combien de temps? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Le royaume de la faune - mais pour combien de temps?

Oursons de Colombie-Britannique (Crédit: Pat Mulrooney)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Avec toute l'attention médiatique accordée aux Jeux olympiques d'hiver 2010 à Vancouver, beaucoup de gens se souviendront du Canada à la lumière des exploits de nos athlètes.

Ceux qui se sont rendus à Vancouver pour l'occasion auront été témoins de notre gentillesse et de notre capacité à créer une société où des personnes issues de cultures différentes peuvent vivre ensemble. Et beaucoup d'autres personnes se souviendront de nous pour ce qui a toujours défini notre nation: notre magnifique nature.

Peu importe où vous vous rendez à Vancouver, la forêt, les montagnes, les rivières et l'océan sont toujours visibles. La nature sauvage qui se trouve à nos portes abrite une grande variété de plantes et d'animaux, ce qui est surprenant pour une région tempérée du nord comme la nôtre. Dans la plupart des régions du Canada, vous pouvez toujours trouver l'omniprésence de la faune du temps de la colonisation européenne, dont des grizzlys, des couguars, des loups et des carcajous.

C'est en Colombie-Britannique qu'on retrouve la moitié des grizzlys du Canada. Cette province constitue l'un des derniers refuges naturels pour ces majestueux animaux. Ailleurs dans le monde, notamment en Europe de l'Ouest, au Mexique et dans la partie continentale des États-Unis, les grizzlys et d'autres ours ont été poussés à l'extinction ou sont sur le point de disparaître. En Colombie-Britannique, les grizzlys continuent à évoluer, à se nourrir et à se reproduire, alors qu'en Californie, l'imposant ursidé se retrouve sous forme d'icône sur le drapeau de l'État.

Les grizzlys forment un maillon essentiel d'un écosystème en santé. Reconnu par les scientifiques comme étant une espèce clé, le grizzly contribue à la santé des plantes et de la forêt en aérant le sol lorsqu'il creuse à la recherche de racines et de noix de pin, et en dispersant les graines des plantes qu'il ingère. Dans les écosystèmes des régions côtières, comme la forêt humide de Great Bear, les grizzlys et d'autres carnivores prennent part à la beauté magnifique du paysage par la façon dont ils chassent le saumon. Au cours de l'été et de l'automne, des centaines d'ours se rassemblent le long des estuaires et des rivières pour se gaver de saumons qui migrent de l'océan Pacifique à leur rivière de frai.

Les grizzlys ne mangent pas très proprement. Ils trainent leurs proies de la rivière jusqu'à la forêt et ils défèquent dans les bois après s'être rassasiés de saumon. C'est ainsi qu'ils aident à la distribution des nutriments riches en azote dans la flore.

Malgré le rôle d'importance qu'ils jouent dans la nature et leur vulnérabilité aux impacts humains, les grizzlys ne sont pas encore protégés au Canada. Des provinces, comme la Colombie-Britannique, permettent aux chasseurs de tuer cet animal en voie d'extinction à des fins récréatives. La saison de chasse des grizzlys et d'autres ours va bientôt commencer en Colombie-Britannique, au moment même où les ours sortent d'hibernation.

L'ampleur de la chasse aux grizzlys en Colombie-Britannique n'était pas connue jusqu'à tout récemment. La Fondation David Suzuki vient d'acquérir et d'analyser des milliers de statistiques de chasse colligées par le gouvernement. Nous avons découvert que près de 10 000 grizzlys ont été tués légalement dans la province depuis que le gouvernement relève ces statistiques à la fin des années 1970. Bon nombre de chasseurs viennent des États-Unis et d'Europe où il est illégal de chasser les ours.

Notre recherche montre également que beaucoup de chasseurs transforment les parcs et les zones protégées de la Colombie-Britannique en cimetière pour les ours qui ont été légalement tués sur ces territoires. Nous avons identifié quelque 60 parcs provinciaux où les grizzlys sont chassés récréativement, y compris le parc des Rocheuses septentrionales, le parc du plateau Spatsizi et le parc Tatshenshini-Alsek.

La Colombie-Britannique a mis sur pied un programme de protection de l'habitat des grizzlys qui interdit des activités liées aux ressources comme la coupe de bois ou l'exploitation minière dans certaines zones protégées. Toutefois, ces mesures sont quasiment nulles si des lois ne viennent pas interdire la chasse aux ours.

Nous avons toujours été très fiers de notre nature sauvage qui fait de notre pays l'un des plus beaux endroits où habiter sur la planète. L'importance accordée aux forêts anciennes, aux saumons et aux ours dans les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux olympiques de Vancouver illustre la place de taille qu'occupe la nature dans notre identité nationale et notre désir d'apparaître aux autres comme un Éden moderne. Cependant, avec de telles richesses vient une grande responsabilité.

Ironiquement, les grizzlys sont farouchement protégés à l'extérieur du Canada, comme au Mexique où ils sont éteints depuis longtemps. Nous devons dire à nos leaders politiques que la situation précaire des grizzlys au Canada est inacceptable. La faune du Canada vaut beaucoup plus que de simplement figurer comme mascotte olympique ou comme une marque servant à attirer des touristes, et encore plus qu'en tant que trophée sur le mur d'un chasseur.

5 mars 2010

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