Les villes canadiennes: entre étalement et protection | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Les villes canadiennes: entre étalement et protection

L'étalement urbain à Calgary (Crédit: mikesoron via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Les villes du Canada se trouvent à la croisée des chemins. L'un mène vers l'étalement urbain. Et nous connaissons tous l'aboutissement cette route : du béton à perte de vue, de longs trajets pour se rendre au travail, des bouchons de circulation et des coûts d'infrastructures et sociaux élevés. L'étalement urbain met en péril la santé de nos familles, de nos communautés et des écosystèmes qui subviennent à nos besoins.
Dans la direction opposée, on retrouve un tout nouveau chemin, des plus intéressants : la fin de l'étalement urbain, l'application de principes de « croissance intelligente » et la création de communautés compactes, à plus forte densité, avec transport en commun, pistes cyclables et sentiers de promenades, entourées de précieuses terres agricoles et d'espaces verts, ainsi que de zones humides et boisées.

De nombreuses municipalités canadiennes ont déjà commencé à réfléchir à des façons de rendre leurs communautés plus «intelligentes» et compactes. En Colombie-Britannique, Squamish et Prince George se sont plongés dans des processus de planification afin de définir la «croissance intelligente» et de concevoir des plans pour mettre en œuvre cette nouvelle vision.

Parmi les initiatives les plus novatrices au pays pour limiter le développement des espaces à faible densité et pour cantonner la croissance au noyau urbain, des dirigeants de la ville de Markham, dans le Nord de l'Ontario, étudient la possibilité d'établir l'une des premières ceintures urbaines d'approvisionnement en nourriture. Si le plan est approuvé, il limiterait la croissance à des zones qui sont déjà développées. De nombreuses municipalités dans la grande région de Toronto voient leur densité s'intensifier peu à peu, mais leur étalement devrait se poursuivre dans les décennies à venir; Markham est la seule municipalité à avoir manifesté un intérêt à conserver toute sa croissance à l'intérieur de ses limites actuelles. Le plan vise en grande partie à protéger les quelques fermes, champs, et forêts subsistantes de la ville qui risquent d'être détruites et pavées.

En empêchant l'étalement, la ceinture d'approvisionnement en nourriture de Markham incitera la ville à intensifier sa croissance. Cela impliquerait la construction de nouvelles propriétés individuelles et multirésidentielles à l'intérieur des limites urbaines actuelles, un accès facile au transport en commun, aux centres commerciaux existants, aux écoles, aux installations de divertissement et à d'autres infrastructures, comme les systèmes d'eau et d'égouts. Markham pourrait ainsi préserver sa capacité à produire de la marchandise utile, comme des aliments cultivés localement, et continuer à profiter des services écologiques critiques fournis par les terres agricoles et les espaces verts, comme de l'air et de l'eau propres, un sol sain et un habitat convenant à la faune, comme les oiseaux chanteurs et les fleurs sauvages.

Les gens ignorent souvent que les terres agricoles et les espaces verts qui se trouvent à l'intérieur et autour des zones urbaines fournissent une gamme impressionnante de services écologiques, comme le filtrage et le stockage d'eau propre à la consommation, tout en s'assurant que les niveaux d'eau restent stables. Les études menées par la Fondation David Suzuki ainsi que d'autres associations ont démontré que les avantages de la nature sont extrêmement précieux, monétairement parlant, mais que dans la plusieurs des cas, leur valeur reste inestimable.

L'an dernier, la Fondation David Suzuki a fait un suivi de la contribution économique des services écologiques fournis par la Ceinture verte du sud de l'Ontario, une zone d'1,8 millions d'hectares constituée de terres agricoles, de forêts, de bassins hydrologiques, de zones humides et d'autres espaces verts qui englobent la péninsule du Niagara, Hamilton, Kitchener-Waterloo et le grande région de Toronto. Le rapport de recherche Ontario's Wealth, Canada's Future: Appreciating the Value of the Greenbelt's Eco-Services est resté conservateur et a estimé que la Ceinture verte fournit 2,6 milliards chaque année en services écologiques, comme des occasions d'activités récréationnelles, la pollinisation et le stockage de carbone dans les forêts, terres agricoles et sols fertiles vestiges.

Remplacer des services écologiques par des substituts industriels, comme des usines de filtration d'eau, des digues ou des murs de rétention, peut coûter des millions de dollars. Certains services fournis par les écosystèmes, comme les avantages évidents au point de vue esthétique et psychologique des paysages naturels et ruraux, sont irremplaçables, quel que soit le prix qu'on y met.

Stopper l'expansion urbaine est aussi l'une des façons les plus efficaces de réduire les émissions de gaz à effets de serre qui emmagasine la chaleur et cause le réchauffement de la planète. Près de 80 % des Canadiens vivent en milieu urbain. La conséquence directe de cette réalité est que notre empreinte écologique et carbone est directement liée à notre façon d'organiser nos quartiers, les endroits où les gens habitent et la distance qu'ils doivent parcourir pour se rendre au travail, à l'école, et les lieux où ils font leur achat.

Les municipalités du pays doivent maintenant faire un choix: soit elles continuent d'étendre leurs infrastructures et de dépendre de plus en plus de la voiture, soit ils mettent un stop à l'étalement et protègent les espaces verts en rendant les communautés plus compactes. Les politiciens au niveau local, comme ceux de Markham, de Squamish et de Prince George, peuvent avoir une influence importante sur la croissance urbaine du pays.

Liens (en anglais):

Vidéo YouTube de David Suzuki sur le plan Markham

Rapport de la Fondation David Suzuki sur la Ceinture verte

Planification de l'utilisation du terrain pour une croissance urbaine intelligente

Comment freiner l'étalement urbain

7 mai 2010

Pour en savoir plus