Photo: Rester actif: des avantages qui tiennent la route

Une femme faisant son sport à Central Parc, New York. (Crédit: ThomasHawk via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

En avril dernier, j'étais en train de souffrir péniblement au gym lorsque le propriétaire est venu me voir. «Dites-moi ce que je pourrais mettre sur mon compte Twitter pour le Jour de la Terre», m'a-t-il demandé.
Cela fait 30 ans que je m'entraîne et j'attends toujours le jour où ce sera amusant, ou au moins plus facile, alors mon cerveau n'était pas très alerte. Je lui ai répondu, en haletant: «Et pourquoi pas: Sortez faire de l'exercice. C'est bon pour votre corps et pour l'environnement.» Satisfait, le proprio est retourné à ses affaires, mais sa question est demeurée dans ma tête.

Je suis un biologiste. Je sais que nous avons évolué d'un monde naturel où nous avons vécu sans machines durant très longtemps. Tout ce que nos ancêtres faisaient, ils le faisaient aux dépens de beaucoup d'efforts, surtout pour se rendre d'un endroit à un autre. Nos corps ont évolué pour répondre à cet effort et, en effet, ils ont besoin de bouger afin de se régénérer. Vous ne me croyez pas? L'un des moyens les plus efficaces pour réduire les risques de maladies cardiovasculaires, de crise cardiaque, de diabète, d'Alzheimer et plus, c'est...l'exercice!

Je reconnais qu'une voiture constitue une extraordinaire avancée technologique, mais il s'agit simplement d'un moyen de se rendre du point A au point B. Lorsqu'on prend sa voiture pour franchir cinq ou dix pâtés de maisons au lieu de marcher ou faire du vélo, il est facile de trouver plusieurs raisons logiques pour l'avoir prise, mais se questionne-t-on sur ce geste simple qui va à l'encontre des besoins de notre corps?

Lorsque des parents raccompagnent leurs enfants rondelets en voiture à l'école, ils croient peut-être leur rendre service. Toutefois, ils font ce geste au détriment de ce qui est bon pour la santé de leurs enfants. Si un quartier s'avère dangereux à un point tel où nos enfants ne peuvent se rendre à l'école à pied, alors nous devrions le rendre plus sécuritaire et peut-être commencer des randonnées en groupes. Rester actif : des avantages qui tiennent la route Lorsqu'une personne pesant 90 kilos embarque dans un véhicule de 2 000 kilos, plus de 95% de l'essence consommée va au déplacement de la voiture et non de la personne!

Voilà une situation triplement désavantageuse: on gaspille de l'argent, on dépense de l'énergie et on accroît la pollution environnementale. L'industrie automobile nous a séduits avec de grosses machines sophistiquées parce que l'essence était relativement bon marché et qu'elle n'avait pas pris en compte les impacts environnementaux. Avec la quasi-disparition des «Big Three» lors de la récente crise économique, et avec le prix du pétrole qui ne cesse d'augmenter, les fabricants automobiles se font maintenant les prophètes de l'écologie avec leurs véhicules plus petits et moins énergivores. Espérons qu'il s'agit là d'un véritable changement de valeurs et non d'une mode passagère. Mais nous devons également faire évoluer notre conception de l'automobile. Les gens ont tendance à considérer leur voiture comme une extension de leur personne — plus grande, plus sexy, plus bruyante, plus rapide et plus puissante. Les parallèles psychologiques sont compréhensibles, mais il s'agit tout de même juste d'une machine. La voiture sert à nous déplacer, mais elle se trouve aujourd'hui tellement bien ancrée dans notre culture qu'il est devenu inconcevable de vivre sans elle — au moins jusqu'à ce qu'on construise des villes de manière à éliminer nos besoins en termes de véhicules personnels.

On doit considérer la voiture comme une simple machine destinée à nos déplacements, une machine qu'il ne faut utiliser avec parcimonie sinon elle devient nuisible. De plus, notre amour de l'automobile donne le mauvais exemple au reste du monde, surtout en Chine et en Inde où les économies émergentes créent de nouveaux consommateurs ayant le désir et les moyens d'acheter un véhicule. Aujourd'hui, on peut trouver toutes sortes de livres démontrant d'innombrables façons de sauver la planète. Mais la planète n'est pas menacée. Quoi qu'on fasse, la Terre continuera de tourner autour du soleil. C'est plutôt nous qui sommes menacés. Nous modifions les caractéristiques chimiques, physiques et biologiques de la biosphère, ce qui rend la survie de dizaines de milliers d'espèces, y compris la nôtre, de plus en plus difficile.

Il ne sera pas facile de changer nos habitudes et de réduire l'appétit de notre économie. Si chacun de nous achète une voiture hybride ou électrique, remplace ses ampoules par des fluocompactes et s'équipe de sacs réutilisables, on sera toujours très éloigné d'un mode de vie durable. Mais si nous commençons à penser à notre santé personnelle ainsi qu'à notre relation aux machines, nous emprunterons au moins une nouvelle voie de réflexion.

21 mai 2010

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