Catastrophes pétrolières : Apprendrons-nous un jour de nos erreurs? | La science en action | Fondation David Suzuki
Photo: Catastrophes pétrolières : Apprendrons-nous un jour de nos erreurs?

Au large des côtes du Mexique, la fuite de pétrole de la plate-forme Deepwater Horizon est toujours en cours. (Crédit: ChvyGrl via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

La catastrophe pétrolière du Golfe du Mexique a été le pire déversement accidentel de l'histoire. Non, il ne s'agit pas celle qui fait les unes actuellement, mais de celle de 1979; même si le déversement actuel pourrait se révéler plus important. Ceux qui sont assez âgés pour se souvenir de cet événement ont sûrement une impression de déjà vu.

Le 3 juin 1979, un bloc obturateur de puits a cédé sur la plateforme de forage Ixtoc, au large des côtes du Mexique. Le puits appartenait à l'entreprise pétrolière publique mexicaine Pemex, mais le forage était effectué par Sedco, devenu plus tard Transocean, propriétaire de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, lieu de la catastrophe actuelle dans la Golfe du Mexique.

Comme pour la crise actuelle, les experts ont essayé de garder sous contrôle la fuite de 1979 en ayant recours à plusieurs méthodes, dont les explosifs, les barrières, les dispersants, en plaçant un dôme métallique « d'étouffement par le haut » géant et en le bouchant avec de la boue et du ciment. Aucune de ces techniques n'avait alors porté ses fruits, et elles ne fonctionnent toujours pas aujourd'hui. Le déversement d'Ixtoc s'est poursuivi pendant plus de neuf mois, crachant entre 477 et 795 millions de litres de pétrole qui se sont échoués sur les côtes mexicaines et américaines. En raison de la marée noire, la pêche a été interdite pendant des années sur la côte mexicaine et des tortues de mer, des dauphins, des oiseaux, ainsi que d'autres animaux ont été tués et blessés.

Le déversement d'Ixtoc a finalement pu être stoppé lorsque Pemex a creusé deux puits d'intervention dans lesquels ont été pompés de la boue et des boulets d'acier. BP est en train de creuser des murs d'intervention sur le site du Deepwater Horizon, mais s'attend à ce que l'opération puisse prendre jusqu'à trois mois pour être complétée.

La différence principale entre les deux déversements est que personne n'a été tué dans la catastrophe de la plateforme Ixtoc, alors que 11 personnes ont trouvées la mort dans l'éruption de la plateforme Deepwater Horizon. Aussi, le puits d'Ixtox atteignait 49 mètres de profondeur, tandis que celui de Deepwater Horizon dépassait les 1 500 mètres.

La question à se poser est si l'humain apprendra un jour. Au Canada, les compagnies pétrolières sont en train de creuser un puits au large de la côte terre-neuvienne, encore plus profond que celui de BP dans le Golfe du Mexique. Les compagnies pétrolières se préparent aussi à forer les eaux arctiques, et le gouvernement de la Colombie-Britannique a mis de la pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il lève les interdictions sur le forage et le trafic pétrolier sur la côte ouest.

Ces déversements sont juste un rappel visuel des dommages que notre dépendance aux combustibles fossiles inflige chaque jour à l'environnement. Après tout, si le pétrole n'était pas déversé, il finirait par être brûlé, et des émissions de carbone seraient évacuées dans l'atmosphère.

La dévastation de l'environnement n'est qu'une raisons d'économiser l'énergie et de passer à une énergie plus propre. Les réserves pétrolières mondiales mettent aussi la sécurité en jeu. De la coûteuse guerre en Iraq à l'instabilité de certains pays faisant partie des plus gros producteurs de pétrole, nous observons un nombre grandissant de problèmes liés à notre dépendance à cette ressource d'énergie qui devient de plus en plus rare.

Certaines personnes y voient là une raison d'augmenter les réserves à partir de sources domestiques en augmentant la production dans les sables bitumineux, en extrayant le pétrole des schistes et en forant davantage le long de nos propres côtes, mais cela est un argument fallacieux. Toutes ces options laissent la porte ouverte à d'autres dégâts environnementaux issus de déversements et à de la pollution pendant le forage, l'extraction et le transport. En effet, une étude menée par David Schindler, de l'Université de l'Alberta, publiée dans Proceedings of the National Academy of Science, a révélé que la pollution produite par les sables bitumineux de l'Alberta dans la rivière Athabasca et ses affluents équivaut à un déversement important chaque année.

Nous ne semblons pas doués pour apprendre du passé. Quelle que soit la technologie ou la source d'énergie utilisée (les combustibles fossiles ou l'énergie nucléaire), nous devons être préparés à la pire éventualité avant de procéder. Le risque peut être minimal, mais les conséquences d'un accident, comme nous l'avons vu avec le Golfe du Mexique ou Tchernobyl, peuvent être désastreuses.

Une chose est sûre : continuer de compter sur les réserves déclinantes de combustibles fossiles pour répondre à nos besoins énergétiques engendre de lourdes conséquences pour l'environnement, la santé humaine, l'économie et la sécurité. Et pourtant, notre gouvernement continue toujours de subventionner ce que l'animatrice de télé américaine Rachel Maddow considère, justement, comme « l'industrie la plus rentable qui soit sur cette Terre».

Il est temps de prouver au monde que nous pouvons apprendre de nos erreurs. Nous devons économiser l'énergie et dire à nos gouvernements qu'il est temps de passer à une économie propre et d'éloigner les puits et les pétroliers de nos eaux.

25 juin 2010

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