L'élevage de saumon n'est peut-être pas une mauvaise idée... | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: L'élevage de saumon n'est peut-être pas une mauvaise idée...

(Crédit: Sam Beebe / Ecotrust via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Ne serait-ce pas dommage si nous ne pouvions plus manger de saumon? Sur la Côte Pacifique, le saumon est un élément important de l'alimentation et un véritable symbole culturel depuis des siècles. Le saumon est une source de nutrition saine, délicieuse et polyvalente. Mais il semble que de nombreuses populations de saumon sauvage soient menacées et pourraient connaître le même sort que la population de morue sur la Côte Est.

La solution résiderait-elle en l'élevage de saumon? La controverse sur le saumon d'élevage versus saumon sauvage fait rage en Colombie-Britannique depuis la construction des premières fermes d'élevage de saumon au début des années 80. Les preuves sont de plus en plus formelles: les fermes piscicoles à eaux ouvertes, à même l'océan, peuvent causer des dommages aux poissons sauvages. Parmi les dangers observés : la fuite du poisson d'élevage, pour la plupart du saumon de l'Atlantique , qui entre alors en compétition avec les cinq espèces de saumon du Pacifique, la pollution provenant des fermes contaminant les zones d'habitat et de migration du saumon, et les infestations de poux menaçant la survie même de certaines populations. Il s'agit là d'un compromis tout à fait dénué de sens.

Dans un monde idéal, nous pourrions déplacer ces fermes et protéger nos espèces sauvages, et faire en sorte que ces dernières puissent nous fournir de la nourriture pour plusieurs siècles à venir. Mais le saumon sauvage fait face à de nombreuses autres menaces, comme la surpêche, la détérioration de son habitat et le changement climatique, sans compter d'autres facteurs causant leur déclin et qui nous échappent toujours.

L'élevage pourrait bien être notre seule option — et les nouvelles technologies nous permettent de croire qu'il sera possible d'assurer la survie du saumon tout en continuant d'en manger. L'élevage de saumon qui éliminerait l'interaction avec les habitats naturels du saumon sauvage est une idée qui ne date pas d'hier et qui vise à éradiquer les pires conséquences associés à l'élevage. En dépit de la résistance de certains acteurs de l'industrie de la pisciculture et du gouvernement, qui soutiennent que l'élevage contrôlé coûte trop cher, l'élevage de saumon en système fermé devient bel et bien une réalité.

Les premières tentatives d'élevage où les saumons étaient tenus à l'écart de leur habitat sauvage sont restées au stade expérimental ou étaient trop modestes pour être commercialement viables. Mais présentement, une entreprise de l'État de Washington, Domsea Farms, élève des quantités suffisantes de saumon coho pour approvisionner les 124 magasins de la chaîne d'alimentation de l'Ouest canadien Overwaitea Food Group. Le saumon est élevé à l'intérieur, dans des réservoirs d'eau douce, et a obtenu la mention de « meilleur choix pour les consommateurs » par SeaChoice and Seafood Watch. (Overwaitea s'est engagé auprès de SeaChoice à n'offrir à long terme que des fruits de mer renouvelables dans ses magasins — cela représente un pas important dans la bonne direction.)

La technologie reste toutefois nouvelle, et le saumon d'élevage, quelle que soit la façon dont il est traité, vient avec sa part de défis. Un des plus importants est lié au fait que le saumon est un animal carnivore — nous avons donc besoin d'autres ressources marines pour le nourrir. Dans ce cas-ci, les poissons sont nourris avec des des ingrédients à base de plantes et de sous-produits dérivés de poissons, réduisant ainsi le besoin d'utiliser d'autres espèces de poissons. Des études récentes permettent aussi de considérer l'utilisation d'insectes dans la nourriture donnée aux poissons.

Les fermes piscicoles déversent aussi des eaux contaminées, mais ces dernières sont traitées afin de respecter les normes environnementales. Des circuits de recirculation sont aussi développés dans le but de réduire la quantité d'affluents provenant des fermes piscicoles.

Le contrôle des maladies et la consommation énergétique posent également problème. La ferme Domsea semble avoir résolu les complications issues des maladies les plus graves, en partie grâce à l'utilisation d'eau propre, en faisant un suivi rigoureux de l'état de santé des poissons, ainsi qu'en mettant tout en œuvre pour que la maladie n'atteigne pas les populations sauvages.

Ces systèmes peuvent aussi utiliser beaucoup d'énergie. Mais il s'agit d'un problème plus facile à régler que ceux que l'on retrouve chez les fermes en eaux ouvertes. La technologie s'améliorant sans cesse, les fermes en eaux closes deviennent peu à peu plus écoénergétiques, et l'utilisation de sources d'énergie propre réduira l'empreinte environnementale.

L'industrie a encore du chemin à faire avant de pouvoir arriver à produire des stocks suffisants de saumon frais, mais le fait que les marchands emboîtent le pas stimulera la demande des consommateurs et rendra du même coup l'industrie plus viable. Si cela aide à résoudre les problèmes associés à l'élevage de saumons en haute mer tout en réduisant le stress sur les populations sauvages et en assurant l'accès continu à cette savoureuse source d'alimentation, tout le monde y gagnera.

Peut-être que la question la plus importante reste «Qu'est-ce que ça goûte? », suggère Robert Clark, du restaurant C, à Vancouver, qui propose du saumon coho élevé en eaux fermées à la ferme Swift Aquaculture, en Colombie-Britannique. Sur le menu, il est indiqué que tout comme le saumon de l'Atlantique d'élevage, le coho a un goût plus léger, moins « poissonneux » que son homologue sauvage.

Liens:

Pêcheries durables et fermes piscicoles

Communiqué de presse Overwaitea — SeaChoice

SeaChoice

Seafood Watch

30 avril 2010

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