Photo: De meilleures normes pour le contrôle des déchets de l'industrie des croisières

(Crédit: Ivan Lian via Flickr)

Par David Suzuki avec Faisal Moola

Imaginez la scène : vous vous promenez et un avion passant au-dessus de vous décide de larguer les eaux usées de ses toilettes. Pas rassurant, n'est-ce pas? Heureusement, cela est interdit aux compagnies aériennes.

Toutefois, les bateaux de croisière le font tous les jours. Ils ne jettent pas seulement leurs eaux usées, mais également des aliments, l'eau de cale huileuse ainsi que des déchets solides. Comme le souligne un article (en anglais) publié sur le site Internet de DC Bureau (en anglais), les compagnies de croisière qui dépendent des «océans à l'eau claire, des magnifiques coraux et de la vie aquatique» et qui «font leur publicité sur des paysages aquatiques vierges alors qu'ils menacent ces ressources naturelles en jetant systématiquement des toxines, comme les eaux usées et les déchets de nourriture, dans l'océan».

Bien que certaines compagnies de croisière se soient beaucoup améliorées quant au traitement des eaux usées, l'industrie a beaucoup de chemin à faire. Il existe des règlements concernant les eaux usées, mais pas les déchets de nourriture. Lorsqu'on sait qu'un navire de croisière sert de 10 000 à 25 000 repas par jour, cela fait beaucoup de restants et de déchets qui sont jetés dans les écosystèmes souvent fragiles de la mer. En se décomposant, ces déchets deviennent acides et alimentent les nutriments qui privent l'océan de son oxygène, et contribuent ainsi à la création de zones mortes.

Les eaux usées produites par une croisière sont la source des mêmes problèmes que ceux causés par les déchets d'aliments et peuvent mettre en danger la santé des poissons, des oiseaux et des humains en les exposant à des coliformes fécaux, que ce soit par contact direct ou par la consommation de crustacés.

Selon un rapport rédigé par le chercheur canadien Ross Klein pour l'organisme U.S. Friends of the Earth et intitulé Getting a Grip on Cruise Ship Pollution (en anglais), «une croisière de taille moyenne avec à son bord 2 200 passagers et 800 membres d'équipage peut générer, en une semaine de voyage, jusqu'à 210 000 gallons de déchets humains, un million de gallons d'eau grise (eau de lavabos, bains, douches, lessive, etc.), huit tonnes de détritus, plus de 130 gallons de matières dangereuses et 25 000 gallons d'eau de cale».

Et il s'agit seulement des déchets qu'on jette dans l'océan. Les bateaux de croisière génèrent également beaucoup de pollution atmosphérique avec leurs incinérateurs et le diesel marine à haute teneur en sulfure qu'ils utilisent habituellement. Le rapport de Friends of the Earth note également « qu'en moyenne, un bateau de croisière relâche trois fois plus d'émissions carboniques que les avions, les trains et les traversiers ».

Et comme les compagnies de croisière empruntent toujours les mêmes routes, la pollution se produit dans les mêmes régions.

La technologie pour traiter les déchets et en disposer correctement n'est pas très complexe, mais elle coûte de l'argent. Marcie Keever de Friends of the Earth a déclaré à DC Bureau qu'un bon système de traitement peut coûter entre un et dix millions de dollars. Cela peut sembler beaucoup d'argent, mais il faut savoir qu'un bateau de croisière peut coûter plus d'un milliard de dollars à construire.

De plus, les croisières, à l'instar de nombreux navires de marchandise, sont souvent enregistrées dans des pays aux lois sur l'impôt laxistes, ce qui veut dire que leurs propriétaires paient très peu d'impôt sur des profits faramineux.

En matière de réglementation environnementale pour les bateaux de croisière, le Canada possède des lois moins strictes que les États-Unis, en plus de ne pas bien faire respecter les lois en vigueur. Aux États-Unis, les règlements varient d'un État à l'autre. Il nous faut renforcer les lois, tant nationales qu'internationales, pour veiller à ce que l'industrie de la croisière ne porte pas atteinte aux écosystèmes aquatiques.

Les croisières offrent une expérience touristique unique et contribuent à l'économie, mais elles ne devraient pas le faire aux dépens de l'environnement. Le fait d'être enregistré dans des pays aux lois plus laxistes ne devrait pas exclure l'industrie des croisières des mêmes normes que les entreprises touristiques qui font affaire sur la terre ferme.

Les gens intéressés par des vacances de croisière devraient vérifier quelles sont les normes de protection environnementales adoptées par le navire et sa compagnie. (Friends of the Earth a récemment publié une évaluation des impacts environnementaux et sanitaires des croisières, en anglais seulement.) Si ces standards ne sont pas assez élevés, les consommateurs devraient laisser savoir aux entreprises qu'ils ne feront pas affaire avec elles à moins qu'elles n'adoptent de meilleures pratiques.

Le 8 juin aura lieu la Journée mondiale des océans (en anglais), l'occasion en or de dire à votre député fédéral que nous avons besoin de plans d'utilisation de l'espace marin, de zones protégées et de lois plus strictes afin de limiter les effets néfastes des croisières sur les milieux marins les plus fragiles du Canada.

3 juin 2010