Les chouettes tachetées, de plus en plus rares | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les chouettes tachetées, de plus en plus rares

Un couple de chouettes tachetées. (Crédit: SigmaEye via Flickr.)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Si la chouette tachetée du nord est en santé, c'est signe que les forêts anciennes où elles vivent vont bien. Malheureusement, la chouette tachetée ne va pas très bien en Colombie-Britannique, le seul endroit où on peut la retrouver au Canada. Il ne reste que six de ces magnifiques oiseaux aux yeux bruns.

Les chouettes tachetées peuvent vivre jusqu'à 17 ans en région sauvage, mais elles se reproduisent lentement. Elles s'accouplent pour la vie et produisent un ou deux oisillons tous les deux ans. Ces chasseurs silencieux qui ont une ouïe et une vision incomparables survolent la voûte forestière des forêts anciennes à la brunante pour attraper des rats des bois, des campagnols, des souris et des écureuils. Il fut un temps où il y avait au moins 500 couples de chouettes dans les forêts de la Colombie-Britannique, mais au cours des 100 dernières années, leur habitat a été si sévèrement exploité que les chouettes n'ont pas réussi à survivre.

Les chouettes tachetées sont particulièrement vulnérables à l'exploitation forestière à cause de la façon dont elles nichent et chassent. Les chouettes ne bâtissent pas de nids; elles pondent leurs œufs dans le creux des arbres âgés ou pourris. Lorsqu'une forêt est clairsemée et que la population de bêtes de proie chute, les oiseaux meurent de faim.

Le gouvernement de la Colombie-Britannique essaie tardivement de sauver les chouettes en projetant de capturer deux des mâles sauvages afin qu'ils s'accouplent à deux femelles en captivité. Le gouvernement a maintenant 10 chouettes dans son programme de reproduction et espère en avoir 30 ou 40 paires afin d'en relâcher environ 70 à l'état sauvage au cours de la prochaine décennie. Les biologistes du gouvernement éliminent également les chouettes rayées, qui rivalisent avec les chouettes tachetées pour leur habitat.

En 1997, le gouvernement a défini un plan de protection des habitats. Toutefois, la population de chouettes et son habitat seraient conservés tant et aussi longtemps que ces efforts n'entraîneraient pas une réduction de plus de 10 pour cent du bois d'œuvre par rapport au taux actuel. En 2003, le gouvernement de la Colombie-Britannique a autorisé l'exploitation forestière de six des dix zones où l'on retrouvait encore des chouettes tachetées.

Plus de 70 pour cent des forêts anciennes qui représentent l'habitat des chouettes, soit du nord de la Californie au sud-ouest de la Colombie-Britannique, ont maintenant été exploitées. La chouette tachetée fait aujourd'hui partie des espèces en voie d'extinction au Canada et aux États-Unis, avec une population de quelques centaines de couples.

Le fait que la Colombie-Britannique n'a pas de loi protégeant les espèces en voie d'extinction n'aide pas. Bien que la chouette tachetée fasse partie des espèces en voie d'extinction en vertu de la loi fédérale, la Loi sur les espèces en péril s'applique seulement aux territoires fédéraux. Si une chouette s'établissait dans un bureau de poste ou dans un aéroport fédéral, elle serait protégée par la loi. Mais dans les forêts anciennes de la province, elle n'y a pas droit.

Pourquoi devrait-on s'en préoccuper? Parce que si on réussit à faire disparaître certaines espèces à cause de nos activités, cela démontre notre piètre capacité à gérer nos affaires. Mais la santé de la chouette tachetée est aussi un reflet de la santé de tout l'écosystème des forêts anciennes. Lorsqu'une espèce s'éteint, les impacts se répercutent partout dans l'écosystème.

Nous savons également que la survie de beaucoup de plantes et d'animaux dépend également des forêts anciennes. Si le déclin de cet habitat menace la survie de la chouette, il menace également celle de plusieurs autres espèces.

En fait, nous avons mené une étude qui a démontré qu'un quart des plantes et des animaux qui partagent l'habitat des chouettes tachetées dans les basses-terres continentales de la Colombie-Britannique sont aussi à risque de disparaître. On pense notamment aux grenouilles à queue, aux guillemots marbrés de la côte, aux autours et aux pékans.

On doit exiger que le gouvernement provincial cesse d'exploiter les forêts anciennes et qu'il permette aux forêts secondaires de se rendre à maturité si nous voulons assurer la survie de la chouette tachetée et celle d'autres plantes et d'animaux qui dépendent des forêts anciennes. Nous avons également besoin d'une loi provinciale visant à protéger les plantes et les animaux en voie d'extinction en Colombie-Britannique, comme les chouettes tachetées, les épaulards et les grizzlis.

Il ne suffit pas d'attendre qu'un animal soit presque disparu pour tenter de le raviver. Lorsque nous sabotons un animal et l'écosystème dont il fait partie, nous affectons tout ce qui est relié, dont nous. Le sort des chouettes tachetées devrait être un signe pour nous aussi. Quelle sorte d'animal sommes-nous pour faire passer la politique et l'économie avant la survie d'autres espèces?

Liens:

Fiche de renseignements sur les chouettes tachetées

Article du Vancouver Sun: « Biologists hope 2 spotted owls can help save the species »

1 avril 2010

Pour en savoir plus