Photo: Ce que les bélugas peuvent nous apprendre

Des bélugas à l'aquarium de Vancouver. (Crédit : Bright_Star via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Beaucoup de gens ont été choqués d'apprendre — et avec raison — que les sous lancés dans la piscine des baleines de l'Aquarium de Vancouver ont peut-être contribué au décès d'un bébé béluga (lien en anglais seulement). Peu importe la cause de la mort de Nala, le béluga âgé d'un an — ou même de ce qu'on peut penser des baleines en captivité — il est réconfortant de voir que tant de gens étaient touchés par l'incident.

Bien sûr, autant d'intérêt serait apprécié à propos de toutes ces choses que les humains jettent dans l'habitat naturel arctique des bélugas. Nous tuons bien davantage qu'un seul bébé béluga par nos actions irresponsables.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a déterminé que des sept populations de bélugas vivant ici étaient en voie d'extinction, une était menacée et une autre faisait l'objet d'une attention spéciale. Les deux autres ne sont pas à risque. Hormis la chasse, ces baleines sont menacées par « la perte de leur habitat par le développement côtier, l'accumulation de contaminants toxiques et les perturbations causées par le transport commercial, le déglaçage et les activités d'observation des baleines ». L'exploration et le forage pétroliers en Arctique pourraient bien faire augmenter ces risques.

D'autres espèces menacées

Les bélugas ne sont pas la seule espèce menacée par notre manière de traiter les océans. C'est nous-mêmes, nos enfants et nos petits-enfants que nous menaçons en même temps que nous blessons les poissons, les baleines, les coraux et les autres formes de vie océaniques. Et tout comme nous pouvons arrêter de lancer des sous dans un aquarium de baleines, nous pouvons arrêter de jeter des ordures dans les océans (lien en anglais seulement) et cesser les activités qui menacent notre vie et celle de la vie marine.

On n'a qu'à penser aux immenses « îles » d'ordures qui flottent dans le Pacifique et d'autres océans. Tout ce plastique et ces débris ne sont pas arrivés là comme par magie. Ils proviennent en partie des filets et des ordures jetés par les navires, et surtout de toutes ces choses qu'on jette sur la terre et qui finissent emportées par la mer. Ces matières plastiques et toxiques finissent leurs jours dans l'estomac de plusieurs animaux marins, ce qui les blesse gravement et peut même provoquer leur mort. Certaines des toxines peuvent également se retrouver dans les humains qui mangent ces poissons. En fait, nous avons tous en nous un mélange de contaminants d'origine humaine qui a intégré notre corps par la nourriture qu'on mange, l'eau qu'on boit, l'air qu'on respire et les produits et éléments que nous côtoyons quotidiennement.

Notre surconsommation et le désastre du Golfe du Mexique

À l'heure actuelle, nous sommes en train de déverser des millions de litres de pétrole dans l'océan, dans le golfe du Mexique. Cela montre bien comment toutes les choses sont reliées entre elles — même nos problèmes. Le désastre du golfe du Mexique est une conséquence directe de notre surconsommation et notre dépendance sur les combustibles fossiles pour l'énergie. Et cela crée des problèmes qui dépassent la pollution océanique. Notre utilisation des combustibles fossiles pollue également l'air et contribue à la plus grande menace pour l'humanité : les changements climatiques.

La leçon à tirer de tout cela, c'est que chacun de nous peut et doit faire sa part pour renverser la vapeur. Nous devons conduire moins, consommer moins, utiliser moins de produits de plastique, jeter moins, recycler et composter davantage, et s'assurer que les produits que nous utilisons sont le plus durables possible. Ces actions individuelles peuvent faire une énorme différence, surtout quand de plus en plus de gens font leur part et que ces comportements deviennent la façon socialement « normale » de vivre.

Les comportements changent

Il suffit de voir les changements que nous avons adoptés en relativement peu de temps : un taux réduit de tabagisme lorsque les règlements et les informations ont rendu cette habitude socialement inacceptable, l'utilisation décroissante des sacs de plastique, l'introduction par les villes de programmes de recyclage et de compostage, la plus grande popularité du vélo... La liste est longue.

Bien sûr, les changements de nos habitudes ne seront pas suffisants. Les milieux politiques et des affaires doivent faire leur part. Mais il faut se rappeler que ce sont les individus qui encouragent les institutions à modifier leurs habitudes. Celles-ci doivent répondre à la pression sociale. C'est spécialement le cas des politiciens qui sont élus pour représenter les intérêts de tous les citoyens. Nous devons prendre la démocratie plus à cœur, être politiquement actifs et faire des gestes environnementaux une grande partie de nos critères de vote. Nous avons besoin de réglementation et de taxes afin de décourager ce que nous ne voulons pas et encourager ce que nous voulons.

Nos habitudes de vie affectent la planète entière — ses sols, ses rivières, ses lacs et océans, son atmosphère et tous les êtres vivants qui l'habitent. Nous devons nous rendre compte que nos comportements blessent non seulement les bélugas, les ours grizzly ou les chouettes tachetées, mais également nous-mêmes.

30 juin 2010

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